Bach, Chopin, musique, piano, Satie

Les envolées

Apesanteur

Légèreté

Fluidité

Les mains du/de la pianiste

Chopin marche dans Paris

Bach s’élève méditatif

Satie s’écoule, une eau de pluie

Des heures et des heures

À scruter

Les nuances

À ralentir

À accélérer le tempo

Que voulait (dire) le compositeur

Des ombres et des éclaircies

Des envolées

Presque mystiques

Pratiquer dans la solitude

Puis partager cette expertise

Cette sensibilité du bout des doigts

Au public

Et aux absents

Instrument accordé

Avant et après le concert

Se vêtir de noir

Absorber le silence ambiant

Et le transformer en musique.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

 

actualités, Arts, Montréal, musique, nostalgie, poésie

Enseigne et ecstasy

Archambault

L’immeuble art déco

A connu ses heures de gloire

On y achetait des partitions

Pour piano classique

Mais aussi des guitares électriques

Les 33-tours en vinyle

Ont laissé place

Aux disques compacts

À l’heure des réseaux sociaux

On écoute des extraits

Au magasin avec un casque

On se dandine

On rêve

On s’évade

Prière de ne pas déranger

Chacun dans sa bulle

L’enseigne délogée

A été de nouveau hissée

On ne peut pas toujours

Reléguer aux oubliettes

Le patrimoine

Vaut plus qu’un rave

Et le mirage de l’ecstasy.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

 

lumière, musique, poésie, Vieux-Saint-Eustache

Le piano vert

Fontaine et pianoPiano vert

Là, dans cet ancien village

S’élève une fontaine

En jets d’eau rafraîchissante

Et se dresse un piano public

Pour y jouer de la musique,

Celle qui nous plaît

À entendre

 

Le village d’antan

Fut peint,

Fresque naïve,

Rappel du passé

Conjuration contre le présent

Qui va trop vite

 

Arrêtez-vous le temps de fredonner

Dans tout ce vert,

Réfugiez-vous

Si minime soit le concert

Si brève soit la mélodie.

 

© Photos, texte, Denis Morin, 2019

 

 

Arts, écriture, inspiration, littérature, musique, poésie, Roman, temps

De l’art et du silence

Les gens qui n’écrivent pas ne conçoivent ni ne comprennent qu’il faut du temps et du silence aux artistes pour créer du beau, célébrer le temps qu’il faut et pour métamorphoser l’ordinaire, le moche en quelque chose de grandiose et de fabuleux.

Le poème s’écrit généralement sur une lancée, un souffle, un jeu de mots saisi dans l’air comme on saisit un insecte en vol. Un mot en appelle un autre, tout comme les images se mettent à défiler comme un film devant nos yeux.

Sur un autre registre, le roman exige un travail assidu et davantage de souffle que l’on écrive avec ou sans plan. Je brosse un plan sommaire, mais je laisse les personnages me mener par le bout du nez. Si le poète se fait musicien et chef d’orchestre, le romancier dans mon cas suit ses personnages à la trace comme un loup ou un chien de chasse. Libérez-moi du temps et je saurai vous le rendre en une enfilade de mots pour vous faire rêver.

De plus, mes collègues vous diront qu’ils ont besoin de temps pour répéter une oeuvre musicale, la chanter, la danser ou bien pour peindre un paysage et transposer en couleurs des humeurs.

Par sécurité et conformisme, les gens apprécient les créateurs décédés en chansons, du cinéma, en peinture. Néanmoins, je les invite à encourager les artistes de leur temps. Respectez-les, même si vous ne saisissez pas toujours leur démarche.

Bonne lecture. Bonne visite à la galerie d’art ou bonne découverte du street art de votre quartier. Bonne écoute de la musique actuelle. Soyez curieux et vous rendrez des artistes heureux.

© Texte, Denis Morin, 2019

Arts, Mozart, musique, poème de métro

Une aria de Mozart

Dans un corridor

De métro

Une cantatrice

Ayant un minois d’actrice

Lançait,

Portée par une brise souterraine,

Une aria de Mozart

Sa voix,

On aurait dit une flûte enchantée

Une fée déchaînée

Les passagers l’écoutaient

Certains étaient fascinés

Tandis d’autres étaient amusés

Par cette soprano

Égarée

Du conservatoire

Scène improvisée

Demain, sera-t-elle aphone ?

Sa voix

Encore en moi résonne.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

Hildegarde de Bingen, hiver, musique, Mystiques, neige, poésie

Instants de grâce

S’est posée la neige

Sur ses paupières

Puis non loin de sa bouche

Étrange fard à joue

Ces cristaux à géométrie variable

Sur le point de fondre

Aux actualités

Des indices boursiers s’effondrent

Laissons là les vanités

Du monde

Et revenons aux instants de grâce

Elle regarde

Les enfants jouer

Ce soir, elle devra étudier

Des partitions de la savante Bénédictine,

Une certaine Hildegarde.

 

© Texte, Denis Morin, 2019