Me fondre dans le bleu…

Je veux

Me fondre

Dans le bleu

Sur table

Pour mettre

Cartes sur tables

Je veux

Toucher

Ce bleu

Dans les arbres

Me brûler

Les doigts

Me tacher

Les doigts

Métamorphoser

L’ordinaire

En extra

Saupoudrer

Du zeste de beauté

Sur les restes

Du quotidien entamé

Que l’encre

Soit mon sang

Que les courbes et lignes

Des lettres

Émergent

Que les pulsions destructrices

Soient

Pulsions créatrices

Je veux

Me fondre

Dans le bleu…

 

© Photos, texte, Denis Morin, 2019

 

Au beau milieu d’une forêt

Rue Cherrier

Le poète était absorbé

Par cette étrange clarté

Dans l’arbre effeuillé

C’était la nuit

Rue Cherrier, coin Saint-Denis

Pourtant,

Tout semblait reluire

Lampadaire suspendu

Derrière le tronc dégarni

Jouant à l’astre endormi

Ses yeux d’enfant

Fixaient

Cet éclat

Comme le loup, le lynx, le cerf

Les lueurs d’un feu

Au beau milieu

D’une forêt.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

Les tables muettes

CaféCherrier-2

Café Cherrier

Miroitement d’une fête

Pourtant

Il a si peu la tête

À célébrer

Il en va ainsi

À chaque année

Cela remonte

À son enfance

Cela remonte

À son errance

 

Café Cherrier

Où s’entrechoquent

Les verres

Des artistes

Des mondains

Des p’tits bourgeois

Qui veulent être vus

 

Mais il faisait froid

Ce soir-là

Les lieux étaient déserts

Seuls quelques badauds

S’émerveillaient

Des lumières

Et des reflets colorés

Sur les tables muettes.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

Il y a décembre…

BoulerougeNoel

Il y a décembre

L’équinoxe prochain

Il y a les cendres

Du foyer à vider

Il y a de l’espoir à revendre

Dans une crèche

Entre le bœuf et l’âne

Sur un lit de paille

Il y a décembre

La joie des uns

La peine des autres

Il y a les bras à tendre

Et les vieilles rancunes

Il y a toi

Il y a moi

Il y a nous, vous, ils, elles

Il y a décembre

Et la magie

Dans nos cœurs

De jours meilleurs

D’aubes nouvelles.

 

© Photos, texte, Denis Morin, 2019

Au Manoir Globensky

ColonneetcornicheManoirGlobensky

Les soldats anglais

Et les mercenaires

Défilèrent

Le regard fier

Devant le Manoir du seigneur Globensky

Avant ou après les patriotes

Faudrait bien que les historiens

S’entendent

Sur le cours de l’histoire

Il y eut

Vous devez vous en douter

Un vainqueur et des perdants

Des fermes brûlées

Des femmes violées

Des enfants morts gelés

En robe de nuit

Dans la neige de décembre

Il y eut

Des pendus

Des corps d’hommes dans la force

De l’âge

Éventrés à la baïonnette

On a tout vu

À partir des colonnes blanches

Il y eut

Des blessés

Des visages défigurés

Le sang des vaincus

A nourri la terre

Dans toute la région

Il m’arrive parfois

Lors de mes marches

Près du cimetière

De ressentir

Le pas cadencé

Des soldats anglais

Sous leur uniforme

D’un rouge éclatant

D’entendre

Les pleurs des enfants

Les cris des femmes

Face à la tragédie

 »Ne tuez pas mon mari »

Le piaffement des chevaux

Le claquement du fouet

Le tonnerre des canons

Contre l’église de pierre

À trois, le régisseur

Dira

 »Coupez ! »

 

© Photos, texte, Denis Morin, 2019

 

Feuilles captives

Feuilles givrées

L’eau devenue glace

Les feuilles furent prises

Captives de l’eau gelée

Évocation du temps qui défile

Seuls la chaleur

Et le sel peuvent raviver

La course des feuilles

Qui auraient bien aimé

S’envoler vers d’autres cieux

Comme le firent

Les oies blanches

Et les outardes

En survolant à temps

Les forêts embrasées d’octobre.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

 

La main sur le cœur

Auberosée

La main sur le cœur

C’est ainsi que l’on prête serment

Que l’on jure fidélité

Et que l’on paie chèrement

Souvent de sa vie pour la patrie

 

La main sur le cœur

C’est ainsi que l’on déclare

Son amour le plus fou

Que l’on déraisonne

Que l’on se passionne

 

La main sur le cœur

C’est ainsi que je conserverai

Nos plus intimes secrets

Nos jeux dans la forêt

Ce feu qui ne cherche qu’à s’éveiller.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

 

La feuille ajourée

Coeur ajouré

La feuille ajourée

Avait connu le printemps

La morsure de la chenille

Le passereau et ses coups de bec

Les tiraillements des enfants

 

La feuille ajourée

Avait senti la brise

Et ta bise

Ses nervures

Abritaient la sève

 

La feuille ajourée

Telle une dentelle de Bruges

Flétrie, mais jolie

Tout de même

De quoi m’inspirer ce poème.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

Gustave Doré

ITHQ

Cavalcade

Bousculade

Soir de kermesse

Pas trop le temps

D’observer la façade

Et ses éclairages

Ses riches coloris

Trajets à effectuer

Traverser les rues

Le temps le tue

À petits feux

Et il le sait

Conscient

Des cheveux blancs

Des kilos en trop

De la surabondance

Des vanités en Occident

Souvent,

Trop souvent

Il lui semble

Ne pas appartenir

À cette époque

Comme s’il s’était

Échappé

D’un livre illustré

Par Gustave Doré.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

Si jamais…

Si jamais

À se perdre on en venait

Comme s’éloignent

Parfois

Les amants

Je veux te dire,

T’écrire

Que tes mots

Seront nos corps enlacés

Au cœur

De mon être

 

Si jamais

À se détester on en venait

Comme il arrive

Parfois

Aux amants

Je veux te dire

T’écrire

Que ta colère

Ne gommera

Aucunement

Nos plus beaux moments.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

Nature morte

Les étourneaux

Et autres migrateurs

Les avaient oubliés,

Les fleurs de mai

Les fruits de l’été

 

Le gel avait capturé

Les sucs, les parfums

Nature morte

À qui sait regarder

La beauté offerte

Même en hiver

 

Le propriétaire

Les oiseaux locataires

Étaient passés tout près

Sans porter attention

À une denrée gelée

Toujours aussi sucrée.

