La dive bouteille

Bois de teck
Acheté
Ensemble procuré
Fruit d’une carte de fidélité
La vigne s’y accroche
Moi, je décroche
La dive bouteille t’a tué
À la longue
La vigne finit immanquablement
Par gagner
Voici les araignées rouges se baladant
Sur les fibres fissurées
À 18 h, je sortirai le rosé
En souvenir de ta couperose.
© Photo, texte, Denis Morin, 2019
Clotho

À la vue de ce résidu d’hévéa
Transformé,
Jeté,
D’un bleu méditerranéen,
Le poète danse sa tête
Désolé monsieur Plamondon
Vous n’êtes pas le seul
Ni Céline non plus
Le poète a aperçu
Clotho,
Œuvre de Camille Claudel
Qui reçut une vieille dame
Originaire du Mezzogiorno,
Lire le sud de l’Italie
À partir de Rome
Camille l’invita
À se dénuder
La tignasse était hirsute, rebelle
À moins que ce ne fût Camille
Qui la vit,
La sculpta
Telle une méduse
Échappée,
Criant
Son tourment.
© Photo, texte, Denis Morin, 2019
Embrasement
L’espace de l’étreinte
Embrassement
Embrasement
Quel en fut l’élément déclencheur ?
Un sourire
Un parfum
Une goutte de sueur
On ne saurait dire
Exactement
Ni le pourquoi
Ni le comment
Comment
Naît le désir
Pas besoin de décrire
L’itinéraire
Entre le tissu et l’épiderme.
© Texte, Denis Morin, 2019
Labyrinthe
Aux feux de la Saint-Jean
Aux feux de la Saint-Jean
Les âmes des sorcières
Hurlaient à la lune nacrée
Leurs sœurs, les fées
Jouaient de la harpe
Pour les calmer
Les druides voulaient dormir
Sous les menhirs
À l’orée de la forêt
Voyez les lucioles
Chorégraphiant une farandole
Pendant que les villageois
Fêtaient le solstice d’été à peine passé
Avec des promesses de récoltes
Abondance de la lumière
En ces jours les plus longs
Le païen et le chrétien se superposaient
Dansez,
Chantez,
Buvez,
Célébrez le beau temps qu’il fait…
© Texte, Denis Morin, 2019
Si j’étais… la fluidité de l’été
Le drapé des pétales
Le poète préfère de loin
La compagnie des végétaux
À celle des humains
Parfois si méprisables,
Si détestables
Le monde végétal étale
Sa vitalité,
Ses couleurs,
Ses parfums
En toute gratuité
Le poète savoure de près
Le drapé des pétales
Et la danse des insectes
Venant collecter l’essence
Même de la beauté.
© Photos, texte, Denis Morin, 2019
Et puis après…
Romancier en devenir,
Le poète écrit
Une page par jour
Parfois deux
Quand les mots viennent
Quand le silence englobe
Cocon libérateur
Des pensées de l’auteur
La trame de l’histoire
Dort dans un carnet fleuri
Les grandes lignes sont tracées d’avance
Mais les aléas
Et les coups de gueule
Des personnages qui font maintenant la moue
Et qui provoquent parfois le scribe dans un alinéa
Dans le cahier Clairefontaine
Les gribouillages, les éléments descriptifs
Et les dialogues
Tombent dans le vif
Du sujet
Et puis après…
© Texte, Denis Morin, 2019
Ariane

Jeux de paume
Tu m’as conté ta vie
Pierre Lapointe, on a écouté
Accent porté
Sur le choix des mots
On a parlé
De Barbara,
Tu as la douce folie de Prévert
Nul besoin de prendre un verre
Un café suffit
Nous étions bien
J’ai retiré ma chemise
Avant de poser
Mes paumes sur ta peau
Nous avons ri
Nous comptons bien
Récidiver
Avec tes paumes sur ma peau.
© Texte, Denis Morin, 2019
À l’arrêt
À l’arrêt
Le corps freine sa course
La montre bloque les aiguilles
Le temps file
Mais pas pour soi
À l’arrêt
Par la force des choses
La patience s’exerce
À petites doses
On écoute
Le goutte à goutte
Du robinet
Dans l’évier
Car le corps est à l’arrêt…
© Texte, Denis Morin, 2019
Le crayon bleu de Prusse
J’ai tant écrit
À l’heure
Où on n’attend plus personne
À l’heure
Où ne sonne le téléphone
Les mots se divisent en syllabes,
En sons, puis j’en deviens aphone
Mon crayon bleu de Prusse Staedtler
Trace et griffonne
Comme musique de fond
Des notes de saxophone
Ou encore une gorgée de thé
Qui m’aide à digérer le mutisme
Dans lequel je suis plongé
J’ai tant écrit
À l’heure…
© Texte, Denis Morin, 2019
À profusion…

