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Sur la véranda

Scène d’hiver

Écrin/écrin pour peintre aveuglé.e

Par tant de blancheur

Et de froid

Se crispent les doigts

Sur le pinceau

Se réchauffe le regard

À tant de cristaux

Et que dire de ce bois

Lui aussi si blanc

Véranda

Pour dames anglaises

Éprises de grand air

En bordure de bordure de lac

Parfois, une biche

Ou un coyote

Le traversait

Errance, tâche d’encre

Sur toile vide

Rentrons si tu veux

As-tu du thé noir

Pour nous deux

S’il était aromatisé aux fruits

Ce serait encore mieux

Parle-moi de ta mère,

De ton père,

De celle qui habitait ce lieu

Avant toi,

Avant ton arrivée avec ton briard

Silencieux

Grugeant son os

Sur la véranda.

© Photo, texte, Denis Morin, 2023

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Mais je rêve

Mobilité réduite

Voire coincée

Les roues prises en étau

Neige et glace

Je vais au ralenti

Mais je rêve

Aux femmes

Qui jacassent en mai

Sur terrasse

Katy, Alice, Geneviève

Et les autres

À la main, une coupe de rosé

En story

Mais je rêve

Tancrède déploie

Sa musculature

Il souffle sous l’effort

Demain, il rejouera Sisyphe

Au gym à la lumière tamisée

Mais je rêve

Aux fleurs portées aux narines

Aux gouttes d’huile essentielle

Qui roulent sur une jugulaire

Mobilité réduite

Pour qui ne sait pas conduire

Le volant de son imaginaire.

© Photo, texte, Denis Morin, 2023

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Calendes grecques

Tisane fruitée

L’arôme encore à ma narine

Le goût à l’orée des lèvres

Le rouge de l’hibiscus escalade la cordelette

Pourtours du sachet

Cernes de la tasse

Excès de café

Ayant cédé momentanément

La place

Au pourpre plutôt violacé

Presque floral en relais

Le chocolat au zeste d’orange peut attendre

Car les quinze heures n’ont pas sonné

Tout comme

Moi remis par toi

Aux calendes grecques.

© Photo, texte, 2023

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Tapuscrit

Un jour

Peut-être une nuit

Je disparaîtrai

Rehauts de craie

Volutes fantomatiques

Lettres forgées par une main autre

Qui aura tôt fait

De tout gommer

Sur l’ardoise

Mon parcours

Un jour

Peut-être une nuit

On indiquera

Absent

Sous mon nom

Je serai alors bon

Pour les oubliettes

Ou pour le domaine public

Un jour

Peut-être une nuit

Des doigts me dessineront

Une fleur

Une étoile

En guise de points de suspension

Pour l’instant,

Le poète transforme

Manuscrit en tapuscrit

Les personnages d’un roman l’y pressent.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

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Malgré tout

Un roman

Dort

Manuscrit

Dans deux cahiers

L’un tacheté

L’autre nacré

Projet de transcription

Pour l’an prochain

Je remets

À demain

Ma main

Gauche

Sur le clavier

Ma main

Droite

Sur le papier,

Celui des livres

À écrire

Des nouvelles

Des contes

À lire

Des souvenirs à échanger

Aves les ami.e.s Outre-Atlantique

Ma vie,

Bateau de givre

Naviguant

Déjà en novembre

Sur vitre de février,

Malgré tout,

Figure de proue allumée.