 

© Photos, texte, Denis Morin, 2019

 

 

 

Solitude

Elle marche

Boulevard Raspail

Aucun rendez-vous

N’est prévu

Elle file

À pas lents

Menée par sa solitude

 

Il marche

Le long des murailles

Dans le Vieux-Québec

Il aimerait bien des becs

En fait, son agenda est vide

Les cases toutes blanches

Pour sa solitude

 

Elles/ils marchent

Par les escaliers de Montmartre

Chanter des airs de Piaf

Sur une place pour quelques centimes

Réjouissez-vous, réchauffez-vous

À la galerie de Juliette Bart,

Le meilleur remède contre votre solitude.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

 

Bio poésie en tubes ou en vrac

 

Camille et Auguste-AWA

Je vous invite tous et toutes à en découvrir davantage sur une nouvelle façon de transporter les mots via des clés et des tubes d’artistes. Il s’agit de bio poésie, la mienne sur d’autres vies hautement plus palpitantes. Parfois, j’écris aussi des catalogues d’artiste. Le minimalisme de mon écriture s’y prête très bien.

Nous débutons cette fois-ci avec un hommage aux sculpteurs : Camille Claudel, Auguste Rodin. Plus tard, ce sera un hommage à la chanson d’expression française avec Barbara, Félix Leclerc, Édith Piaf.

Allez consulter le lien ci-dessous pour en apprendre un peu plus. Bonne découverte.

Allez consulter le lien ci-dessous pour en apprendre un peu plus. Bonne découverte.

http://www.adret-webart.fr/article-140937-bio-poesie-en-tubes-ou-en-vrac.html

 

 

 

Les beautés endormies

FeuillesBassindeau

Les beautés immobiles

Gisent sous un couvert

De glace

Ne s’aventureront plus le héron gris

Et les oiseaux

Prenant bain de sable

Puis bain d’eau

Battements d’ailes

En juillet

Je m’en rappelle

Au bassin gelé

Et cette faune s’envolait

À la vue des chats

Qui circulaient

Au fond du jardin

Les écureuils regagnaient

Les haies

Maintenant la neige

Et le frimas

Prendront soin

Des beautés endormies.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

Fabien

Le poète Fabien

Fabien Boily

Vêtu de noir,

De blanc

Le soir

Sur une scène minuscule

Aucun mot ridicule

Tout est sensé

Pesé

Le choix des mots

Précis,

Soupesé

Aucune virgule

En trop

Aucun soupir

Faux

Il se livre

Vêtu de noir,

De blanc

Le soir

Sur une scène minuscule

Il nous étreint

De sa voix

Ce sont ses paroles

Que j’emporte avec moi

En sortant du théâtre

Dans le soir.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

Hiéroglyphes en pixels

Sur son portable

Il se montre affable

Elle amorce une conversation amicale,

Très agréable

Il se met à table

Disposé à partager

Projets artistiques

Pensées philosophiques

Mais soudain

Pile faible

Toujours au mauvais moment

Conversation à poursuivre

Quand le rouge

De la dame aimable

Et la gêne du pote

Passeront au vert

Précisément quand le niveau énergétique

De la pile

Aura meilleur effet

Sur l’échange culturel

Foutu monde virtuel

Toujours à bâtons rompus

Autant d’émoticônes

Pour marquer (l’in)satisfaction,

La joie, la peine,

L’exaltation, l’éphémérité

Ère des hiéroglyphes en pixels.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

 

 

Le dos tourné

Oui, je l’aurai

Dans la mémoire

Longtemps

Cet air

Chanté par ma grand-mère

Filant la laine

Et tissant une couverture

Pour les temps froids,

Pour les temps durs

 

Oui, je l’aurai

Dans la mémoire

Longtemps

Ce texte

Appris par cœur

Sous prétexte

De mériter les qualités et les vertus

D’une enfance docile

Du citoyen modèle

 

Oui, je les aurai

Dans la mémoire

Longtemps

Les Fables de La Fontaine,

À vrai dire

Je ne peux pas lancer

(La) Fontaine, je ne boirai

Pas de ton eau,

Puisque l’on ne sait jamais

Ce qui peut arriver

Quand j’aurai le dos tourné.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

 

Sur quel pied danser

Théière de fonte

La théière provenait

Du Japon

De cette extrême limite

Aux abords de l’océan

Elle servait

Pour la décoration

Et pour le thé vert

Aucun autre thé

Ne touchait son intérieur

En fonte

Pour l’instant,

Elle gardait le cœur

Au chaud

Les mains

Du poète

Elle pourrait héberger

Le parfum du thé au jasmin,

Seul compromis possible

Afin de pas altérer les thés subséquents

Elle me voit cuisiner,

Tempêter, fredonner un air

En lavant la vaisselle

Elle ne dit rien

Elle observe,

Elle retient tout

De mes humeurs

Qu’elle m’aide à digérer,

Toujours fidèle au rendez-vous

Elle ne déçoit pas

Elle n’est jamais en retard

Il lui arrive parfois

De me bouder,

Quand je lui préfère un bol de café

Ainsi sont les artistes

On ne sait

Jamais

Sur quel pied danser

Avec eux

Avec elles.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

La feuille cuivrée

FeuilleCuivrée

Feuille cuivrée

Donnée

Par le chêne

Haut de sa dizaine d’années

Remède contre la morosité

Chant des fées

Si on sait bien écouter

Le souffle entre les branches

Surtout un dimanche

Elle est tombée

Au sol

Et c’est sur l’herbe jaunie,

Flétrie

Qu’elle me fût remise

Comme présent

Comme gage d’un printemps

Promis d’avance

Rien d’autre à ajouter

Si ce n’est que l’arbre

Conserve sous l’écorce

La sève

Des nouveaux bourgeons

D’une nouvelle feuillaison.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

 

Oblivion

J’irai au bout

De la rue

De ta vue

De moi-même

Des aveux freinés

À la frontière de mes lèvres

Endormies

Endolories

Effrayées

De dire l’inavouable,

L’inexcusable,

L’émouvant,

Le beau

Comme si les mots

Ne suffisaient pas

À décrire

Les choses,

Les sentiments,

Les moments,

Le silence,

Comme si ce tango

De Piazzolla,

Oblivion,

Archets glissant sur les cordes d’un violoncelle

Et des altos, des violons,

Cet oubli-néant musical,

Révélait

Ma mélancolie constante.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

La vie, c’est comment ?

