Non classé

Alvéoles…

Coings2021

Ces cognassiers

Se la jouent

Cerisiers en fleur

Au Japon

Puis abeilles et bourdons

Butinent

Glanent

À leur insu

Pollinisent

Abandon de l’habit floral

Si rouge

Comme on se défait de l’uniforme

Mis en inventaire au musée régional

Puis on passe au vert dense,

Presqu’émeraude

Sous la pluie

Enfin des excroissances,

Des fruits en genèse

Se montrent au grand jour

Mais patience

Point de récolte

Avant les gelées automnales

Comme d’habitude

Poète écorché

Manche abîmée

Main piquée

Par les épines pointues

Toute cette galère

Pour des pots,

Alvéoles de verre translucide

Et gelée bien ambrée.

© Photo, texte, Denis Morin, 2021

Non classé

Faute de fromage

Machine à écrire

Les mots

S’écrivent

Les sentiments

Se décrivent

S’esquivent

Se rentrent dedans

Le doigt

Appuyé

Touche enfoncée

Une lettre

Apparaît

Sur le papier

Est-ce bien la pensée

De l’homme

Ou fantasme

Ou délire

Du poète

Seule la machine s’en doute

Elle se fera confidente

Du scribe de jour

De l’écrivain de soir

Conquête illusoire

Expressive complice

Elle veillera sur moi

Dorénavant

Comme corbeau

Juché sur haute pierre

Mais elle ne pourra que conserver

En son giron de fonte

Des mots,

Faute de fromage,

Car je ne suis pas renard de fable.

© Photo, texte, Denis Morin, 2021

Non classé

Le rose aux joues

Roseraie-IsabelleDuguay

Isabelle Duguay

Et sa Roseraie

Envoûtement

Sur bitume et béton

Évasion picturale

Au cœur de la ville

Les parfums sont imaginaires

Supposons ce décor pour vrai

En plein air

Il y aurait des abeilles,

Des papillons aux ailes nacrées

Une faune aviaire

Des enfants jouant au cerceau

Des femmes sous les ombrelles

Des hommes lissant la moustache

Il y aurait un vendeur

De glace à la pistache

Nous serions donc

À peu de choses près

Transposés

Me diriez-vous

Dans une toile impressionniste

Ne manquerait plus

Qu’un déjeuner sur l’herbe

Pour vous voir

Le rose aux joues.

© Photo, texte, Denis Morin, 2021 /

Roseraie, œuvre de Isabelle Duguay visible à la station de métro Mont-Royal, Montréal.

Non classé

Sisyphe

Le nouveau remplace

L’ancien

Dégage

Toujours ce goût

Pour le neuf

La souris est partie

Le pigeon n’y pond

Plus

Ses œufs

En corniche

Dans le matin,

J’entends une sténo

Taper

La lettre dictée

Par le patron

Sur la ville

Au dernier étage

Impression de domination

Sur les affaires

Mais tout se désagrège

La patron et la sténo

En cendres

Survivant dans la tête

Du poète

Je respire derechef

Le café noir amer

Du lundi matin

Les boiseries, le cuivre,

Les marches de marbre

Aux rebuts

La ville s’affaire

À sa reprise économique

Les badauds

N’ont que faire

Des immeubles d’avant

Les marteaux piqueurs

Couvriront la rythmique

Des sténos

Et les tours à condos

Remplaceront

Briques et pierres de taille

On se sent

Si souvent

Sisyphe.

© Photo, texte, Denis Morin, 2021

Non classé

Cadavres écrits

Cad-écrits2

En cet été 2021, j’ai eu le privilège et la joie de participer à Cadavres écrits, ce collectif de nouvelles paru dans la collection Black Files chez JDH Éditions. Yoann Laurent-Rouault, directeur de la collection et illustrateur, a lancé l’idée du projet sur un fil WhatsApp destiné aux gens de la maison. En une journée, il avait trouvé les membres de cet opus.

Nous sommes dix écrivains qui avons imaginé ces histoires à vous faire frémir de peur. Mais il y a tout de même une saine émulation entre nous, voire une franche camaraderie. Ma nouvelle s’intitule En toute impunité. Qui se sortira vivant de cette folle aventure ? À vous de découvrir.

Cet opus peut se commander via la FNAC, Cultura, etc.

© Photo, texte de ce billet, Denis Morin, 2021

Non classé

Les folies bergères

On a droit

À la robe écarlate

Du lys asiatique

Ce serait du plus bel effet

Sous un flamboyant

À Huê,

Vestiges de l’ancienne cité impériale

Toulouse Lautrec aurait imaginé

Des folies bergères il oserait

En repeindre

Encore

Et vous assistez,

Non loin de là

Aux premières loges,

Au déploiement des fougères

Gracieuses,

Toutes laurentiennes

Soient-elles

Degas les aurait appréciées.

© Photos, texte, Denis Morin, 2021

Non classé

Une autre fin

PoupeesJap

Pour la petite liseuse

De Nagasaki

Au kimono coccinelle

Et les amis aux vêtements fleuris…

Tout reste

À ne pas répéter

À réparer

Les anciens se souviennent encore

Les plus jeunes

Au musée

Défilement d’écoliers devant les photos d’archives

Visages sépia

Scènes partiellement oxydées

Encore hier

Fukushima

Un tsunami

Ce monde se fissure

Eaux contaminées…

Défi du poète

À l’écrivain.e

Que ces figurines

Vous inspirent

Un tout autre parcours

Une autre fin.

© Photo, texte, Denis Morin, 2021

Non classé

Si surnaturel

Papillon blanc

Le blanc

Émotions toujours intactes

Vêtements des grandes occasions

Pureté

Même si ça semble cliché,

Capture de la lumière

Par l’objectif

Retrait du poète

Un pas en arrière

L’insecte se gavait de nectar

La corolle offerte

Au passage ailé

Le parfum tout de même

Disponible

À distance

Plus haut, une toile d’araignée

Contournée

Habilement

Arabesques du papillon

Retour à sa fleur

D’un blanc

Si surnaturel.

© Photo, texte, Denis Morin, 2021

Non classé

Par-delà les fougères

Fougeres

Par-delà les fougères

Le poète appelle

Les vivants et les morts

Le remords

C’était pour hier

Maintenant, l’absence

Et ce besoin viscéral

De vivre

Pour combler le vide

Par-delà les fougères

Un murmure

Comme une prière

Relents de l’enfance

De l’errance

Qui suis-je

Que puis-je

Accomplir

Il pleut

Il vente

Le ciel s’assombrit

Par-delà les fougères.

© Photo, texte, Denis Morin, 2021