Ose enfin !
Il y a des vies
Qui se perdent
Dans les salles
Des pas perdus
Il y a des amants
Qui s’espèrent
Aux extrémités opposées
Du même pont
Sans jamais se rencontrer
Au beau milieu
De l’été
Il y a des poèmes
Des romans
Du théâtre
En dormance
Dans ton imaginaire
Ose écrire,
Oui, ose enfin !
© Texte, Denis Morin, 2019
Avant qu’il ne soit trop tard…
Nous ne serons plus là
Quand le Pont des soupirs
À Venise
Plongera sous les eaux
Des lagunes
Quand Paris intra-muros
Défiera encore la fière Albion
Avec la haute couture
Des digues
Et des tenues de gala
Les poètes divaguent,
On le sait bien
Ils se font du cinéma
Réaliste, romantique ou futuriste
On ne les croit pas
Pour l’instant, j’ai les pieds dans le sable à Oka
Et toi, à Honfleur,
Tu songes à Marguerite Duras.
Et vous, à qui ai-je l’honneur ?
Je tarde à vous connaître…
Avant qu’il ne soit trop tard.
© Texte, Denis Morin, 2019
A contrario
Les mots se disent,
Se murmurent,
Sont retenus,
Sinon a contrario
Ils sont lancés dans la mêlée
Des sons
Des déclarations
Des discours
Des promesses
Des mensonges
On aurait pu
Exiger
Un écrit
Pour s’éviter ton déni.
© Texte, Denis Morin, 2019
Narcisse, Juliette et la poète…
Narcisse se contemplait
Dans la glace du gymnase
Les muscles en sueur
Juliette dansait sur la plage
Le mouvement la transportant en extase
Son fils photographe ne tenait pas en place
Une mystérieuse poète écrivait en vers et en prose
Seule, elle rêvait d’un monde meilleur
La rebelle fredonnait parfois La vie en rose
Au fond, apprécions
Du premier, la ténacité
De la deuxième, la grâce
De la troisième, l’audace.
© Texte, Denis Morin, 2019
Les cycles…

La boue à nos semelles


Vincent

La vie surgit…


Roman en voie d’écriture…

Voyez mes gribouillages dans un cahier Clairefontaine. Oui, les ratures et les coquilles sont permises à cette étape-ci.
À la maison, ça tourbillonne trop ces temps-ci. Lorraine Lapointe, une amie comédienne, poète et chanteuse, m’a suggéré d’écrire lors de mes déplacements en transport en commun, quand l’espace le permet. Je commets l’impudeur d’écrire devant les autres et cela m’amuse de voir la tête qu’ils font. Écrire des chansons, des poèmes dans un café, je l’ai fait très souvent au début de la vingtaine. Laisser mes personnages évoluer, au gré de leurs humeurs, ça me convient très bien, même si cela se vit dans le train ou dans le bus.
Fait à noter que mes recueils de poésie biographique sur Félix Leclerc et Barbara furent rédigés dans le train de Deux-Montagnes/Montréal. À la rythmique des wagons passant sur les rails se superposaient leurs voix, leur univers respectif.
À un proche qui me disait que j’étais à l’ancienne d’écrire dans un cahier, ma réponse fut que c’était bien possible, mais que les carnets valent leur pesant d’or pour les archives et les encans, quand l’écrivain devient connu et surtout après sa mort. Donc, je prépare mon trousseau à léguer après mon départ pour l’au-delà.
N’en faisant qu’à ma tête, je poursuis l’écriture de ce roman qui devrait se terminer au début 2020. D’ici là, je n’en dévoilerai pas plus. À suivre.
© Image, texte, Denis Morin, 2019
Le dire du silence

Les aveux

Avec ou sans
Avec ou sans
Amertume
Avec ou sans
Nostalgie
Avec ou sans
Ta présence
Avec ou sans
Ton absence
Avec ou sans
Ton errance
Avec ou sans
Nos jours qui défilent
Avec ou sans
Le goût de te revoir
Avec ou sans
La joie de te ravoir
Avec ou sans
Ta voix
Avec ou sans
Le souvenir
Avec ou sans
Poésie
Avec ou sans
Joie
Avec ou sans
Ténèbres
Avec ou sans
Lumières
Pour me rendre
Chez toi.
© Texte, Denis Morin, 2019
Les semelles
Le chat botté
Bat la campagne
Avec ses bottes de mille lieues
Son iris capture déjà
L’horizon bleuté
Et le soleil flamboyant de l’été
Et les brebis célestes
Qui broutent des prés d’azur
Des souris grises
Lui passent entre les pattes
À l’heure où il se grise
À coup sûr
Du parfum du trèfle
Et de l’herbe tendre
Collant à ses semelles.
© Texte, Denis Morin, 2019
Constamment
Je doute constamment
Malgré mon air frondeur
Mes yeux levés au ciel
Comme en état d’apesanteur
Je me questionne constamment
Sur le succès des uns
Sur la déveine des autres
Je me fais spectateur du destin
Je dessine constamment
Des points de suspension
À l’image d’idées inachevées,
Œuvres en gestation.
Je doute constamment
Et vous ?
© Texte, Denis Morin, 2019
Paris, octobre 2008