La vie est dans le mouvement,

Dans le voyage

Dans l’errance

Dans le cycle des saisons

Dans tes rides

Se dessinant

Sur ton front

Au coin de tes yeux

À la commissure de tes lèvres

 

La vie est dans l’instant

Selon les moines et les philosophes

Hier, c’était ta main

Laissée

Que je ne peux rattraper

Demain, c’est une illusion,

Un mirage

Une fête à laquelle nous ne sommes pas encore

Conviés

 

La vie est dans le mouvement

La vie est dans l’instant

Selon toi, la vie, c’est comment ?

 

© Photos, texte, Denis Morin, 2019

 

Les histoires…

Les histoires de succès

Et d’échec

Se croisent

Sur les grands boulevards,

Dans les regards hagards

 

Les histoires d’amour

Pour toujours

S’écoutent à la radio

Et en fichiers MP3

Retour en mode pause

Tôt ou tard

 

Les histoires absurdes

Se content sur scène

Est-il obscène

De s’évader par le rire

Quand tout fout le camp

Quand mon voisin se meurt

 

Les histoires à venir

Dorment dans mes cahiers

À la claire fontaine…

Bleu, rouge, noir

Je donnerais ma vie…

Ah ! Devenir

Prévert, Hugo, Flaubert !

 

© Texte, Denis Morin, 2019

Des soupçons de beauté

Lichen et mousse

L’arbre se trouvait moche

Sans ses fleurs

Absence d’odeurs

Sans les passants pour vanter

La beauté

De son ramage végétal

Tout portait à croire

Que cet arbre finirait

Dans l’oubli

Et sous les dents d’une scie

Or, un peintre aux aguets

Avait entendu la plainte

De l’arbre

Il s’approcha et proposa

De lui restaurer son allure

Il sortit ses tubes,

Sa palette,

Puis projeta des éclats

De peintre

Sur le tronc

Marquant ici et là

Un relief,

Des parcours

Pour distraire des passagers

Admiratifs

En attente de l’autobus

Ou du train

Nul besoin d’aller trop loin

Pour contempler

Des soupçons de beauté.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

La clairière

ClairièreMtl130919

Il est de ces balades

Inoubliables

De ces trouvailles inattendues

On tourne la tête

On papote

On fouille dans un sac

À la recherche de bonbons,

De pastilles en papillote

Oh ! Surprise !

De la cité aux masses immenses

Une clairière surgit

Là où on ne s’y attendait pas

La clarté diurne passe au travers,

Tout comme les nuées,

La fumée,

Les propos entendus.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

 

 

Le verre ambré

VitrailAmbreHB

Les passagers entrent

Le pas pressé

En silence

Malgré les bousculades

Dans ce temple

De la modernité,

Lieu de vie

Et mode de transport

Les passagers sont fatigués

Et la journée au travail

N’est même pas commencée

Ça promet

Au prochain arrêt

Remarquez à la sortie

Une sculpture

En bronze

Ou en verrière colorée

Justement,

Voyez ici ce verre ambré,

Touche chaleureuse

Dans ce lieu emprunté

Par les passagers anonymes

Contre la paroi

Au-dessus des rails

Balayage du regard

Des passagers blasés.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

Le bruissement des feuilles

Monarque

Avant la migration,

Les premiers gels

Le papillon monarque

Se délectait du nectar

De corolles colorées

Tout y passait

Le mauve, le bleu,

Le rouge, le jaune

Le bruissement des feuilles

Ramenait l’insecte

Qui se délectait

Avant son départ

Vers le sud

À la logistique

De l’envol

Partirait-il seul

Ou avec ses congénères

En un nuage cuivré

Défiant les vents

Les averses soudaines

Qui plombent les ailes…

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

Le rouge

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J’ai vu dans ce rouge

L’Angleterre

La tête d’Anne Boleyn

Coupée au col,

Puis la chevelure d’Elisabeth, sa fille, enflammée

 

J’ai vu dans ce feuillage panaché

Un élan

Freiné par une meute de loups affamés

Sur le pourtour d’un hiver

Aux confins de la forêt

 

J’ai vu dans ce rouge

L’habit d’un soldat anglo-écossais

Je l’avais baptisé James

Il avait dessiné son visage sur une vitre embuée

Il hantait en douce ma maison

 

J’ai vu dans ce rouge

Les splendeurs de Byzance

Rome en feu sous Néron

Les sols du Nord en fonte

Et Greta telle une Jeanne d’Arc

 

J’ai vu dans ce rouge

Ta peur en sortant du Bataclan

Ta ferveur face à Notre-Dame en fumée

Ta volonté de vivre en paix

Malgré les rumeurs de guerre.

 

© Photos, texte, Denis Morin, 2019

 

 

Qui porte qui ?

Que faites-vous

Des moments passés ensemble

En classe,

Au studio

Pareils à nos danses

Transmises par des académies

 

Je vous cause

Et je revois encore vos ronds de jambe,

Vos bras allongés

Vos sauts aériens

Votre pied gauche pointé

Votre corps qui se contorsionne

Pour me livrer une histoire

Ou des interprétations multiples,

Reste à savoir

Qui possède un imaginaire débordant,

Fertile,

Féerique,

Métaphysique

 

Qui porte qui

L’homme ou sa partenaire en transe

Qui emporte qui

Les danseurs en sueurs

Ou le spectateur chamboulé

De l’intérieur.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

 

 

 

 

 

 

Éperdument

Éperdument

On s’aime

On se déteste

On se balance

Des injures

À la figure

Éperdument

À coups de mots-torture

Mon ordure

 

Éperdument

Tu ne perds rien pour attendre

Attendre quoi au fond

Si ce n’est la défaite

La déconfiture

Éperdument

Tout était écrit d’avance

Histoire banale

Plus de cartes postales

À envoyer comme preuves

De sentiments illusoires

Aux amis et à nos familles

Maintenant que c’est la bisbille

Et que la bisbille dure

Il pleut des hallebardes

Je t’avais prévenu.e

 

Bof, tu t’en fous

Éperdument.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

 

