écriture, Montréal, poésie, rue Saint-Antoine Ouest et rue Bleury, solitude, urbanisme

Prière de ne pas déranger

Flou-rueBleury

De jour comme de nuit

La ville apparaît

Si tranquille

De si haut

On croit entendre

Le vent

Au travers des branches

Rideaux tirés

La plupart du temps

Pour estomper le vertige

Pour gommer

L’appel du vide

Vaux mieux s’asseoir

Que de rester debout

L’eau froide rafraîchit

Les idées

Calme les émotions

Il y a

Tant à faire

Tant à écrire

Tant à dire

Chaque envolée lyrique

Chaque décollage poétique

Me rapproche du ciel

Me rapproche du cœur

À la porte de la chambre

Prière de ne pas déranger.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

 

écriture, Montréal, poésie, Roman, rue Saint-Antoine Ouest et rue Bleury, urbanisme

Un écrivain sur la ville

Poètesurlaville

Hier, je jouais

Au jeu

De l’écrivain sur la ville

Isolé dans une chambre

À transcrire

Des mots

De manuscrit à tapuscrit

Hier, je contemplais

La cité et ses vertiges

Les buildings, les voitures,

Le verre allumé

Devant moi

Et en contrebas

Et moi derrière une glace

Pris entre le silence

Et un besoin de plonger

En écriture

Dans mon cahier

Si plein de ratures

Hier, je jouais

Au jeu

Du poète rêveur sur la ville

Ivre de liberté

Il faisait nuit

Qu’importe les pages

À transcrire

Je finirai bien

Par arriver au port.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

 

 

actualités, chanson française, confinement, Gilbert Bécaud, Griffintown, Montréal

L’oiseau libre

LePoète-chanteur

À l’époque

C’était hier

Quarantaine oblige

Un autobus presque vide

Des passagers espacés

L’air hagard

Comme perdus

Dans les actualités

Pourtant soleil

Il faisait

À un mètre

Assis

Un oiseau libre

Un poète chantant

Sous sa livrée colorée

Se foutant éperdument

De l’OMS

Et des autorités

Il proposait

À l’auditoire clairsemé

Des airs de Bécaud

Ça le rendait

Mystérieux

Et beau

L’oiseau libre

Ce poète chantant.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

actualités, billet d'humeur perso, Covid-19, Gare centrale, Montréal, poésie, printemps, station de métro Bonaventure, Train Exo 6 Montréal-Deux-Montagnes, transport

Vingt secondes…

 

Le train était vide

Mais ma tête trop pleine

De soucis

Artificiels ou vrais

Qui sait

Deux outardes

Deux colverts

Sur la rive

Dans les wagons

Aucune âme qui vive

Sauf l’esseulé

Le grand dadais

Une fois parvenu

Gare centrale

Quelques clodos

Un vendeur de café

De thés aromatisés

Un agent de sécurité

Qui surveillait

Quoi et qui au juste

Puis corridor

Je m’endors

Il pleut

Lumière bleue

Dehors

Direction métro

Quelques clodos

À qui j’offre

L’ivresse

De l’orangé de mes clémentines

Puis je monte

En surface

Il pleut

Semelle fendillée

Pied gauche mouillé

Prévisible comme ce printemps frisquet

Je me répète semelle fendillée

Non, ce n’est jamais

Mes lèvres qui le sont

Jusqu’aux oreilles

Le sort de l’humanité

Me pèse

Trop

Pour me donner aux facéties

De l’humour

Car trop d’amour

Me font courber les épaules

D’ailleurs, pour celles des autres

Si rares sont-ils

Elles circulent à deux mètres

Consigne réglementaire

Dans la ville

Je vais fébrile

D’arriver à destination

Vite le savon

Les vingt secondes

Je les compte

Avant le café

Et un brin de comptabilité

 

Vingt, dix-neuf, dix-huit

Dix-sept, seize

Quinze, quatorze

Treize

Douze, onze

Dix, neuf

Huit, sept

Six, cinq

Quatre, trois

Deux, un

Zéro.

 

© Photos, texte, Denis Morin, 2020

actualités, billet d'humeur perso, Montréal, poésie, quarantaine, rue Saint-Mathieu, Montréal

Quarantaine

Circulez

Circulez

Y a rien à voir

Ou si peu

De piétons

Marchez

Sinon

Une contravention

Ventilez

Évacuez les idées grises

Mais chez vous

Déprime

Ou éclats de rire

Sont à proscrire

Sur la place publique

Détournement

De vos heures

Pour quelques jours

Faites un détour

Circulez

Y a rien à voir

Car le présent…

Ressemble

À une quarantaine.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Amérique, Angleterre, Écosse, Canada, France, Iles britanniques, Irlande, Migration, Montréal, Nouveau-monde, Pays de Galles, Québec, rue Saint-Marc, Montréal

Hisser les voiles

VoilesRueStMarc

France,

Iles Britanniques,

Les vagues frappaient

La coque

Des bateaux

Longue et lente traversée

Océan mauvais

Jurons des matelots

Vents du large

Laisser famille et pays

Voir devant soi

Avenir et pays

En autant de s’y rendre

À bon port

En autant d’avoir le pied marin

D’humer l’air salin

D’avoir des projets plus grands

Que le passé

Dont on voulut

Se délester

En quittant le port

Des bras familiers

S’agitaient au loin

Sur le quai

Partir

Ne jamais revenir.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

communication, Montréal, poésie, vie quotidienne

Jonction

Les 3 fils

Les trois connexions

Filiformes

Forment

Croisée des chemins

Croix

Frontière imaginaire

Mon collègue rigole

Se fout de moi

Segment de réalité

Transposition

Le blanc pour le jour

Le noir pour la nuit

Le violet pour les fleurs

Que lit-on dans ces fils

Dans ces branchements

Tout peut devenir

Matière à poésie

Tout peut révéler

Un sens

Au-delà des signes immédiats

Suffit

D’y penser

D’éclater

L’objet

Transmutation

Pour dire le temps qu’il fait

Au combiné

À la jonction

De l’appareil et de l’oreille.

 

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020