Le poète marmonne, griffonne, chiffonne…

De l’écriture et de l’absence
On comble une absence par d’autres présences qui font plaisir, qui rendent ivre momentanément.
On en arrive à comprendre sa propre vie en lisant celles des autres, personnages réels et fictifs. Il n’y a rien de définitif en écriture, si ce n’est le point final, mettant fin au dernier chapitre d’un roman, au dernier vers d’un recueil, à la dernière réplique qui sera rendue par un comédien sur scène.
On comble une absence en tachant sa main d’encre, en levant l’ancre dans sa tête pour s’autoriser l’alignement des phrases sur page et écran, pour gommer le blanc, pour y tracer des mots qui font sens tant pour soi que pour d’autres yeux.
Il va de soi que la roue est inventée et que le bouton orne encore la chemise et la tige florale sur le point d’éclore. Écrire, c’est justement de se donner le droit d’éclore à notre tour, sans détours ni trop de manières. Par les mots, comblons les absents, réjouissons-nous des présents.
© Texte, Denis Morin, 2019
Les amours se déclinent…
Les amours se déclinent
À tous les temps
À tous les modes
Les amours se relèvent
Et s’inclinent
Arabesques tracées dans l’air
Et à la surface des eaux
On y laisse son cœur
Parfois sa peau
Ça trouble l’esprit
À qui ne sait pas
Freiner la passion
Les amours se déclinent
Chocolatées
Au jasmin ou à la rose.
Les amours de déclinent
Exaltantes,
Tourmentées
Ou avec un soupçon de spleen.
© Texte, Denis Morin, 2019
Le rosier grimpant et l’olivier
J’arroserai les plantes
Les petites et les grandes
À l’eau de source
Pas le moindre acide
Ni le moindre calcaire
Apparente neutralité bienfaisante
N’oublie pas de tourner les pots
D’un quart de tour
Favorisant ainsi une juste croissance
Quand j’aurai quitté
Prends bien soin du rosier grimpant
Au jardin
Et de l’olivier grec
À ma fenêtre
Les plantes, tu arroseras…
Peut-être…
© Texte, Denis Morin, 2019
De l’art et du silence
Les gens qui n’écrivent pas ne conçoivent ni ne comprennent qu’il faut du temps et du silence aux artistes pour créer du beau, célébrer le temps qu’il faut et pour métamorphoser l’ordinaire, le moche en quelque chose de grandiose et de fabuleux.
Le poème s’écrit généralement sur une lancée, un souffle, un jeu de mots saisi dans l’air comme on saisit un insecte en vol. Un mot en appelle un autre, tout comme les images se mettent à défiler comme un film devant nos yeux.
Sur un autre registre, le roman exige un travail assidu et davantage de souffle que l’on écrive avec ou sans plan. Je brosse un plan sommaire, mais je laisse les personnages me mener par le bout du nez. Si le poète se fait musicien et chef d’orchestre, le romancier dans mon cas suit ses personnages à la trace comme un loup ou un chien de chasse. Libérez-moi du temps et je saurai vous le rendre en une enfilade de mots pour vous faire rêver.
De plus, mes collègues vous diront qu’ils ont besoin de temps pour répéter une oeuvre musicale, la chanter, la danser ou bien pour peindre un paysage et transposer en couleurs des humeurs.
Par sécurité et conformisme, les gens apprécient les créateurs décédés en chansons, du cinéma, en peinture. Néanmoins, je les invite à encourager les artistes de leur temps. Respectez-les, même si vous ne saisissez pas toujours leur démarche.
Bonne lecture. Bonne visite à la galerie d’art ou bonne découverte du street art de votre quartier. Bonne écoute de la musique actuelle. Soyez curieux et vous rendrez des artistes heureux.
© Texte, Denis Morin, 2019
Le petit prince, le renard et la rose
Le petit prince dit
Cette rose je la veux
En mon jardin
Pour moi seul
Le renard lui répond
Cette rose je te la volerai
Pour en faire la joie
De mon museau
Elle sera à moi seul
La rose clôt la dispute
Non, mais c’est quoi ces manières !
Laissez-moi être votre amie
Laissez-moi offrir
Aux passants, aux quatre vents,
À la lune,
Au soleil,
À la lumière
Mon parfum et ma beauté !
© Texte, Denis Morin, 2019
Ce poème est, vous vous en serez douté, un clin d’oeil à St-Ex.
Ma petite musique intérieure

Je ne sais pas trop pour qui j’écris… Pour l’instant, j’ai le plaisir de m’exprimer. J’ai commis un polar, deux pièces de théâtre et de la poésie biographique tant d’artistes des variétés que des mystiques. Je suis très éclaté dans mes coups de cœur. Camille Claudel se cache sur un rayon de ma bibliothèque, tandis qu’Auguste R. se promène à Meudon.
Dans les prochains mois, j’annoncerai la sortie de mon recueil de poésie biographique sur la singulière Marguerite Duras. De plus, certains de ces titres seront repris en audio par Adret Web Art, un duo de concepteurs sonores aux belles voix, avec qui j’aime beaucoup travailler à différents projets.
Dans le bleu derrière mes bouquins dorment les premières pages de mon prochain roman que je souhaite avoir terminé à l’aube de 2020 pour parution en 2021.
En fait, je mène mon écriture, selon ma petite musique intérieure. Voilà où j’en suis dans ma vie littéraire.
© Photo, texte, Denis Morin, 2019
Orange sanguine

