émoticônes, communication, informatique, poésie

Hiéroglyphes en pixels

Sur son portable

Il se montre affable

Elle amorce une conversation amicale,

Très agréable

Il se met à table

Disposé à partager

Projets artistiques

Pensées philosophiques

Mais soudain

Pile faible

Toujours au mauvais moment

Conversation à poursuivre

Quand le rouge

De la dame aimable

Et la gêne du pote

Passeront au vert

Précisément quand le niveau énergétique

De la pile

Aura meilleur effet

Sur l’échange culturel

Foutu monde virtuel

Toujours à bâtons rompus

Autant d’émoticônes

Pour marquer (l’in)satisfaction,

La joie, la peine,

L’exaltation, l’éphémérité

Ère des hiéroglyphes en pixels.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

 

 

amitié, amour, communication, poésie

Éperdument

Éperdument

On s’aime

On se déteste

On se balance

Des injures

À la figure

Éperdument

À coups de mots-torture

Mon ordure

 

Éperdument

Tu ne perds rien pour attendre

Attendre quoi au fond

Si ce n’est la défaite

La déconfiture

Éperdument

Tout était écrit d’avance

Histoire banale

Plus de cartes postales

À envoyer comme preuves

De sentiments illusoires

Aux amis et à nos familles

Maintenant que c’est la bisbille

Et que la bisbille dure

Il pleut des hallebardes

Je t’avais prévenu.e

 

Bof, tu t’en fous

Éperdument.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

 

écriture, censure, communication, dictature, poésie de train

Intime prison

Taisez-vous

Tout ce que vous direz

Sera retenu contre vous

On vous prêtera

De mauvaises intentions

On émettra des hypothèses

Dans une thèse

Si vos propos

Sont de notoriété publique

Si vos écrits

Sont lus, commentés,

Encensés, dénigrés

 

Taisez-vous

Évitant ainsi le bûcher,

La fatwa,

La fusillade ou l’exil

Retenez votre langue

Qui tangue

Derrière vos dents scellées

Et votre bouche close

Contre votre palais,

Intime prison.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

écriture, chanson française, chanson québécoise, communication, Création, poésie, théâtre

Une ligne rose

Vit-on à l’ombre de quelqu’un

Comme une fougère

Pousse à l’ombre d’un chêne

Comme les jeunes filles en fleurs

D’un certain Marcel

 

Vit-on dans l’ombre de quelqu’un

Comme des artistes en devenir

Admirent

Respirent

Les chansons

La poésie

Des grands qui ont arpenté les planches

Des théâtres d’ici et d’ailleurs

 

Mène-t-on nos vies en parallèle

Tels les trains de Termini

Qui filent vers les banlieues

Et les autres villes d’Italie

 

Prolonge ta ligne bleue

Tant que tu veux

Fais-toi tatouer

Une ligne rose

Si tu veux

Dis ce que tu veux

Cela ne changera rien ou si peu

Aux déclarations de l’Académie française

À l’usage langagier du badaud

Sur un quai à Berri-UQAM

D’autres messages suivront…

 

© Texte, Denis Morin, 2019