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Staccato

Au café

Des illusions

Tu me faisais miroiter

Londres, Berlin, L.A.

Au café

Des impressions furtives

Du bout des doigts

Glissement

Effleurement

Des veines du marbre froid

Au café des discussions

Ton ancêtre au tableau

Nous regardait

Sur époque, arrêt

Douceur du sépia

Au café

Des évasions

Sur table, pianotement

Mon cœur bat

Staccato

De l’absence/présence

Et je t’espère

Vaine prière

Et je croque

Croissant aux amandes

Et je bois

Capuccino

Moustache à la cannelle

De me voir ainsi

Seul, tu rirais

Au café

Des impressions

Madeleines de Proust

Me reviennent

À l’esprit

Les promesses

Les oublis

Le déni

Qui a fui qui ?

© Photo prise des deux portions du Presse Café, Gare Windsor, Montréal; texte et photo, Denis Morin, 2023

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Dis, on se revoit ?

Une pluie bienfaisante

Une nuit

Des étoiles

Une toile improvisée

On détourne la tête

Et puis

On ne sait trop pourquoi

Ni comment

La magie opère

Les fées et les mages sont au rendez-vous

Une pluie bienfaisante

Une nuit

Cristal aérien

Pour qui sait regarder

Pour qui sait danser

On allonge le pas

S’ouvrent les bras

Sur le possible

Une main

Un stylo

Recherche d’un bout de papier

Un tantinet défroissé

À l’ancienne

Un portable qui s’allume

Un numéro noté

Au carnet

À la moderne

Dis, on se revoit ?

© Photo, texte, Denis Morin, 2023

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Chacun.e de son côté de la glace

Les passagers

Sont ceux/celles

Qui nous regardent

Et traversent nos vies

Trajet semblable

Ou à contresens

Pour une raison ou une autre

On se vautre

Souvent derrière

Une première impression

Pas toujours exacte

Comme une boussole

Ayant perdu le nord

Les passagers

Sont ceux/celles

Qui nous observent

Nous créent

Des vies

Amitié-amour imaginaire

À quelques stations

Souffle retenu

L’écran du portable

Les pages d’un livre

Servent tels des points de fuite

Les lignes d’un texto

D’un rapport à fournir

Un personnage

Maintiennent la distance

Chacun.e de son côté de la glace.

© Texte, photo prise dans le métro à Montréal, Denis Morin, 2023

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Vert samba

Moche et terne il se trouve

En cet hiver

Qui s’éternise

Rend blafard l’écorce grise

Le plus radieux des visages

Si proche il se tient

Étirant les bras

Au coin de la rue

Comme les mendiants

À midi, à minuit

Pour quelques pièces

La marchande d’en face lui conçoit

Un air de fête

Avec des lumières

Touche d’espérance dans la nuit

D’un vert samba.

© Photo, texte, Denis Morin, 2023

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Sur la véranda

Scène d’hiver

Écrin/écrin pour peintre aveuglé.e

Par tant de blancheur

Et de froid

Se crispent les doigts

Sur le pinceau

Se réchauffe le regard

À tant de cristaux

Et que dire de ce bois

Lui aussi si blanc

Véranda

Pour dames anglaises

Éprises de grand air

En bordure de bordure de lac

Parfois, une biche

Ou un coyote

Le traversait

Errance, tâche d’encre

Sur toile vide

Rentrons si tu veux

As-tu du thé noir

Pour nous deux

S’il était aromatisé aux fruits

Ce serait encore mieux

Parle-moi de ta mère,

De ton père,

De celle qui habitait ce lieu

Avant toi,

Avant ton arrivée avec ton briard

Silencieux

Grugeant son os

Sur la véranda.

© Photo, texte, Denis Morin, 2023

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Mais je rêve

Mobilité réduite

Voire coincée

Les roues prises en étau

Neige et glace

Je vais au ralenti

Mais je rêve

Aux femmes

Qui jacassent en mai

Sur terrasse

Katy, Alice, Geneviève

Et les autres

À la main, une coupe de rosé

En story

Mais je rêve

Tancrède déploie

Sa musculature

Il souffle sous l’effort

Demain, il rejouera Sisyphe

Au gym à la lumière tamisée

Mais je rêve

Aux fleurs portées aux narines

Aux gouttes d’huile essentielle

Qui roulent sur une jugulaire

Mobilité réduite

Pour qui ne sait pas conduire

Le volant de son imaginaire.

© Photo, texte, Denis Morin, 2023

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Calendes grecques

Tisane fruitée

L’arôme encore à ma narine

Le goût à l’orée des lèvres

Le rouge de l’hibiscus escalade la cordelette

Pourtours du sachet

Cernes de la tasse

Excès de café

Ayant cédé momentanément

La place

Au pourpre plutôt violacé

Presque floral en relais

Le chocolat au zeste d’orange peut attendre

Car les quinze heures n’ont pas sonné

Tout comme

Moi remis par toi

Aux calendes grecques.

© Photo, texte, 2023

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Tapuscrit

Un jour

Peut-être une nuit

Je disparaîtrai

Rehauts de craie

Volutes fantomatiques

Lettres forgées par une main autre

Qui aura tôt fait

De tout gommer

Sur l’ardoise

Mon parcours

Un jour

Peut-être une nuit

On indiquera

Absent

Sous mon nom

Je serai alors bon

Pour les oubliettes

Ou pour le domaine public

Un jour

Peut-être une nuit

Des doigts me dessineront

Une fleur

Une étoile

En guise de points de suspension

Pour l’instant,

Le poète transforme

Manuscrit en tapuscrit

Les personnages d’un roman l’y pressent.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

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Malgré tout

Un roman

Dort

Manuscrit

Dans deux cahiers

L’un tacheté

L’autre nacré

Projet de transcription

Pour l’an prochain

Je remets

À demain

Ma main

Gauche

Sur le clavier

Ma main

Droite

Sur le papier,

Celui des livres

À écrire

Des nouvelles

Des contes

À lire

Des souvenirs à échanger

Aves les ami.e.s Outre-Atlantique

Ma vie,

Bateau de givre

Naviguant

Déjà en novembre

Sur vitre de février,

Malgré tout,

Figure de proue allumée.

© Photo, texte, 2022

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Bleu nuage

Il y a ce bleu nuage

Constitué de pluie, d’humeurs ténébreuses,

De la mélancolie envahissante de novembre

Il y a ce bleu nuage

Au-dessus des toits, des maisons tranquilles

Des chats qui rodent dans les jardins

Aux fleurs éteintes

Il y a ce bleu nuage

Cette encre diluée

Ces mots sous-entendus

Dans tes missives trop brèves, trop sèches

Il y a ce bleu nuage

À tes lèvres presque pourpres

Faute d’oxygénation

Au cœur

Il y a ce bleu nuage

Une tempête sévit

Quelque part sur une carte

S’agite la boussole

Il y a ce bleu nuage

Entre les pages

Du livre

Que tu voudrais écrire

En marge du monde.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022