Orange sanguine
Savoureux fruit
Doux-amer
Jus pourpre
Soleil couchant emprisonné
En des quartiers
Sous zeste
Espagne
À peler
À déguster
Salade d’agrume
Cubes de fêta
Sel, poivre
Feuilles de menthe
Si vous en avez
À portée de main
Huile d’olive
En filet
C’est ton visage
Qui s’enjolive
D’un sourire
Le contentement
N’est jamais loin
Pour ce fruit
Venu du lointain.
© Photo, texte, Denis Morin, 2019
Ce manque à nos vies

Plume de pie
Plume de goéland juvénile
Plume de clerc
Vestige ailé
Trouvé
Si près du bitume
Trace d’amertume
Mots si fébriles
Tantôt inutiles
Pour exprimer avril
Ne te découvre pas d’un fil
Ou la modernité exacerbée
Par le temps
Qui manque à nos vies.
© Photo, texte, Denis Morin, 2019
Les chrysanthèmes
Faut-il un requiem
Pour dire je t’aime ?
Pierre tombale
Cymbale
Du vide
Pourrit le corps
Près de l’urne
Le rayon prend la poussière
Sont de mise
Les chrysanthèmes
Me salue(nt)
Ton esprit
Par des bruits,
Des objets cachés
Est-ce déplacé
De parler
Des morts chéris
Comme on vante
Le mérite des vivants ?
En rêve
Tu me visites
J’apprécie
Ce temps surnaturel
Où s’abattent
Les frontières
N’existent que nos essences premières.
© Texte, Denis Morin, 2019
Une aria de Mozart
Dans un corridor
De métro
Une cantatrice
Ayant un minois d’actrice
Lançait,
Portée par une brise souterraine,
Une aria de Mozart
Sa voix,
On aurait dit une flûte enchantée
Une fée déchaînée
Les passagers l’écoutaient
Certains étaient fascinés
Tandis d’autres étaient amusés
Par cette soprano
Égarée
Du conservatoire
Scène improvisée
Demain, sera-t-elle aphone ?
Sa voix
Encore en moi résonne.
© Texte, Denis Morin, 2019
Rouge grenat
Elle marche
La jeune fille en fleur
Portant vase transparent,
Eau translucide,
Regard trop lucide
Justement
Des gerberas
D’un rouge grenat
Complètent la scène
Elle marche
La fleuriste
Comme si elle livrait
Une pizza
Sans oignon
Ni anchois
À un bureau
Elle revient
Air livide
Vase vide
Bien naïf suis-je
Ayant toujours cru
Que les fleurs
Donnaient de l’éclat
Aux êtres les plus ternes.
© Texte, Denis Morin, 2019
Silencieuse samba
Fait divers
Ce devait être
Fin d’hiver
Le vingt mars
Au soir
Pourtant, de mon observatoire
Je constate
Le retard du printemps
Neige au sol
Pas de parasol
En vue
Fait divers
Ce devait être
Fin d’hiver
Reportons à plus tard
Coupe de rosé
Ou de sangria
Silencieuse samba
Le vent est froid
Sous la tonnelle…

© Photo, texte, Denis Morin, 2019
Sa vie sur un nuage…
Sa vie ne tient qu’à un fil
Un flux algorithmique
Il suit le tempo
Les sessions au gymnase
Il instagramme
Ses instants
En sueur
Au sec
En habit
En maillot
Sur ses deux pieds
Sur le dos
Sur le ventre
Le tout commenté
Ses clichés complimentés
Ses photos sont transférées
Sur un nuage
Et sur des clés USB
Pépin informatique majeur
Ou vol de ses fichiers
Le voilà avec une mise en scène sabordée
Sa télé-réalité devenue
Aveugle et muette.
© Texte, Denis Morin, 2019
Au guet
Le poète livre un combat
Entre ce qu’il dit,
Tait,
Omet
Et ce qu’il dévoile
De lui et des autres
Observateur
Évoluant
En périphérie
Pour mieux plonger
Son regard
Le poète dit tout,
Ne raconte que l’essentiel,
Soit des bribes de lui-même
À quoi bon en dire plus
Je suis fils de taiseux
Avec ma barbe aussi blanche
Que le plumage
D’un harfang des neiges
Au guet.
© Texte, Denis Morin, 2019
Sur du papier jauni
Le papier jauni
Reçoit l’aumône
De mes mots
Constitués par des courbes,
Des traits
Où l’on bat en retraite
Pour mieux rêver,
Se libérer de l’emprise
Des contraintes quotidiennes
À force de repères
Le propos se gagne,
Se perd
À trop définir
Trop contenir
Ce qui doit être libre…
© Texte, Denis Morin, 2019
Sur l’autre rive
Partir,
Me dissiper,
M’anéantir
Me fondre
Comme une rivière en débâcle
Comme une saison si blanche
Si grise
Si terne
Dont on se lasse
Dont on délace
Les bottes
Pour qu’elle puisse justement
Partir
J’accroche
À la patère noire
Mes vêtements d’hiver
Tes vêtements d’hier
Pour aller te rejoindre
Sur l’autre rive
Où la grive
Et le soleil
Donnent au jour
Des éclats vermeils
J’arrive(rai)…
© Texte, Denis Morin, 2019
Achille