Les envolées

Apesanteur

Légèreté

Fluidité

Les mains du/de la pianiste

Chopin marche dans Paris

Bach s’élève méditatif

Satie s’écoule, une eau de pluie

Des heures et des heures

À scruter

Les nuances

À ralentir

À accélérer le tempo

Que voulait (dire) le compositeur

Des ombres et des éclaircies

Des envolées

Presque mystiques

Pratiquer dans la solitude

Puis partager cette expertise

Cette sensibilité du bout des doigts

Au public

Et aux absents

Instrument accordé

Avant et après le concert

Se vêtir de noir

Absorber le silence ambiant

Et le transformer en musique.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

 

Ne pas, ne plus…

Ne pas…

Médire, il/elle est parti.e

Trop cuire le rôti

Saisir ce vase

Juste l’idée de le fracasser

 

Plutôt

Attraper la clarté

Si discrète en octobre

L’hiver viendra trop vite

Dis-tu / Disais-tu

Je ne sais plus

Où nous en sommes / où nous en étions

 

L’écho des disparus

Frappe ma mémoire

Ne plus (s’)échapper

Comme un visage estompé

Ne pas oublier

Oui, polir l’argenterie

Relire les lettres

De nos amours (in)fidèles.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

Entre chien et loup

Jongler avec les (in)certitudes

Comme si elles étaient des quilles,

Des balles colorées

Allant du plus clair au plus sombre

 

(S’)incliner la tête

L’arbre sait ployer une branche ou deux

Laissant filer le vent, l’oiseau, la pluie drue

S’envole la casquette

 

Puis entre chien et loup

Penser à rentrer au chaud à la maison

Ou bien rêvasser dans un café du Plateau

Entre deux chapitres à écrire

Entre deux livres lus, deux recensions.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

 

 

 

Le bal musette

AvionExo

Que l’on habite

Une banlieue

L’un de ces lieux

Dont on part

Et où on revient

Par RER

Métro

Bus

On rêve toujours

D’ailleurs

Il nous faut partir

Vers le point B d’une carte

Pour comprendre

Pour entendre

La voix de sa mère

Dire qu’on est bien ici

N’excluons pas

Le facteur et ses cartes postales

Plus sympa tout de même

Que des factures papier

Ou en version électronique

N’excluons pas

La rêverie

Qui gomme

Le temps d’une rose

Les conneries

Les coups bas

La trahison

Oui, chante-moi une chanson

Du style

Padam, padam, padam

Pour que mes yeux

Quittent le macadam

Pour transformer la routine

En bal musette.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

Du thé-extase

Églantier

De chez moi,

Pétales d’églantier,

D’églantine comme on dit

En France

Sont sur le point de s’assécher

Tout est encore odorant

La couleur s’intensifie

Puis je mélangerai

Avec mon thé Earl Grey

Déjà aromatisé à la rose

Ainsi je verrai la vie en rose

Par conséquent,

J’oublierai les tracas

Momentanément

Qui me rendent morose

J’en bois justement

Une tasse

Et c’est l’extase.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

Notre petitesse dans l’univers

Baleine

Baleine échouée

Taureau de corrida

Saigné à blanc

Personne au banc

Des accusés

Épave

Rien de trop grave

Retournez à Netflix

Forêt en miniature

Fragment de nature

Le lichen s’agrippe

Encore

À l’écorce, sa monture

Actualités en déconfiture

On prédit une guerre

Le cours de l’or

À la hausse

Les hydrocarbures

Auquel on devra renoncer

Dauphin retourné

À la mer

Celui-là aura échappé

Au massacre

Des militants sur une place

Rappel de notre petitesse

Dans l’univers.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

 

Prière de ne pas déranger

Chêne automne

Ce siècle sera-t-il

Essentiel

Ou futile

À la bonne course des étoiles

Et de l’humanité

Sommes-nous

Parvenus

Au bronze, à l’argent

À l’or

Or, devrions-nous être

Indifférents

À cette course à l’argent

Au blé

Qui flambe

Entre le pouce et l’index

Pour que l’on cesse

D’exploiter/D’abuser

De nous entretuer

Ce siècle sera-t-il

Essentiel

Ou futile

Pour l’instant,

Je lève les voiles

Prière de ne pas déranger…

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

La tête à l’envers

ParcNicolas-Viel

L’arbre est dans ses feuilles

Comme le chante Zachary

L’arbre est dans un cri

Celui de l’oiseau

Qui cherche où se percher

En attendant la lente croissance

D’une forêt en devenir

L’arbre est dans ton dessin,

Celui de ton enfance

Pourtant pas si lointaine

Où tu glissais en pleine insouciance

Parfois la tête à l’envers…

 

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

Tout simplement Glenn Gould

Glenn-Gould_Off-the_Record_LG_2

Je vivais avec un pianiste

Qui ne cessait de me vanter

Le génie de Glenn Gould

Il me parlait sans cesse

De ses splendides interprétations

 

Étant archiviste

J’ai glané un film concernant

Glenn Gould sur le site de l’ONF,

Vaste nef

Du patrimoine et de la culture

Un film documentaire

S’avère nécessaire,

Pertinent

Autant pour les curieux

Que pour les étudiants

En histoire

Et au conservatoire,

Les journalistes

Et les chercheurs

Intéressés par le cinéma d’Anne-Claire Poirier,

L’humour de Clémence Desrochers

Et d’Yvon Deschamps,

Sans oublier l’émouvante Pauline Julien

 

Revenons à notre sujet :

Glenn Gould

Issu d’un village

Sur le rivage

D’un lac de l’Ontario, le lac Simcoe

Les vagues lèchent presque

Le parterre

La maison de son père

Qui lui achète le piano

Sur lequel il s’exerce au salon

Au sortir de l’enfance

Dans sa tête

Le clapotis des eaux en été

Et des vagues de notes

À son oreille

Au bout de ses doigts

Il faut pratiquer

Des heures entières

Rituel

Concentration

Gestuelle

Précision des mains

Ballet des doigts

À la recherche des touches,

Ruissellement des sons

Au salon

La mère qui se tait

À la cuisine

Ravie du talent de son fils

Et le père qui revient

Du travail

Étonné du talent de fiston,

Prodigieux solitaire

Au bord du lac Simcoe

Il devra voyager le fils

Se fera connaître

De par le monde

Partageant son amour

Des œuvres de Jean-Sébastien Bach

Qu’il parcourt du regard,

Qu’il lit, fredonne,

Donne en mimiques

Avant de s’exécuter au piano

On lui connaît peu d’amis,

Sinon ses gérants

Pourtant, ce grand perfectionniste

Possède un sens de l’humour

Et le sens de la réplique

Son meilleur confident

Sera son chien

Un border collie

Glenn Gould

Porte des gants

Et un foulard

Et une casquette

Se protégeant

Surtout les mains,

Obsédé aussi des germes

Il présentera à la radio

De Radio-Canada

Une série d’émissions sur les grands espaces

Du Grand Nord,

Sur l’immensité,

La blancheur

Il avait besoin de solitude,

D’air et de temps

Pour transmuer le silence

En musique

Pour transformer la nuit

En éclatante lumière,

Musicalité indéniable

Au bout des doigts

En studio à New York

Ou dans son chalet,

Étrange ballet

De ses longues mains

Occupant la scène

Qu’est son clavier

Au salon du chalet

 

