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Des promesses d’avenir

À l’ombre des tours

La victorienne maison en pierre,

Écrin de secrets

Eleanor pleurait

Entre deux tasses d’Earl Grey

C’était hier,

Édinbourg, Londres et Paris

Puis Montréal

Et James divaguait

À bâbord et à tribord

Entre deux verres à ras bord

De whisky ambré

Roulèrent leurs joncs

Guettent toujours leurs ombres

Aux fenêtres

Pensons à leur unique enfant disparu

Couché sous une stèle

Quelque part, sur la montage

Aux amours mortes

On remplace les troncs tombés

Par des promesses d’avenir.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

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À sa mélancolie

Sur la pierre

Figure d’enfant

Visage d’antan

Le sculpteur a déposé

En terre

Son marteau

Et ses fers

Cette pierre

Frise de colonnade

Les colonels ont défilé

Les dignitaires ont gravé

Leurs noms

Sur plaques cuivrées

Pour la postérité

Cette pierre

Figure d’enfant

Me souffle à l’oreille

Que toute vanité

N’est que du vent

Expression tranquille

En toute apparence

Bien des gens ont trépassé

Comme bien d’autres passeront

À Londres, à Paris

À Berlin, à Rome

À Vancouver, à Montréal

Bref, bien des hommes et des femmes

Marchant flamme éteinte,

À vive cadence

Indifférent.e.s à sa mélancolie.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

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À plus

À la terrasse, on m’y trouve près de la tonnelle et de la vigne aux raisins amers dont les oiseaux se régalent l’automne venu. Je préfère ceux du fond de la cour que je transforme en gelée si délicieuse.

Je disais que je prends place sur cette chaise de bois quand il ne pleut pas et quand la lumière n’est pas trop aveuglante non plus. Manque la tasse de café ou une coupe de rosé, mais je ne picole pas avant l’heure de l’apéro.

Assis à cette minuscule table, débute l’écriture d’un deuxième cahier. Les idées se mettent en place et les personnages jouent du coude. Qui dira la première réplique et surtout qui donnera la réplique assassine ?

Au hasard, le poème inattendu s’invite. Une feuille à part reçoit alors le bruit d’avant la mise en page finale. En fait, un texte est-il une œuvre figée condamnée par son cadre ou vit-il justement par l’iris du lectorat ? J’ai mis telle ou telle intention, mais les mots possèdent une charge émotive et évocatrice qui me dépasse bien largement. Je ne suis que le valet de mes textes passés, actuels et futurs. Qu’on se le tienne pour dit !

Par conséquent, je n’ai pas dit mon dernier mot. À plus.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

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D’une certaine émotion

Mots

Aveux

Coincés dans la tourmente

Chiffonnement

Expéditeur il y eut

Message freiné

Dans sa transmission

Destinataire inconnu

Papier ligné

Devoir ou amour

Leçon ou amitié

Non, je n’ai pas osé

Défroisser

Les fibres

Et lire

Décoder

Pour ainsi dire

Cet estompement

De l’intention

Ça restera un secret

La pluie

Le piétinement

Feront le reste

Et moi, je reste

Fasciné

Par cette sphère,

Fruit d’une certaine émotion.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

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Comment

Entrée dans une vieille gare

Désertée

Ce matin

Des anciens combattants

Cet ange / Cette victoire ailée

Soutenant le blessé

Le soldat mourant

Le poète déroule dans sa caboche

Une bobine

Il se fait du cinoche…

C’était du vrai

Pourtant

Les images défilent

Les trains sifflent

Dans l’aube

Sur le quai, elle pleure

Sur les marches du wagon

Le brave a tout de même peur

Enfants à l’école

Rêveurs

Du père

Du grand frère

Parti

Vers les lointains pays

Devant l’ange / Cette victoire ailée

Le poète écoute

Les souffles anciens

Imprégnés dans la pierre

Et ces voix de femmes

Tantôt cris

Tantôt murmures

Comment

Me reviendras-tu

De Verdun, de Vimy

De ce débarquement en Normandie

Comment

Dans quel état

De corps

D’esprit

Déconfit

Déconstruit

Me reviendras-tu

La guerre brûle

Autant les munitions

Que les hommes

Comment

Entendras-tu

L’appel du retour

Si les canons

T’auront rendu

Sourd ou fou

Comment

Te souviendras-tu

Des gens d’avant

Le chaos

Le conflit

La propagande

L’économie

Dis-moi

Tout simplement

Comment

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

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À portée de pas

Eau

Émanation de la terre

Le minéral se fissure

S’y abreuvent les oiseaux

Un bourdon

La survole

Une libellule

L’agrémente

Par sa grâce

Mon œil y plonge

Eau

La fleur l’effleure

Comme le bout

De tes doigts

Je ne serai

Jamais tout à fait moi

En l’absence

De cette nature

De cette verdure

À portée de pas.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

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Jusqu’à la fin août

C’est (dé)veine

Papillon

Espèce protégée

Pour espace saccagé

C’est parade

Annulée

Paillettes rangées

Ce pantalon de cuir te va si bien

Applique un peu plus

De fard à joue

Jeter ombrage

Le vernis à ongles en spécial

À la pharmacie du coin

C’est Yourcenar

Du plus bel effet

En opéra

Livret à quatre mains

Du Québec vers la France

Vers le Maine

Il n’y a qu’à suivre le fleuve

Se jetant dans la mer

C’est retrouvailles

Victuailles

Une bière de chez nous

Du pain, du fromage,

Des fruits,

Du poulet rôti

De la salade de chou

Tu resteras bien

Jusqu’à la fin août.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

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Inséparables

Tu m’ignores

Aujourd’hui

Pourtant

Hier

Nous étions

Inséparables

Nous parlions

Chanson

Poésie

Nous rêvions

De France

De Paris

Et d’Avignon

Sur ce petit pont

Dansé nous aurions

Je porte

Sur mon dos

L’étoile du parfait inconnu

À quoi bon se plaindre

De ce qui n’est plus

Que le passé se creuse

Au fond de la mémoire

Le temps s’illusionne

À faire du passé

Un présent.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022