Achille se pète le genou
Se masse le tendon
Lance son chapeau
Remonte ses bretelles
Déchire son foulard
Tellement il en a assez
De faire du surplace
Dites les badauds
Que feriez-vous à sa place ?
Madame la mairesse
Se la joue cigale
Pendant que les cols bleus
Se la jouent fourmis
Achille referme son manteau
Met ses crampons
Le printemps saura bien revenir
Tout comme son vélo
Pris dans un étau de glace…
© Photo, texte, Denis Morin, 2019
Les portraits de Rembrandt
J’ai relu le poète
Deux fois plutôt qu’une
Devinant çà et là
Sa pensée
Ses émois
Ses déroutes
À l’écriture,
Il y tient coûte que coûte
Croyant donner
À raison
Un supplément d’âme
Sa manière d’éclairer
Les ténèbres
Comme les portraits de Rembrandt.
© Texte, Denis Morin, 2019
Sang-mêlé
Je suis de sang-mêlé
Avec des patronymes français
Flottant dans les cordages
Pour seul bagage
L’espoir
L’un d’eux avec un titre reçu
Un autre, noble déchu
Appels du vent
Bientôt des histoires anciennes
Saint-Malo et La Rochelle
Échos du large
Chargé d’air salin…
Non loin de l’Écosse
Une aïeule et son tea pot marron
Se glisse dans la généalogie
En devenir
Dans sa cuisine
Ça sent toujours ses bons biscuits
Recettes transmises entre cousines…
Pour les yeux bridés
Et la peau cuivrée de l’enfance
Y a-t-il mal à être Malécite
Par icitte
Sur le bord d’un long fleuve
Piège à peintre, à touristes
Gouffre continuel à tempêtes
Dans ce pays d’hiver
Se conjuguèrent
Misères paysannes
Misères ouvrières
Je veux plus que vos vies d’usure
Je vais mieux
Grâce à vous,
Salutations respectueuses
Aux valeureux ancêtres
En ce poème réunis.
© Photo, texte, Denis Morin, 2019
Mise en ligne
Mise en ligne
Des poèmes
Tels des bonbons en vitrine
Pour être lus, relus,
Les commentaires sont bienvenus
Mise en ligne
Pour faire battre des cœurs
Ajouter un brin d’esprit
Sur les réseaux sociaux
Où je perds mon temps
Où je rejoins d’autres solitudes
Tout autour du globe
Mes mots sont fragments de voix,
D’images
le tout est gobé par le flux continu
Une trace de moi
Dort déjà aux archives nationales
À Paris et à Montréal
Trouvez-moi sur YouTube
Vous êtes mes invités,
Lecteurs d’aujourd’hui et de demain.
© Texte, Denis Morin, 2019
Instants de grâce
S’est posée la neige
Sur ses paupières
Puis non loin de sa bouche
Étrange fard à joue
Ces cristaux à géométrie variable
Sur le point de fondre
Aux actualités
Des indices boursiers s’effondrent
Laissons là les vanités
Du monde
Et revenons aux instants de grâce
Elle regarde
Les enfants jouer
Ce soir, elle devra étudier
Des partitions de la savante Bénédictine,
Une certaine Hildegarde.
© Texte, Denis Morin, 2019
Aujourd’hui
Aujourd’hui
Je suis ici et là
Avec mes doutes
Avec mes dettes
Comme seule certitude
Être présent
Vivant
Vibrant
Au monde,
À l’environnement
J’ai appris à me détourner
Des emmerdeurs
J’ai compris qu’il faut
Me retourner
Sur les splendeurs du quotidien
Mes peurs,
Je les gère
Par les réflexions,
Parfois des prières
Mais surtout,
En gardant le cœur confiant,
Les pieds ancrés au sol
Respirant
À pleins poumons
Ces moments
Qui s’écoulent,
Mélodies,
Envolées de notes
Je me souviens de tes mains
Sur le piano.
© Texte, Denis Morin, 2019
Arythmie du temps
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Des fleurs