Il existe aussi le très beau film

De François Girard

32 films brefs sur Glenn Gould

C’est aussi à voir,

À découvrir

À ressentir

Comme des soupirs

Entre les notes du pianiste.

 

© Photo, ONF

© Texte, Denis Morin, 2019

Les poètes sont des nomades

Poeteetsacs130919

Les poètes sont des nomades

Ils transportent avec eux

Des œufs

De Pâques

Elles transportent avec elles

Des mots pour rendre heureux

Ou pour dénoncer

Les tyrans

Les poètes sont des nomades

Qui jouent et bordent

Les vers de rimes ou non

En fait, les poètes défient

Souvent les conventions

Nul besoin de faire-part

Comme invitation

Puisque les poètes

Sont partout

Chez eux et chez elles

Naviguant entre deux lignes

En marge ou au cœur des villes

Et des villages

Tout leur semble possible

Imaginable

L’inatteignable

N’est qu’un pas de plus

Dans leur imaginaire

Car les poètes sont des nomades…

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

Les cailloux

La vie trace des cycles

Comme un gamin

Dessine des ronds

Dans l’eau

D’une mare

En lançant des cailloux

Justement façonnés

Par le gel et le dégel

Par les vents et par l’eau

Tout (se) meurt

Puis s’agite

En soubresauts

Puis dans ces ronds concentriques

Se mirent

Le ciel, les oiseaux

Le soleil timide

Face à la témérité de l’enfant

Qui navigue

Entre ses rêves et son avenir

La vie trace des cycles

J’étais hier ce gamin

Et toi, lançais-tu aussi des cailloux ?

 

© Texte, Denis Morin, 2019

 

Écriture, il, elle

Il écrivait

Des romans de cape et d’épée

Les mousquetaires

Se battaient

Défendaient

Réparaient l’outrage

 

Elle écrivait

Des romans

À l’eau de rose

Derrière sa tasse

De thé parfumé

Sa devise, la nostalgie

 

Il écrit

Maintenant

Des poèmes,

Des histoires

Sans trop savoir

Où il ira

 

Elle écrit

Depuis hier

Une longue lettre

Débutée par une enluminure

Créée spécialement

Par son fils, le peintre

 

Il écrira

Demain

C’est ce qu’on peut lui souhaiter

Puisse-t-il

Cesser

De douter

 

Elle écrira

Un journal intime

Elle établira sa correspondance

Sa vie étant une saga

Puisse-t-elle

Continuer

Par les mots à s’envoler.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

 

 

Toujours dit, toujours écrit

Quand ce soleil,

Ce ciel,

Ces nuages,

Cette plage,

Cette mer,

Ces montagnes

Ne seront plus

Je serai de l’autre côté,

Au verso

Des photos

En noir et blanc

Qui s’oxydent

À l’air ambiant,

Couvertes de poussières

 

Quand ta voix

Quand tes cris

Quand tes pleurs

Et tes rires,

Tes supplications,

Tes injures,

Tes murmures,

Ne me rejoindront plus

Je (me) serai

Égaré dans ta pensée

J’aurai laissé une trace

Virtuelle

Ou réelle

Dans une quelconque bibliothèque

Du Québec

Et de France

Je suis d’ici et d’ailleurs

Tu me l’as toujours dit,

Toujours écrit.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

 

Vidéo lecture  »Dans l’ombre de Félix et Piaf »

Vidéo de la lecture  »Dans l’ombre de Félix et Piaf », du vendredi, le 13 septembre 2019, à la Maison des écrivains et des écrivaines du Québec / UNEQ
conception vidéo : Lorraine Lapointe
photos : Joseph McNamara
musique baroque, Vivaldi…

J’en ai marre

Lunatique

Lune à tiques

Tu as des tics

Vous agissez

En fonction de vos tocs

On cogne à la porte

Ça le désarme,

Le déstabilise

On le ridiculise,

Pense-t-il

Les feux sont-ils

Éteints au Brésil

Dis-moi

Parle-moi

De choses insipides

Comme la tenue d’une comédienne

À un gala

Comme les séances de maquillage

En ligne

On se place en deux files,

Les petits en avant

Les plus grands en arrière

En fait, devant qui

Doit-on s’incliner

Plier l’échine

Des cétacés se font égorger

Chaque année

Aux îles Féroé

J’en ai

Juste marre des imbéciles.

 

 

© Texte, Denis Morin, 2019

Intime prison

Taisez-vous

Tout ce que vous direz

Sera retenu contre vous

On vous prêtera

De mauvaises intentions

On émettra des hypothèses

Dans une thèse

Si vos propos

Sont de notoriété publique

Si vos écrits

Sont lus, commentés,

Encensés, dénigrés

 

Taisez-vous

Évitant ainsi le bûcher,

La fatwa,

La fusillade ou l’exil

Retenez votre langue

Qui tangue

Derrière vos dents scellées

Et votre bouche close

Contre votre palais,

Intime prison.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

Les persiennes

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Les persiennes

Ont écouté des secrets d’alcôve,

Des recettes de cuisine,

Les adieux des amants,

Les pleurs d’un enfant,

Les souvenirs d’une touriste triste

 

