Bach, Chopin, musique, piano, Satie

Les envolées

Apesanteur

Légèreté

Fluidité

Les mains du/de la pianiste

Chopin marche dans Paris

Bach s’élève méditatif

Satie s’écoule, une eau de pluie

Des heures et des heures

À scruter

Les nuances

À ralentir

À accélérer le tempo

Que voulait (dire) le compositeur

Des ombres et des éclaircies

Des envolées

Presque mystiques

Pratiquer dans la solitude

Puis partager cette expertise

Cette sensibilité du bout des doigts

Au public

Et aux absents

Instrument accordé

Avant et après le concert

Se vêtir de noir

Absorber le silence ambiant

Et le transformer en musique.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

 

Arts, Bach, François Girard, cinéaste, Glenn Gould (1932-1982), piano, poésie biographique, solitude

Tout simplement Glenn Gould

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Je vivais avec un pianiste

Qui ne cessait de me vanter

Le génie de Glenn Gould

Il me parlait sans cesse

De ses splendides interprétations

 

Étant archiviste

J’ai glané un film concernant

Glenn Gould sur le site de l’ONF,

Vaste nef

Du patrimoine et de la culture

Un film documentaire

S’avère nécessaire,

Pertinent

Autant pour les curieux

Que pour les étudiants

En histoire

Et au conservatoire,

Les journalistes

Et les chercheurs

Intéressés par le cinéma d’Anne-Claire Poirier,

L’humour de Clémence Desrochers

Et d’Yvon Deschamps,

Sans oublier l’émouvante Pauline Julien

 

Revenons à notre sujet :

Glenn Gould

Issu d’un village

Sur le rivage

D’un lac de l’Ontario, le lac Simcoe

Les vagues lèchent presque

Le parterre

La maison de son père

Qui lui achète le piano

Sur lequel il s’exerce au salon

Au sortir de l’enfance

Dans sa tête

Le clapotis des eaux en été

Et des vagues de notes

À son oreille

Au bout de ses doigts

Il faut pratiquer

Des heures entières

Rituel

Concentration

Gestuelle

Précision des mains

Ballet des doigts

À la recherche des touches,

Ruissellement des sons

Au salon

La mère qui se tait

À la cuisine

Ravie du talent de son fils

Et le père qui revient

Du travail

Étonné du talent de fiston,

Prodigieux solitaire

Au bord du lac Simcoe

Il devra voyager le fils

Se fera connaître

De par le monde

Partageant son amour

Des œuvres de Jean-Sébastien Bach

Qu’il parcourt du regard,

Qu’il lit, fredonne,

Donne en mimiques

Avant de s’exécuter au piano

On lui connaît peu d’amis,

Sinon ses gérants

Pourtant, ce grand perfectionniste

Possède un sens de l’humour

Et le sens de la réplique

Son meilleur confident

Sera son chien

Un border collie

Glenn Gould

Porte des gants

Et un foulard

Et une casquette

Se protégeant

Surtout les mains,

Obsédé aussi des germes

Il présentera à la radio

De Radio-Canada

Une série d’émissions sur les grands espaces

Du Grand Nord,

Sur l’immensité,

La blancheur

Il avait besoin de solitude,

D’air et de temps

Pour transmuer le silence

En musique

Pour transformer la nuit

En éclatante lumière,

Musicalité indéniable

Au bout des doigts

En studio à New York

Ou dans son chalet,

Étrange ballet

De ses longues mains

Occupant la scène

Qu’est son clavier

Au salon du chalet

 

Il existe aussi le très beau film

De François Girard

32 films brefs sur Glenn Gould

C’est aussi à voir,

À découvrir

À ressentir

Comme des soupirs

Entre les notes du pianiste.

 

© Photo, ONF

© Texte, Denis Morin, 2019

écriture, billet d'humeur perso, piano, poésie, présent, temps

Aujourd’hui

Aujourd’hui

Je suis ici et là

Avec mes doutes

Avec mes dettes

Comme seule certitude

Être présent

Vivant

Vibrant

Au monde,

À l’environnement

J’ai appris à me détourner

Des emmerdeurs

J’ai compris qu’il faut

Me retourner

Sur les splendeurs du quotidien

Mes peurs,

Je les gère

Par les réflexions,

Parfois des prières

Mais surtout,

En gardant le cœur confiant,

Les pieds ancrés au sol

Respirant

À pleins poumons

Ces moments

Qui s’écoulent,

Mélodies,

Envolées de notes

Je me souviens de tes mains

Sur le piano.

 

© Texte, Denis Morin, 2019