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Les beautés endormies

FeuillesBassindeau

Les beautés immobiles

Gisent sous un couvert

De glace

Ne s’aventureront plus le héron gris

Et les oiseaux

Prenant bain de sable

Puis bain d’eau

Battements d’ailes

En juillet

Je m’en rappelle

Au bassin gelé

Et cette faune s’envolait

À la vue des chats

Qui circulaient

Au fond du jardin

Les écureuils regagnaient

Les haies

Maintenant la neige

Et le frimas

Prendront soin

Des beautés endormies.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

Basses-Laurentides, billet d'humeur perso, Deux-Montagnes, Japon, poésie, thé, théière

Sur quel pied danser

Théière de fonte

La théière provenait

Du Japon

De cette extrême limite

Aux abords de l’océan

Elle servait

Pour la décoration

Et pour le thé vert

Aucun autre thé

Ne touchait son intérieur

En fonte

Pour l’instant,

Elle gardait le cœur

Au chaud

Les mains

Du poète

Elle pourrait héberger

Le parfum du thé au jasmin,

Seul compromis possible

Afin de pas altérer les thés subséquents

Elle me voit cuisiner,

Tempêter, fredonner un air

En lavant la vaisselle

Elle ne dit rien

Elle observe,

Elle retient tout

De mes humeurs

Qu’elle m’aide à digérer,

Toujours fidèle au rendez-vous

Elle ne déçoit pas

Elle n’est jamais en retard

Il lui arrive parfois

De me bouder,

Quand je lui préfère un bol de café

Ainsi sont les artistes

On ne sait

Jamais

Sur quel pied danser

Avec eux

Avec elles.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

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La feuille cuivrée

FeuilleCuivrée

Feuille cuivrée

Donnée

Par le chêne

Haut de sa dizaine d’années

Remède contre la morosité

Chant des fées

Si on sait bien écouter

Le souffle entre les branches

Surtout un dimanche

Elle est tombée

Au sol

Et c’est sur l’herbe jaunie,

Flétrie

Qu’elle me fût remise

Comme présent

Comme gage d’un printemps

Promis d’avance

Rien d’autre à ajouter

Si ce n’est que l’arbre

Conserve sous l’écorce

La sève

Des nouveaux bourgeons

D’une nouvelle feuillaison.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

 

arbre, Basses-Laurentides, Deux-Montagnes, Gare Deux-Montagnes, poésie

Des soupçons de beauté

Lichen et mousse

L’arbre se trouvait moche

Sans ses fleurs

Absence d’odeurs

Sans les passants pour vanter

La beauté

De son ramage végétal

Tout portait à croire

Que cet arbre finirait

Dans l’oubli

Et sous les dents d’une scie

Or, un peintre aux aguets

Avait entendu la plainte

De l’arbre

Il s’approcha et proposa

De lui restaurer son allure

Il sortit ses tubes,

Sa palette,

Puis projeta des éclats

De peintre

Sur le tronc

Marquant ici et là

Un relief,

Des parcours

Pour distraire des passagers

Admiratifs

En attente de l’autobus

Ou du train

Nul besoin d’aller trop loin

Pour contempler

Des soupçons de beauté.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

automne, écologie, Basses-Laurentides, papillon monarque, poésie

Le bruissement des feuilles

Monarque

Avant la migration,

Les premiers gels

Le papillon monarque

Se délectait du nectar

De corolles colorées

Tout y passait

Le mauve, le bleu,

Le rouge, le jaune

Le bruissement des feuilles

Ramenait l’insecte

Qui se délectait

Avant son départ

Vers le sud

À la logistique

De l’envol

Partirait-il seul

Ou avec ses congénères

En un nuage cuivré

Défiant les vents

Les averses soudaines

Qui plombent les ailes…

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

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Du thé-extase

Églantier

De chez moi,

Pétales d’églantier,

D’églantine comme on dit

En France

Sont sur le point de s’assécher

Tout est encore odorant

La couleur s’intensifie

Puis je mélangerai

Avec mon thé Earl Grey

Déjà aromatisé à la rose

Ainsi je verrai la vie en rose

Par conséquent,

J’oublierai les tracas

Momentanément

Qui me rendent morose

J’en bois justement

Une tasse

Et c’est l’extase.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

écologie, Basses-Laurentides, poème d'autobus, poésie, Vieux-Saint-Eustache

La main gantée

Doigts-arbre

En contemplant cet arbre,

J’y ai vu une main

Et des doigts larges

Comme des troncs d’arbre,

Singulière métaphore

 

Là, une paume ouverte

Soutenant

Avec un effort titanesque

Le temps qui passe

Et qui fissure

Tôt ou tard

Les fibres de notre être

 

L’écorce

Rugueuse

Se glisse

Sur le bois

À la manière

D’un gant

Muni d’écailles

Pas de torture

Pour concevoir

Une telle pièce

De vêtement.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019