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Déclarations incendiaires

Fossile

Il me semble

Que tout se fige

Comme fossile

Dans l’ambre

Ou feuille

Dans la visquosité

Du bitume

Amertume

Rappel des jours anciens

Où l’on jouait

Allègrement

À la marelle

À saute-mouton

En toute insouciance

Du lendemain

Du smog

Des guerres

D’une quelconque pandémie

Des êtres chers

À étreindre virtuellement

Des déclarations incendiaires.

© Texte, photo, Denis Morin, 2020

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La passagère

Passagere

À première vue

Je ne dépasse

Pas les bornes

Je ne franchis

Pas les lignes,

Les bordures

Tel un enfant sage

Surpris par la pluie

Qui tombe à grosses gouttes

Sur un dessin

Au fusain

Confié

Par le cousin

Déjà affairé

Aux dossiers des grands

J’entre avec le dessin,

Mes esquisses

Et mes crayons

Puis passe un train de nuit

Je n’ai pas sommeil

J’observe

Elle ne franchira

Pas de sitôt

La barrière

Elle va son chemin

De l’autre côté

Des lumières et des phares

La passagère.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

 

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Le peintre et la couleur (Hélèna Courteau)

Écrire, lire, penser

.

D’abord je rêve un territoire qui nous ressemble
Sans m’en rendre compte je vole vers d’autres cieux

Je ne suis ni celui qu’on invente ni un personnage de l’Histoire des vaincus
Je suis ivre de rencontres
Ville Lumière je te bois.

Dans la rue vivre l’euphorie de la liberté
Incarnée désormais dans mes toiles
Prisonnière.

Je revendique sinon de vivre chez soi
de me représenter par moi-même
De nous présenter tels que nous sommes

Les pigments
Les liants
De notre bonne fortune

De la mort prématurée
Dû aux purges de l’histoire
J’embrasse les passagers de ma vie

.

Mykhailo Boychuk, (1882-1937)

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Les itinéraires métis

Fenetre-cielUne fenêtre se glisse

Écran translucide

Devant le paysage

À l’heure

Où l’œil

Scrute une surface lisse

Au loin,

Îlots sur rivière

Hier,

Des explorateurs

Et des guides indiens

Parcouraient

En leurs itinéraires métis

L’onde

En canot

Le poète explore

Par son imaginaire

Le cou incliné

Comme une tour de Pise

En ces temps d’absence de bises

Ce bleu

Ces eaux

Ce vert obscur

Cette ouate vaporeuse,

Mystères

Que les paupières du poète

Ne peuvent saisir

En leur subtilité.

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

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Hibiscus

Hibiscus 20200830

De retour du bal

Ça faisait un bail

Qu’elles n’avaient pas dansé

Tournoyé

Ces fleurs en leurs robes

D’un jaune si lumineux,

Si clair

Qu’elles croyaient l’été

Éternel

Comme aux Antilles

Ou aux abords de la Méditerranée

Illusion toute canadienne

Toute québécoise

Toute acadienne

Elles se sont flétries

Parce qu’Eol

N’avait pas prisé

Leurs rires fusant vers le ciel

Leur accent de Nouvelle-France

Égaré

Outre-Atlantique

Durant ce bal

Elles s’étaient imaginées

Sur la plage

En Martinique

Mes corolles d’hibiscus.

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

écriture, centre-ville près de la station de métro Guy-Concordia, Montréal, nostalgie, poésie, rue Pierce

William et Nelly

Rue Pierce, centre-ville, Mtl

Petite maisonnette

À portes jumelles

Au cœur de la ville

Façade anglo-écossaise

En pierre couleur sable

Corniches, fronton

D’une même teinte délavée

Par les ans et la pluie

Sans négliger du regard

L’ardoise gris souris

Plutôt à la française

Le toit plat, innovation victorienne

Mur latéral en briques brunes

Nulle place pour jardinet

Le charbon livré autrefois

À l’arrière

Ou bien par le portillon anthracite

Sur le côté

Imaginons un pianiste

Prénommé William

Ayant pour voisine une écrivaine

Baptisée Nelly

Se souriant parfois

Et s’invitant rarement

Pour le thé,

Celui de 5 heures

Ou pour un verre de xérès

En soirée

Était-ce la gêne ou par souci

Des convenances,

Frein à l’expression d’une passion

Que l’on percevait

Certains soirs

Où William jouait Brahms ou Chopin

Où Nelly déclamait sa poésie

Fenêtre ouverte

Par la joie secrète du pianiste

Depuis le piano s’est tu

Les partitions ont jauni

Dans l’armoire d’un cousin amnésique

Les livres ont terminé

Leurs courses

J’ose l’espérer

En un quelconque fonds d’archives

Et non pas consumer

Dans l’âtre du salon

Par un nouveau propriétaire

Épris de déco contemporaine

Ayant envoyé valser

Les charmes vieillots d’hier

Comme seule évasion maintenant,

Un immeuble à paroi de verre

Où se mire le ciel

Pierre tombale moderne

Pour oiseaux désorientés

Par les rumeurs de l’été.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Basses-Laurentides, chat, Deux-Montagnes, poésie, Québec

La chatte périurbaine

Chatte périurbaine

La chatte périurbaine

Ou de banlieue

Rive nord

N’a que faire

Des mondanités du Plateau,

Notre Montmartre à nous

Elle se fout des voitures

Qui la contournent

Et la klaxonnent

Le matin

Elle effectue sa tournée

Soit quatre maisons

Dont la mienne

Où elle hume les roses

Et le trèfle

Au soir tombé,

Elle entre chez elle

La chatte au pelage

Écaille de tortue

Satisfaite de sa journée

De farniente,

Alors que les humains

S’arrachent les yeux

Sur leur ordinateur

Et que leurs paupières s’écaillent

Sous la lumière artificielle

Des écrans.

 

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

 

cannelle, Deux-Montagnes, poésie, thé, tisane

Esprit divaguant…

Une même tasse

Pour café, thé, tisane

Le tanin la tache

Et ma main la récure

Avant la cuillère débordante

De miel

Cannelle tout près

Fragments d’écorce

Libérant

Arôme et goût

Sous l’infusion

Rêve de caravane

 

Une même tasse

Sur soucoupe

D’un blanc étincelant

À mon secrétaire,

Pièce de mobilier

Et témoin des rares envolées

 

Parfois, la tasse

Me suit

Sous puits de lumière

Que j’imagine

Mon ficus benjamina

Transformé

Par mon esprit divaguant

En théier.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020