Les persiennes

Ont défié le temps,

Déjoué les modes,

N’en ont fait qu’à leur tête,

S’ouvrant sur le jour,

Retenant les lumières

Du restaurant

Et préservant les visages des invités

Du regard des passants.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

La saveur du mois

Lignes rouge et verte

Nos vies défilent

À une vitesse vertigineuse

En Occident

Clics de souris

Claquement de doigts

On se catapulte

Soi-même

Du matin au soir

Lignes de vie

Fuyantes,

Fulgurantes,

Moches,

Éphémères,

Flamboyantes,

Douces-amères,

Sinueuses,

Tordues,

Lisses,

Un jet de shampoing

Sur un panneau-réclame

En fait, qui nous acclame

Quand nous ne sommes plus

La saveur du mois.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

Amazonie

Pendant que l’Amazonie flambait,

Nous partagions un pichet de bière

Sur la rue Saint-Denis ou sur Mont-Royal…

Pendant qu’il faisait un temps idéal

On ne devait pas se soucier de septembre

Et des obligations sociétales…

Pendant que se tenait la Mostra de Venise

Sur l’Atlantique, une jeune Suédoise traversait

Pour convaincre d’une urgence mondiale…

Pendant que l’Amazonie flambait

À Londres, du Brexit on parlait

Bientôt, il n’y aura plus de carnaval.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

 

 

 

Adagio

Une recette

Me ramène les âmes errantes

Les esprits qui se promènent

À contre-jour

Dans ma mémoire

Un aimait le sucré

Une plutôt le salé

Moi, l’amer

 

Une chanson

Me ramène les voix anciennes

Qui fredonnaient

Près d’un berceau

Ou à la cuisine

C’est toujours une pointe

D’amour

Qui m’envahit

 

Un livre

Ouvert

En pleine nuit

J’entends la voix

De l’écrivain

Peinant

À me livrer

Ses confidences, son mal/sa joie de vivre.

 

 

© Texte, Denis Morin, 2019

Le guépard

Immeuble clair-obscur

Ce jour-là

Mon œil fut attiré

Vers cette façade

Hésitant

Entre l’ombre et la lumière

Cela va de soi

Que des nuages

Formaient l’arrière-scène

Et que les rayons solaires

Perçaient où ils le pouvaient

Çà et là

Donnant à l’architecture

Du lieu

Une livrée mouchetée

Le guépard se terrait

Prêt à débusquer

Une gazelle

Un zèbre,

Tous deux perdus

Dans la cité.

 

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

Enseigne et ecstasy

Archambault

L’immeuble art déco

A connu ses heures de gloire

On y achetait des partitions

Pour piano classique

Mais aussi des guitares électriques

Les 33-tours en vinyle

Ont laissé place

Aux disques compacts

À l’heure des réseaux sociaux

On écoute des extraits

Au magasin avec un casque

On se dandine

On rêve

On s’évade

Prière de ne pas déranger

Chacun dans sa bulle

L’enseigne délogée

A été de nouveau hissée

On ne peut pas toujours

Reléguer aux oubliettes

Le patrimoine

Vaut plus qu’un rave

Et le mirage de l’ecstasy.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

 

Les madeleines

Fer à cheval

Bicyclettes

Toutes fluettes

Ou robustes

Sur des fers à cheval

Quand on pense

Qu’ils servaient

De semelles

Aux sabots

Des chevaux

Courant, tirant, traînant

Pour les courses

Des charges

Des carrioles

C’était avant le cheval-vapeur

Des moteurs

Ici, un usage moderne

D’une forme assignée

À une autre réalité

Ma pensée et mon oeil aiment beaucoup

Les madeleines

Tout autant que Proust

Avec un bon thé parfumé.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

D’accord, je me tais

Fougère

Je ne l’ai

Ni semée

Ni transplantée

Ni regardée

De face

Ou de travers

Elle a surgi

Au sortir de l’hiver

Au pied du chêne

Tout aussi surpris

Que moi de sa venue

Le vent s’en est chargé

Sans aucun doute

Sinon des spores

Ont adhéré

Un jardin plus loin

Aux ailes d’un oiseau

Survolant le bassin d’eau

Puis se sont détachées

Des plumes,

Je t’imagine très bien

En train d’écrire

Ton roman

Avec une plume-fougère

Évoluant entre le pouce

Et l’index

D’accord, je me tais.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

Le chien et mes regrets

Lierre

Ma théière refroidie

Plutôt son contenu

A ruisselé

Abreuvant ainsi

Le lierre

Hier,

Devrais-je écrire

Hier encore

Elles n’étaient que des pousses

Rentrées

À temps

Juste avant

L’hiver

Elles ont pris racine

Se sont déployées

Couvrant une colonne de plâtre

Et le dossier d’un fauteuil

Où vont dormir

Le chien et mes regrets.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

 

Les billes

Les billes

Billes qui brillent

Scintillent

Dans la lumière d’août

Réminiscences de l’enfance

On entrait

Dans le jeu

Nos yeux brillaient

Tout autant

Quand nous les tenions

Au creux de la main

Ou quand nous les lancions

Les unes contre les autres

On aurait dit

Des parcelles

D’étoiles

Une constellation

Roulant par terre

Puis nous nous les échangions

À la prochaine joute

On convoitait les billes du voisin

En fait, on se les partageait

Joie des uns et des autres.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

À tour de rôle

Métro Laurier

S’étaient assis

À tour de rôle

Sur ce siège en bois

Contre la paroi

De granit

Des corps

Des ombres

Anthracites…

Un touriste essoufflé

Un SDF

Autrefois assuré

Tous risques

Une femme ravie

Par les derniers beaux jours

De l’été

Elle venait de quitter

Au salon de thé

Un jeune amant

Rue Saint-Denis

Près de Mont-Royal

Puis elle avait marché

Jusqu’à la rue Laurier

La vie recommence

Comme les rondes

En boucle

Du métro azur.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

Céleste

NuagesHB

Parti le sfumato

Du peintre et génie

Qui dort à Amboise,

Loin de nous

L’humour de Magritte

Et son surréalisme

Gommées les cages suspendues

 

Au jardin céleste

Planent les oiseaux

Et les rêves

Et vos disparus

Puis s’évadent les clichés

Et les anges

S’invitent mes quêtes

D’absolu

Depuis longtemps inassouvies

 

Saviez-vous

Que la gouvernante et confidente

De l’auteur d’À la recherche du temps perdu

Se prénommait Céleste ?