La vie des autres
La vie des autres
Se déroule
Dans les romans
En chapitres
En chansons
Dans les télé-réalités
Aux actualités
Dans le match de Paris
Pour les célébrités
Moi, je l’écris en poésie
Dans mes recueils
Je fais des clins d’œil
À Camille Claudel,
À Rodin,
À Barbara, Félix Leclerc
Et les autres
De grâce,
Évitez-moi une biographie
Après ma mort
Je m’amuse
En ce présent
À vous raconter
Tant le parcours des saints,
Tant les enjeux créatifs
D’artistes d’hier
Et de maintenant
Ouvert, je demeure
Pour accueillir
L’avis des autres.
© Texte, Denis Morin, 2019
À découvert
Le poète a retrouvé
L’ouïe
À force d’eau saline
Et sous les mains agiles d’un ostéo
Comme la vue se retrouve
La paupière s’ouvre
Et la lumière
Et les sons
Englobent la matière
Le poète a découvert
Que lui inspiration lui vient
Tel un songe en équilibre
(Clin d’oeil ici fait à Anne Hébert)
Lors de déplacements
Puisque la vie est dans le mouvement,
Malgré les bruits ambiants
L’inspiration trouve sa voix / sa voie
Dans le mutisme
Du poète
Concentré,
À l’écoute de cette musique intérieure,
Contemplant de nouveaux paysages,
Seul parmi la foule,
Seul parmi d’autres solitudes,
À découvert.
© Texte, Denis Morin, 2019
Sur mes pieds
Je suis retombé
Sur mes pieds
Comme un chat à neuf vies
Je suis retombé
Sur mes pieds
Après ton départ
Mon ami
Je porte au fond de moi
Nos bons souvenirs
Les mauvais, je les gomme
Comme on oublie
Les jours de pluie.
© Texte, Denis Morin, 2019
De la cloche à la biche
La cloche de grès
Ne porte pas de regrets,
Sons qui s’envolent
Gâteau de fête,
Il contient des arômes
Et des mots si doux
Sculpture de bois
L’artisan y a gravé
Impressions passées
Au jardin de mai
Le lilas j’ai respiré
Envol de l’oiseau
Soulier verni
Pas de danse oubliée
Mais lumière luit
Pistes sur neige
Lumière dans le sous-bois
Une biche attend
© Textes, Denis Morin, 2019
Toujours
Toujours
Se vit dans l’audace
Dans la quête de l’impossible
De l’inaccessible
Toujours
Une promesse
Une résolution
À tenir
Surtout devant témoins
Ou en son for intérieur
Pour s’éviter les regrets
Et le sarcasme
Toujours
Comme une ambition
Une rime de chanson
Entendue, reconnue
Fredonnée d’hier à aujourd’hui
Toujours
Évoque amour
Avec ou sans cérémonie
Porter en son cœur
Le souvenir des êtres
Présents et disparus
Toujours
Un mot-velours
Qui défile dans la vie
Comme une habitude
Une certitude
D’être là
À quelques pas
Ou à mille lieues
Tout de même si près.
© Texte, Denis Morin, 2019
Légende arthurienne
Chrétien de Troyes écrivit
En son siècle
Fameuse histoire
Résumée en ces quelques lignes…
Merlin parcourt la forêt de Brocéliande
Sur son trône, Arthur rage
Guenièvre se languit pour Lancelot
Ce dernier a le cœur déchiré
Le devoir ou les émois ?
Mab par sa magie sombre conspire
Et sa sœur, la Dame du lac
Conservera contre son sein si blanc
Excalibur
Chevaliers, rangez vos armures.
© Texte, Denis Morin, 2019
Modigliani
© Denis Morin, 2019
À définir
J’aurai des mots de troubadour
Donnant ainsi aux jours
Trop gris
Trop tristounets
Un peu plus d’atours
Comme si les attraits
Du poète
N’étaient ni sa tête
Ni ses yeux
Mais la manière
Dont sa plume
Répand sur une feuille
Écran blanc
La plupart du temps
Des secrets
Espace virtuel
Tout de même concret
Où se livre le combat
Du silence et du dire
Les idées et les dessins
Mots-clefs
Tout reste à confier
Au papier
Tel un visage
Fixant un miroir
En attente d’un sourire,
De soi à soi,
D’un personnage encore
À définir.
© Texte, Denis Morin, 2019
Bleu de travail
Le gaucher inspiré tartine l’encre autant sur ses doigts que sur le papier. Voici la main du poète et de l’écrivain en devenir après avoir transcrit des notes pour son deuxième roman. L’Écosse, la France, le Québec, l’itinéraire est tout tracé, tel un plan de travail dans un carnet… Pour le reste, c’est secret.
Ça progresse lentement. J’écrirai ce roman au fur et à mesure. Je n’en sais pas la longueur future. Est-ce si important de tout contrôler ? Je ne crois pas. Je laisse à mes personnages la possibilité de me surprendre et de m’apprendre sur leur vécu.
J’écrirai ce roman dans trois cahiers Claire fontaine… puis je mettrai le tout sur Word. D’une écriture à une transcription, le texte s’affinera, sans compter que les cahiers dormiront dans mes archives personnelles.

© Photo, texte, Denis Morin, 2019
Chronique urbaine

Rêves et données…


Blanc sortilège

Bossa spleen
Duras aimait déambuler
Sur les plages de Normandie
Moi, je le ferai en écoutant
Moustaki ou Nougaro
Par un jour de bossa spleen
Comment tant d’autres
Félix aimait marcher
Sa terre, fragment d’île
Seul, le nez contre le vent
Avant de s’en retourner
Écrire
Éclatez-vous sur Instagram
Je termine mon poétique télégramme
Ce soir, j’écouterai Pierre Lapointe
En buvant ma pinte.
© Texte, Denis Morin, 2019
Ni vu, ni connu
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La ronde des amants
Edith
Qui
Piaffe
D’impatience
Scandent
Ses bras
La (dé)mesure
Au parterre
Le public
En coulisse
Ronde des amants
De Cerdan à Dumont
Il y en eut tellement
J’en oublie…
Manège
Tourne-tête / Tourne-coeur
On chavire
Délire de chanteuse
Amours confinées
Entre un mur et un piano
Montre des adieux
Balancée au caniveau
L’idiot par l’humidité
Novembre transi
La vie en rose
Cauchemardesque
Carnavalesque
Adulation aveugle
« Padam, padam… »
Bal-musette de Paname…
© Texte, Denis Morin, 2019
Il était une fois un piano…


