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Pour ces mots

Ciel troublé

Feindre l’oubli

Pour ces mots

Ceux omis hier

Ceux dits en trop

Ceux qui blessent

Ceux qui ne caressent

Pas assez

De tendresse

Ciel troublé

Les lumières vives

Transpercent le sombre

Promesse

D’un demain meilleur.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

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Tes joues

Il y a tout ce rose

De la coupe aux lèvres

Dans ce vertige

De l’étreinte

De l’atteinte

Aux sentiments

Il y a tout ce rose

Dans les voix sur YouTube

Dans ces souhaits échangés

Dans ces J’aime et J’adore

Il y a tout ce rose

Ces cristaux de sel et de sucre

Ces strates

Cette montée et cette chute

De l’effervescence

Il y a tout ce rose

Qui te monte aux joues.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

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La chevauchée des vélos-citrons

Vélo-citron

Papillon monarque urbain

Le plus démocrate qui soit

On le pose sur les quais du métro

Où nos semelles poussiéreuses

Ou boueuses

S’accrochent à ses rayons

Éclat vif

Dans la grisaille souterraine

Les humains décrivent dans la ville

Des itinéraires

À peu de choses près

Font de même les rats

À Montréal, discrets sont-ils

Pas de cavale à dents acérées comme à Paris

Quai d’Austerlitz

Sous l’armature industrielle du 19e siècle

J’image des mômes d’avant-guerre

D’avant-garde

Chevauchant des vélos-citrons.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

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Gommer le banal

Je voudrais

Partir

Ne plus revenir

Ne plus retenir

Libérer

De tout boulet

De toute blessante expérience

De tout goulot d’étranglement

Tu voudrais

Fuir

T’anéantir

Glisser

Comme une eau de pluie

Sur les surfaces

Sur les glaces

Il/elle voudrait

Pianoter

Par le toucher

Inventer ces sons

Cette musique,

Invitation à la fête,

À la danse,

À la transe

Si l’existence était carnaval

Si l’existence gommait le banal.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

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Des promesses d’avenir

À l’ombre des tours

La victorienne maison en pierre,

Écrin de secrets

Eleanor pleurait

Entre deux tasses d’Earl Grey

C’était hier,

Édinbourg, Londres et Paris

Puis Montréal

Et James divaguait

À bâbord et à tribord

Entre deux verres à ras bord

De whisky ambré

Roulèrent leurs joncs

Guettent toujours leurs ombres

Aux fenêtres

Pensons à leur unique enfant disparu

Couché sous une stèle

Quelque part, sur la montage

Aux amours mortes

On remplace les troncs tombés

Par des promesses d’avenir.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

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À sa mélancolie

Sur la pierre

Figure d’enfant

Visage d’antan

Le sculpteur a déposé

En terre

Son marteau

Et ses fers

Cette pierre

Frise de colonnade

Les colonels ont défilé

Les dignitaires ont gravé

Leurs noms

Sur plaques cuivrées

Pour la postérité

Cette pierre

Figure d’enfant

Me souffle à l’oreille

Que toute vanité

N’est que du vent

Expression tranquille

En toute apparence

Bien des gens ont trépassé

Comme bien d’autres passeront

À Londres, à Paris

À Berlin, à Rome

À Vancouver, à Montréal

Bref, bien des hommes et des femmes

Marchant flamme éteinte,

À vive cadence

Indifférent.e.s à sa mélancolie.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

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À plus

À la terrasse, on m’y trouve près de la tonnelle et de la vigne aux raisins amers dont les oiseaux se régalent l’automne venu. Je préfère ceux du fond de la cour que je transforme en gelée si délicieuse.

Je disais que je prends place sur cette chaise de bois quand il ne pleut pas et quand la lumière n’est pas trop aveuglante non plus. Manque la tasse de café ou une coupe de rosé, mais je ne picole pas avant l’heure de l’apéro.

Assis à cette minuscule table, débute l’écriture d’un deuxième cahier. Les idées se mettent en place et les personnages jouent du coude. Qui dira la première réplique et surtout qui donnera la réplique assassine ?

Au hasard, le poème inattendu s’invite. Une feuille à part reçoit alors le bruit d’avant la mise en page finale. En fait, un texte est-il une œuvre figée condamnée par son cadre ou vit-il justement par l’iris du lectorat ? J’ai mis telle ou telle intention, mais les mots possèdent une charge émotive et évocatrice qui me dépasse bien largement. Je ne suis que le valet de mes textes passés, actuels et futurs. Qu’on se le tienne pour dit !

Par conséquent, je n’ai pas dit mon dernier mot. À plus.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

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D’une certaine émotion

Mots

Aveux

Coincés dans la tourmente

Chiffonnement

Expéditeur il y eut

Message freiné

Dans sa transmission

Destinataire inconnu

Papier ligné

Devoir ou amour

Leçon ou amitié

Non, je n’ai pas osé

Défroisser

Les fibres

Et lire

Décoder

Pour ainsi dire

Cet estompement

De l’intention

Ça restera un secret

La pluie

Le piétinement

Feront le reste

Et moi, je reste

Fasciné

Par cette sphère,

Fruit d’une certaine émotion.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

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Comment

Entrée dans une vieille gare

Désertée

Ce matin

Des anciens combattants

Cet ange / Cette victoire ailée

Soutenant le blessé

Le soldat mourant

Le poète déroule dans sa caboche

Une bobine

Il se fait du cinoche…

C’était du vrai

Pourtant

Les images défilent

Les trains sifflent

Dans l’aube

Sur le quai, elle pleure

Sur les marches du wagon

Le brave a tout de même peur

Enfants à l’école

Rêveurs

Du père

Du grand frère

Parti

Vers les lointains pays

Devant l’ange / Cette victoire ailée

Le poète écoute

Les souffles anciens

Imprégnés dans la pierre

Et ces voix de femmes

Tantôt cris

Tantôt murmures

Comment

Me reviendras-tu

De Verdun, de Vimy

De ce débarquement en Normandie

Comment

Dans quel état

De corps

D’esprit

Déconfit

Déconstruit

Me reviendras-tu

La guerre brûle

Autant les munitions

Que les hommes

Comment

Entendras-tu

L’appel du retour

Si les canons

T’auront rendu

Sourd ou fou

Comment

Te souviendras-tu

Des gens d’avant

Le chaos

Le conflit

La propagande

L’économie

Dis-moi

Tout simplement

Comment

© Photo, texte, Denis Morin, 2022