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

La main gantée

Doigts-arbre

En contemplant cet arbre,

J’y ai vu une main

Et des doigts larges

Comme des troncs d’arbre,

Singulière métaphore

 

Là, une paume ouverte

Soutenant

Avec un effort titanesque

Le temps qui passe

Et qui fissure

Tôt ou tard

Les fibres de notre être

 

L’écorce

Rugueuse

Se glisse

Sur le bois

À la manière

D’un gant

Muni d’écailles

Pas de torture

Pour concevoir

Une telle pièce

De vêtement.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

 

Du plus bel envol

Je dis

Tu émets l’hypothèse

Il doute

Elle revendique

Nous déclarons

Vous invoquez l’article

Ils pensent que ce texte

S’avère absurde

De baisser les bras si vite

De balancer le torchon

Sans décrire le moindre cercle

Sur le carreau

Elles sont du même avis

J’écris

Tu me mets mal à l’aise

Ou tu me réjouis

Il se calme

Elle exulte

Nous retroussons nos manches

Vous aimez sa robe bleu pervenche

Nous aussi

Reprenons la route

Repartons de nos doutes

Aujourd’hui, faisons de notre mieux

Demain, nos lignes de vie

S’animeront

Du plus bel envol.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

 

La maison ancienne

Maison ancienne

Cette maison ancienne

Entendit

Des murmures

Des promesses

Tenues ou pas

On ne le saura pas

Des rengaines

Des légendes au coin du feu

Des histoires de farfadets

Des cris de révolte

Le pas des soldats

Vêtus de rouge

Mettant le feu

Au rêve des Patriotes

 

Maintenant,

Retour à l’apparente tranquillité

Politique

Économique

Après deux référendums

Roulement de tambour

Drrrrrrrrruuuuuummmmm !

Que reste-t-il des idéaux,

Des cris de révolte,

Des promesses

Tenues ou pas ?

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

 

 

Les retrouvailles

Fleurs

L’âge ne compte pas

Devant la magie des fleurs

On a le cœur jeune

On a le cœur jaune

Et les joues rosées

Devant cette beauté

Offerte

Aux abeilles et aux bourdons

Ouverte

Pour libérer son parfum

On s’imagine aux Jardins de Métis

On se transporte à Versailles

Spectacle parfait pour des retrouvailles.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

Verte chenille et cassis

Chenille-cassis

C’est la mi-août

Cueillette de baies

Au jardin,

Le cassis est mûr

On rêve à la confiture

Ou aux tartes

Par anticipation

On s’en délecte

Nul doute

Que cela tournera

En souvenirs

L’été se résume en saveurs…

Fraise, framboise,

Bleuet, cassis

Après la cueillette

Le poète

Pense aux papillons

Quand apparaît une verte chenille

Il la photographie

Parmi les baies

Avant de la déposer

Sur feuille de vigne

Elle sera passée ainsi du potager

À la tonnelle.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

 

 

Ancrage

Racine

La racine

Enfouie

En majeure partie

Sous terre

S’imagine

N’être rien

Qui vaille

Pourtant, elle abreuve

L’arbre

Le nourrit

Le retient

Au sol

Ancrage végétal

 

La racine

Soutient l’arbre

Et cherche la source

Et les nutriments

Elle ne sait mentir

Et va son chemin

Sinueuse

Noueuse

Fibreuse

Souvent en courbes

Telle une bretelle d’accès.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

L’îlot

Ilot

Cet îlot

Au milieu de nulle part

Unique parmi les îles

Sur cette rivière

En comptant mille

Ou presque…

Doit abriter un héron gris,

Un couple d’outardes

Et des corneilles

 

Cet îlot

M’est apparu

Longeant à pied

Traversant une autre rivière

À proximité d’un cimetière

Où dorment les gens d’avant

 

Cet îlot

Si discret

Passe inaperçu

Quand on file à toute allure

Devant l’église

Et l’ancien presbytère

Et l’ancien couvent

Transformé en mairie

 

Je me réjouis

À la vue de cet îlot

Émanant des eaux.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

Une ligne rose

Vit-on à l’ombre de quelqu’un

Comme une fougère

Pousse à l’ombre d’un chêne

Comme les jeunes filles en fleurs

D’un certain Marcel

 

Vit-on dans l’ombre de quelqu’un

Comme des artistes en devenir

Admirent

Respirent

Les chansons

La poésie

Des grands qui ont arpenté les planches

Des théâtres d’ici et d’ailleurs

 

Mène-t-on nos vies en parallèle

Tels les trains de Termini

Qui filent vers les banlieues

Et les autres villes d’Italie

 

Prolonge ta ligne bleue

Tant que tu veux

Fais-toi tatouer

Une ligne rose

Si tu veux

Dis ce que tu veux

Cela ne changera rien ou si peu

Aux déclarations de l’Académie française

À l’usage langagier du badaud

Sur un quai à Berri-UQAM

D’autres messages suivront…

 

© Texte, Denis Morin, 2019

 

 

La cigale et les touristes…

Cigale

Cigale immobile

En cette canicule record

Elle ne plaindra plus

Des touristes mal attriqués

Dans les paysages de Provence

Van Gogh, Cézanne et Modigliani

Les auraient fuis

Comme la peste

Du reste,

Ils font tache dans le paysage

Cigale sage

Nous te remercions

Pour avoir su mettre de l’ambiance

En ton honneur,

Je boirai du Pernod,

Tout en lisant Giono.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

La rêveuse

Elle lâche

Tellement prise

Qu’elle ne fout rien de sa vie

Le Ciel y pourvoira

On veut bien

Mais que fait-elle

De ses dix doigts ?

 

Elle rêve

Aux aigrettes blanches

À long cou

Des estampes japonaises

Elle ne boit que du thé vert matcha

Elle mène une vie bio certifiée

 

Elle passe

Ses jours en état d’apesanteur

Le consumérisme

Ou le militantisme

Des autres

L’épuise

Moi, elle me trouve trop affairé,

Trop ambitieux

Mais au fond

À petit feu, elle crève

D’ennui

Le cul sur son tatami.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

 

 

Juliette vit comme bon lui semble…

Juliette ne passe plus

Sa vie à espérer un Roméo

À son balcon

Elle danse,

Elle peint,

Elle s’expose,

Elle écrit

De Montmartre

Elle surplombe Paris

Elle rit

Des pervers

Qui voient en ses tableaux

De la porno

Alors que tout chez elle

N’est que grâce et beauté

Elle va s’acheter des fleurs,

Sinon c’est son fils

Aussi talentueux que sa mère

Qui fleurit la table

Juliette vit

Ses jours comme bon lui semble

Qu’il en soit ainsi.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

Le piano vert

Fontaine et pianoPiano vert

Là, dans cet ancien village

S’élève une fontaine

En jets d’eau rafraîchissante

Et se dresse un piano public

Pour y jouer de la musique,

Celle qui nous plaît

À entendre

 

Le village d’antan

Fut peint,

Fresque naïve,

Rappel du passé

Conjuration contre le présent

Qui va trop vite

 

Arrêtez-vous le temps de fredonner

Dans tout ce vert,

Réfugiez-vous

Si minime soit le concert

Si brève soit la mélodie.