Hiver
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La sagesse et l’ivresse
![img_20190106_104455[16986]](https://ecrivainpoesiedenismorin.org/wp-content/uploads/2019/01/img_20190106_10445516986.jpg?w=640)
Idris
Ne pas dormir, ne plus dormir, pas maintenant. D’habitude, le soleil me brûle la peau et le sable du désert m’assèche les yeux. Maintenant, le vent salé de la mer prend la place. Je ne suis pas né du bon côté du monde, voilà ce que je pense. Moi, Idris, je ne baisse pas les bras devant le moindre effort. Je me recouvre la tête d’un keffieh improvisé avec un bout de chiffon.
Ma mère m’a demandé la raison de mon départ. Je lui ai répondu : « Je ne suis qu’en périphérie de la vie. Je veux plonger au cœur de ma vie ». Elle a déposé le plateau argenté sur lequel reposaient une théière et des verres étroits décorés d’arabesques pour le thé à la menthe, avant de me sourire et de me pincer la joue droite comme elle le faisait quand j’étais enfant. Elle m’a répondu : « Gamin, tu nous disais qu’adulte, tu parcourrais le monde. Il semble bien que ce jour soit bien arrivé. Que le Ciel te protège ». Mon père a pleuré, le visage enfoui dans la paume de ses mains, et j’ai tourné la tête pour ne pas le regarder, sinon j’aurais renoncé à mon projet. J’ai pris mon baluchon et je suis parti en silence. Longue route à venir.
Pour ne pas m’épuiser, je dors le jour sous ma cape dont je me fais une tente à l’abri d’une trop vive lumière. Le creux entre deux dunes devient mon lit, tandis que je marche toute la nuit, en évitant la morsure du serpent et la piqûre du scorpion.
Au bout de trois nuits, je croise sur ma route une caravane sur le point de partir vers le nord. D’abord, on se méfie de moi, me confondant avec un voleur. Un homme âgé enturbanné s’approche, recherche mon corps au travers de mes vêtements poussiéreux pour ne trouver que des dattes sèches, une gourde presque vide, des bracelets en cuivre et en or et quelques billets qu’il montre à ses compagnons avant de me les prendre. « Le Miséricordieux vient de payer pour ton voyage » murmure-t-il à mon oreille. Il me sourit, pose la main droite sur son cœur en guise de marque d’excuse, comme si se faire dépouiller était une marque de respect, et me conduit vers les autres.
Avec eux, je cesse de compter les heures. D’ailleurs, toutes ces dunes qui font et refont l’horizon me font perdre la notion du temps. Je crois comprendre que nous sommes dans l’antique Nubie. Les chameaux vont nonchalamment sous les constellations ou dans la fraîcheur de l’aube. Ce sont eux qui nous conduisent et non pas les hommes.
À présent, nous longeons un fleuve bordé de joncs et de palmiers que les caravaniers appellent le Nil qui pourfend le désert en deux pans ocre. Je n’ai jamais vu autant d’eau de toute mon existence, puis au bout d’un doigt qui pointe le lointain, j’aperçois un profil de pharaon ou un flanc de pyramide. Je quitte ensuite la caravane juste avant d’arriver au Caire, cité cosmopolite, où le bruit des automobiles me terrifie et me fascine tout à la fois… Je m’aventure dans les rues étroites d’un quartier. Les maisons aux murs blanchis à la chaux et aux persiennes colorées laissent s’échapper des parfums d’agneau rôti et de couscous à la cardamone. Je salive et je décide de m’éloigner. Or, la fatigue m’envahit au point de m’endormir au fond d’un souk, sous un étal de citrons et de grenades. Le lendemain matin, le marchand de fruits me conduit à sa demeure où je me lave et me repose. Une fois sa journée de travail terminée, il me dit à voix haute « Salut l’étranger, jusqu’où va l’errance ? », lors de son entrée dans sa demeure. Je lui avoue que je veux comme destination finale l’Angleterre. Je ne sais pas trop pourquoi, peut-être à cause des chansons des Beatles dont mon cousin fredonnait les chansons… Le marchand m’explique que je devrai aller vers l’ouest sur le bord de la mer, puis la traverser… « Et pas question de traverser le Sahara, car c’est la mort assurée que tu appelles sur toi. Tu ne laisseras ton père sans descendance, jeune Idris ». Je lui souris afin de lui faire comprendre que j’ai bien compris son conseil.