© Photo, texte, 2022

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Bleu nuage

Il y a ce bleu nuage

Constitué de pluie, d’humeurs ténébreuses,

De la mélancolie envahissante de novembre

Il y a ce bleu nuage

Au-dessus des toits, des maisons tranquilles

Des chats qui rodent dans les jardins

Aux fleurs éteintes

Il y a ce bleu nuage

Cette encre diluée

Ces mots sous-entendus

Dans tes missives trop brèves, trop sèches

Il y a ce bleu nuage

À tes lèvres presque pourpres

Faute d’oxygénation

Au cœur

Il y a ce bleu nuage

Une tempête sévit

Quelque part sur une carte

S’agite la boussole

Il y a ce bleu nuage

Entre les pages

Du livre

Que tu voudrais écrire

En marge du monde.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

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La silhouette esquintée

Elle se sait

Condamnée

À la casse

À la case départ

La chaise

Plus personne n’en veut

Il peut

Bien pleuvoir, grêler,

Neiger

Qu’importe

Son sort est joué

À moins

D’un revers du destin

D’un bricoleur du dimanche

Qui pourrait

Par amour des choses anciennes

Lui ajouter un barreau

Lui redonner son lustre d’antan

Souhaitons-lui

Bonne fortune

Miracle inattendu

Qui sait

Sur cette rue,

Cette grande allée

Bordés d’arbres centenaires

Détrempée par novembre

Elle se sait

Photographiée

Mise dans une casse,

Celle d’un cellulaire

Par un poète au pas égaré

Il lui trouve un charme suranné

Un je-ne-sais-quoi déjanté

Malgré sa silhouette esquintée.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

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Si prévisible

Frissons givrés

Sur l’herbe

Au printemps

Nous (nous) étendrons

À nouveau

Nappe à carreaux

Vin

Fruits

Fromage

La bordure de tissu

Sera notre rivage

Rêvons d’ici là

De retrouvailles

De boustifailles

De bouteilles ambrées

Et d’un chapeau

Tressé de paille

Et d’une casquette si coquette

Te souviens-tu

Des discussions animées

Des divergences

Parfois, de nos convergences

Ton pied pointait vers le sud

Je tentais

De décoder ton attitude

Désemparé.e, tu étais

Face à mes habitudes

Je sais

Que j’étais

En dépit de mon imaginaire foisonnant

Si prévisible.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022  

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Cadavres écrits et À l’encre de l’esprit

Un poète, ça écrit des choses gentilles comme la pluie, les roses, les papillons et les abeilles. Toutefois, il arrive de temps à autre que l’artiste est invité à sortir de ses gonds, à casser la baraque, à chahuter pour se surprendre lui-même et le lectorat. Yoann Laurent-Rouault, notre directeur de collections et aussi peintre-illustrateur, et Jean-David Haddad, éditeur, savent provoquer la création avec le consentement des plumes invitées.

Pour le collectif de nouvelles Cadavres écrits, j’avais soumis la nouvelle En toute impunité où un homme d’affaires narcissique au maximum abuse de son entourage, jusqu’au jour où une redoutable adversaire croise sa destinée.

Maintenant, je récidive dans le collectif de nouvelles À l’encre de l’esprit avec un texte intitulé Kaddish au Trastavere. J’y raconte un épisode surnaturel alors que je me baladais jadis sur un rive du Tibre à Rome, alors qu’une famille juive aperçue se préparait pour Auschwitz-Birkenau.

Dans ces deux livres, je suis entouré par de nombreuses plumes fort talentueuses de la maison JDH Éditions. J’unis ma voix à celles des autres bien humblement.

Je vous invite à découvrir ces recueils aux histoires fictives pour Cadavres écrits et aux phénomènes vécus pour À l’encre de l’esprit qui viendront hanter vos nuits. Bref, ça décoiffe !

À lire évidemment si le mystère et les ambiances troubles vous fascinent.

Ces ouvrages sont toujours disponibles via Amazon.fr, la FNAC, etc. ou bien à la boutique en ligne de chez JDH Éditions, en impression à la demande.

© Couvertures de Yoann Laurent-Rouault, 2021-2022; texte du billet, D. Morin, 2022

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Selon toute vraisemblance

Robert, Jacques,

Michael, Zachary

Un prénom gommé

Partout ou presque

Parti sans laisser d’adresse

Appels à l’abonné absent

Parcours du West Island

Ou d’Homa vers le centre-ville

Désabusement

Exclusion

Faim

Besoin de soins

Besoin de regard bienveillant

Sur lui

Vêtements

Ajours de tissu abîmé

Passe l’air vicié du métro

Besoin de consommer

Besoin d’un toit

Besoin de toi

Par où commencer

Par où clore

Une destinée

Une estime

À regagner

Pour soi

Selon toute vraisemblance.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022