 

© Photos, texte, Denis Morin, 2019

 

 

À la frontière

Le souffle se retient,

Se quantifie

Se raréfie

Promenade en apnée

Paysages aquatiques,

Hypnotiques

Quel côté de l’onde occupes-tu ?

Le ciel lumineux

Livré aux oiseaux et aux rêveurs

Les eaux

Pour les noyés et les naïades

À chacun sa baignade

À chacun son envolée

Il me semble que tu goûtes

Ton plaisir

À évoluer à la frontière

De deux univers.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

 

 

 

 

Nature morte

Branche

Nature morte

Branche à la sève vive

Arrachée à un tronc

La nature morte

Consiste normalement

En un plateau de fruits

Et / ou d’un animal chassé,

Le tout saisi

Par l’œil du peintre

Mais dans ce cas-ci

La nature morte

Réside

En la main du con

Qui a détruit

Ce fragment de vie

Sur le point de se dessécher.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

Le temps fuit

Terrasse

Sous le feuillage

Ton ombrage

À peine perceptible

Pour qui ne te connaît pas

Mais je te sais là

Assis

Comme autrefois

C’est-à-dire hier

 

Sous le feuillage

Je m’assieds

Évitant la morsure vive

De la lumière

Que je laisse aux plantes,

Aux pierres de rivière,

Aux fleurs

 

Sous le feuillage

La vie me semble mirage

De l’aube au crépuscule

De la tombée de la nuit à l’aube

Le temps fuit.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

Ici et là

Au Café Cherrier

Au Café de Flore

Elle texte

Prétexte

Aux aveux

Une maille au bas droit

Un bleu au cœur,

À gauche

 

Rêves de midinette

Starlette

Télé-réalité

Hors studio

Pour qui et pourquoi

Se veut-elle

Si belle

 

Aux yeux,

Croissante nébulosité

Atmosphère

Elle vient de larguer

La première

Honneur sauvé,

Pense-t-elle,

Scénario prévu au contrat,

Signez ici et là.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

 

Renaissance

FicusBenjamina

Ce ficus benjamina

N’était que chicot desséché

Sur le point de passer à la corbeille

Le poète l’a tailladé

Jusqu’au vert tendre

De son tronc,

Il a retiré

Tout le bois mort

Il ne restait que cinq centimètres hors terre

Il l’a bichonné,

Mis en évidence

Sur un coin de céramique désert

Dans la salle d’eau

La lumière,

L’humidité,

L’engrais

Le poète a cru en son arbre

Et l’arbre a crû

Et ne cesse de croître encore…

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

 

Trop, jamais assez, encore

SomeReading

Il y a toujours trop de livres, dit-on,

Pour les rêveurs

Les intellos

Les dissidents

Les artistes

 

Il n’y a jamais assez

De poèmes

De déclarations ferventes

D’appels aux réconciliations

Sur les tombes aux chrysanthèmes

 

On souhaite encore

De nouveaux Norman Bethune

De nouvelles Marie Curie

D’effervescents Guillaume Depardieu

D’effervescentes Betty Davis

 

Il y a toujours trop de livres

Il n’y a jamais assez de poèmes

On souhaite encore…

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

L’arbre-banc

Le banc

Cet arbre avait opté

Pour les courbes

Formant ainsi un trait d’union

Une chanson

Les oiseaux y perchaient

Et les amoureux s’y assoyaient,

Surpris par une vive ondée

De juillet

Ou bien transis

Par un vent frisquet

Parfois, sous la canicule

Ce banc improvisé

Servait d’édicule

Et d’alcôve

Accueillant les doux épanchements.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

Entre deux brins d’herbe

Geai bleu

Entre deux brins d’herbe

Elle reposait superbe

La plume

Du geai bleu

Magnifique corvidé

Si l’on pouvait évider

Ce bleu et ce noir

D’un quelconque fruit

Les extraire

D’un quelconque regard

Mystère

J’imagine une livrée

Aux reflets moirés

Ou encore une couverture

D’un recueil poétique

Je reste bouche bée

Entre deux brins d’herbe

Elle reposait superbe

La plume

Du geai bleu…

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

 

Autoportrait en clair-obscur

Le poète est comme un chocolat

Il peut contenir

Des traces de noix

Il fait gaffe

Au manque d’air(e)

Contrairement à la rumeur,

Le poète ne joue pas d’attitudes

Il n’est pas dans l’ego

Soyez rassuré.e

Le poète est un soda

Parfois en bulles

Tantôt à plat,

Eau plate et dormante

Il sourit peu

Il rit encore moins

Les nouvelles télévisées

Rendent les humoristes de sinistres bouffons

Les causes sociales l’émeuvent

Les artistes le fascinent

Depuis l’enfance

Enclin à se sous-estimer

Il se veut ivre

À fréquenter les livres

Et libre

De toute influence

Car au fond il n’en fait

Qu’à sa tête

Pourquoi lui en vouloir

S’il ne traîne pas dans votre boudoir

 

Dans mon humilité

Même si vous en doutez

Pour certains d’entre vous

Je contiens la plénitude

Et mon anéantissement

La lumière

Et les ténèbres

Je suis un homme en clair-obscur.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

 

Tout à la fois

Il te reste

Des projets à venir

Il te reste

Ma signature

Une recette de confiture

À la groseille

Je sais,

Non la vie ne sera plus pareille

Tu feras comme si

Je rentrais

Plus tard

Il te reste

Mon regard

Dans les yeux des enfants,

Surtout le plus grand

Qui me ressemble

Tellement

Il te reste

L’immensité des souvenirs

L’intimité du soupir

Et les fougères que j’ai plantées

Au fond du jardin

Pour t’apaiser,

Te consoler du chagrin

Souris

Je te vois

Mais de la pièce d’à côté

Je ne suis et je ne serai

Jamais loin

Souris

Car je t’aime

Je sais,

C’est d’une banalité

Je suis tout à la fois

Chez toi et dans l’au-delà.

 

© Texte, Denis Morin, 2019