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Hors saison

Elles ont cru

Au jardin

Les roses

Je les pensais mortes

Fanées

Gelées

Sous un couvert de neige

À ma pensée

L’été s’était désagrégé

Puis à ma vue

Elles se sont dessinées

Contre gris métallique

Et jaune sécurité

À même un sac en toile cirée

La passagère

Y avait sa vie

Clef en main

Un présent à crédit

Pourtant, j’ai toujours cru

Que les roses

Ne devaient pas

Être hors saison.

© Photo, texte, Denis Morin, 2021

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Wilson, père et fils

Monsieur Wilson

Fit carrière

Dans la taille de pierre

Il l’extrayait

Rugueuse à souhait

Puis la polissait

Pour exercer sa patience

Monsieur Wilson

Eut un fils

Unique

Déshonoré

Car ne voulant pas

Se transformer en gisant,

En industriel monument

Fiston préférait le pinceau

Et le ballet

Le descendant

Glissait les soies sur toile,

Glissaient ses pas

Sur le sol usé

Il chorégraphiait sa vie,

Père suivait

Le carnet de commandes

À chacun son devoir

Par ironie du sort

Monsieur Wilson mourut

Le fils exposant

Ses toiles à Londres et à Dublin

Son corps élancé

Sur les planches d’une scène parisienne

À son retour à Montréal

Le fils pour narguer

La mémoire du père

Appliqua une bavure bleutée

Crachat ou baiser

C’est selon

Sous le nom Wilson,

Père et fils

Étrangement réunis.

© Photo, texte, Denis Morin, 2021

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Leonard C.

Leonard C.

Face au musée

Surplombe la ville

Les femmes de sa vie

Sa mère

Les bonnes

Les amantes

Ne l’attendent plus

Il n’est plus en tournée

Il n’est plus le don juan passager

Il dort sous la pierre

Des monuments à sa mémoire

On pourrait élever

À Tel Aviv

Sur les plages avec vue

En mer Égée

Et ce portrait immense ravive

La nostalgie

Sa voix grave

Son chapeau incliné

Écoutons ses chansons

En reprise

Prolongement de sa voix

Leonard C.

Face au musée

Surplombe maintenant la ville.

© Photo, texte, Denis Morin, 2021. Murale de El Mac et Gene Pendon et 13 artistes-assistants de l’équipe MU, 2017 ; photo initiale, Lorca Cohen, fille du chanteur.

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Clémentine

Ligne en apparence

Anodine

Clémentine

De sa main tremblante

Versement

De ce rose-évasion

De ce rose-Piaf

Sa ligne de rêve

Son sillon de vie

Tout ce dont elle voulait

Résidait

En ce sillon clair

Sur granit noir

Presqu’une prière

Une incantation

Voire un cri

Étouffement

Elle n’en pouvait

De l’hiver

De l’enfer

Des rues

Déchéance

Elle s’est saignée

Bouteille de vodka

En guise de témoin

D’agonie

Un éclat au poignet

Son corps on a transporté,

Non réclamé

Fosse commune

Un employé du métro

Récure

Mais la trace perdure

Du rose-Piaf

De Clémentine

Quelque part

Au coin des rues

Sanguinet et Sainte-Catherine

Une lointaine cousine

Fredonne…

Padam, padam…

© Photo, texte, Denis Morin, 2021

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Et si…

Et si…

Feuille sèche

Était plus

Que nervures

Et cellules flétries

Et si…

Vaisseau déserté

S’avérait chrysalide

D’un printemps

Et si…

Feuille tombée

Gommait l’annonce…

Hiver !

Et si…

Derrière l’apparence du moche

Vous faisiez votre cinoche

Et si…

Sous ce repli végétal

Je voyais sculpture

Vie plutôt que mort

Et si…

Votre lassitude

Se tintait d’amplitude

D’ondes voyageuses

Et rêveuses…

Et si…

Vous me disiez…

© Photo, texte, Denis Morin, 2021

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L’observateur muet

À des touches de piano

Blanches et noires

L’ébène en évidence

L’ivoire en arrière-plan

Elles en ont l’allure,

Les chaises

Voyez les dos ajourés

Qui jouent du coude

Puis sur pause, ces ossatures

Inquiètes

Songeuses

À la recherche de voyageurs

Égarés

Esseulés

Entre deux départs de train

Sur un panneau électronique

Villes annoncées

De Toronto à Halifax

En passant par Québec

Heures et retards indiqués

En retrait

Un observateur muet

Boit son Earl Grey

Seuls le distraient

Une femme gracile au blouson de cuir noir

Un homme massif en kilt au tartan vert.

© Photo, texte, Denis Morin, 2021

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Les passantes

Au petit matin

Elles vont les passantes

Presque main dans la main

Complices

L’or chu au sol s’éveille

L’une d’elles

Portable à la paume

Répond par clarté

Au réverbère

Aussi doré que feuillage

Le poète marchant derrière

Les épie

L’une d’elles

Rit

S’exclame

Enjouée

Sa voisine est plutôt taciturne

La première jacasse

L’autre écoute

Soucieuse de la route

Du parcours

D’un chauffard

On ne sait jamais

Au petit matin

Elles vont les passantes

Le poète les imagine,

Gamines

En direction de l’école

Manches longues

Et cartables

Leçons apprises la veille,

Craintives d’échouer une dictée

Ou un calcul tarabiscoté

De chiffres

Au tableau vert forêt

Juillet

Marguerite, rose, dahlia

Dans l’herbier de l’une

Novembre

Cartes de hockey à échanger

Dans le sac à dos de l’autre…

Au petit matin

Elles vont les passantes…

© Photo, texte, Denis Morin, 2021

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Points de suspension

À toi, l’absent,

Le retardataire

L’oublieux

Des rendez-vous

Des anniversaires

J’ai l’air ridicule,

Funambule

Lunaire

Comme ce dessin

Si puéril

Tracé d’une main

Hésitante

À toi, qui me laisse

Sans voix

Silence radio

Se rafraîchit l’air

Il me faudra rentrer

Longues minutes

À contempler

Les clochers

Les outardes

Les nuées

Même le bus est en retard

Attente pour rien

Texto en points de suspension

Les excuses seront pour demain

S’il y en a.

© Dessin, texte, Denis Morin, 2021

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Jardin improvisé

PontJC

Se cueillent les roses

Sur les phares

À même les structures

Métal et grâce

Jardin improvisé

Au soir tombé

Dans l’Est

Si souvent dénigré

Des enfants riaient

Enlacés par les bras

De parents aimants

Se cueillent ces petites choses

Au sortir d’un bus

L’air hagard

Se dissipe le cafard

Roseraie étalée

Par on ne sait trop

Quel hasard

Sur les trottoirs

Parfum du diésel

Fleurs tardives

Macadam qui luit

Sous la pluie

Le gel saura bientôt

S’inviter.

© Photo, texte, Denis Morin, 2021