Au beau milieu de la nuit, je lui écris « choukrane » ou merci si vous préférez, sur la marge grise de son journal taché de café, puis je suis parti. Les néons et la musique des klaxons me procurent l’énergie pour parcourir les boulevards. Je traverse la ville, puis je bifurque vers la gauche au sortir de ce brouhaha urbain. D’un côté de la route, le désert plongé dans la pénombre et de l’autre, les lumières d’Alexandrie la savante et la Méditerranée. Je me retourne et j’arbore fièrement mon pouce droit. Au bout de quelques minutes, un camion s’immobilise. Le chauffeur et le passager m’invitent à embarquer dans la boîte arrière et à m’installer confortablement au milieu des chèvres et des brebis. Je monte péniblement et le camion démarre. Les brebis ne sont pas dérangées par ma présence, alors que les chèvres curieuses bêlent leur étonnement de me savoir au milieu d’elles. Je m’adosse tout près de la cabine du camion avant de m’endormir la tête enfouie dans une toison laineuse. Au bout de quelques heures, j’étire le bras et je saisis le pis d’une chèvre docile dont le trait de lait chaud me remplit vite la bouche, puis je me rendors… jusqu’au moment où le chauffeur freine le véhicule pour me dire : « Nous sommes arrivés en Lybie et nous devons entrer à l’intérieur des terres ». Je saute du camion et je me dirige vers le bord de la mer.
Comme par enchantement, un marin arrive et m’embarque en précisant qu’il va vers l’ouest. Il m’offre du pain pita sur lequel il dépose une confiture parfumée et m’offre du thé brûlant. Pendant des heures, je fixerai la mer, tandis que le marin ne perdra jamais de vue la côte. À chacun son idée d’un monde meilleur. Une fois rendu près de la Tunisie, le marin me prie de débarquer, avant qu’un autre marin me convie pour le reste de mon trajet jusqu’à Djerba. Ce dernier me remet un sac de plastique contenant de l’argent. Il me prie d’accepter son offrande providentielle. Je ne sais comment le remercier. Je pleure de gratitude, car j’en aurai besoin pour payer le passeur.
Arrivé à bon port, je plonge dans la mer afin de nettoyer mes vêtements et de décrasser ma peau. Par la suite, je rejoins un groupe de clandestins sur le rivage. Ne pas dormir, ne plus dormir, pas maintenant.
«En ce lundi, matin, il fait 10 degrés à Montréal, on prévoit une journée ensoleillée, toutefois les ponts sont déjà congestionnés et le métro connaît une autre interruption de service malgré les bonnes intentions de la société de transport. Bonne journée à tous nos auditeurs…» crache le radio-réveil. Je me lève. Après le café et la toilette du matin, je constate que mon stylo bille est en panne sèche et que mon ordinateur ne vaut guère mieux. Angoisse de la page blanche. Au pire, un bon crayon HB et un bloc-notes feront l’affaire. C’est vrai, je dois écrire une histoire sur Lampedusa.
© Texte, Denis Morin, 2019
Malik
Est-ce que j’existe ? Ai-je le droit de respirer ? Vivre ressemble à une condamnation à mort. Je vis dans un perpétuel clair-obscur : caché le jour depuis ma venue au monde par les femmes de ma famille et sortant la nuit au clair de lune.
Qu’ai-je fait pour mériter ce sort si peu enviable ? À quoi correspond cette fatalité ? À peine éloigné du jupon maternel, que me voilà séparé du monde…
On m’a déjà raconté que peu après ma naissance, je vagissais dans mon berceau. Ma couverture devait être tombée et j’avais froid au cœur d’une nuit à la lune éclipsée. Les vents se sont levés. Le rideau de la hutte se mit à bouger, juste avant l’entrée d’une lionne et de son petit. Le gros chat s’approcha doucement, sentit ma peau, me lécha du visage aux orteils, pendant que son petit jouait avec le bout de tissu chu. On m’a dit que je souriais, ravi par cette marque d’affection. Par la suite, la lionne est venue s’assurer de ma croissance de temps à autre… Les femmes n’ont jamais chassé la bête protectrice. On ne se bat contre les esprits qui viennent nous visiter sous la forme d’un animal. On les respecte. On accepte. On les remercie. C’est tout. En fait, je ne me rappelle pas. Je ne me souviens plus. Toutefois, ma grand-mère me disait que c’était de bon augure, que je saurais toujours me débrouiller et trouver mon chemin, puisque cette lionne était ma guide intérieure. Elle me montrerait bientôt la route.
Je passe mes journées à tisser des objets en nattes ou à préparer des paniers de fruits pour le marché. Je tente de me rendre utile comme je le peux. Les femmes me cachent, tandis que les hommes cherchent à me saisir et me disent que je passerai sous le fil du couteau. En quoi les ai-je offensé ou provoqué ? Ma grand-mère les oblige à garder leurs distances en ouvrant ses mains comme si elle voulait les griffer et les dévisager. Les hommes reculent. Il vaut mieux pour eux, sinon elle les aurait frappés ou pire encore elle leur aurait jeté un sort. On sait ses paroles puissantes. Je me réfugie alors derrière ma grand-mère maternelle que personne n’ose défier et je pleure une rivière à la saison des pluies. J’extirpe par mes larmes leur ressentiment et leur haine sans trop comprendre la raison des choses. Ma grand-mère me caresse la tête en me disant : « Tu n’as que dix ans. Un jour quand tu seras un peu plus grand et si la vie le permet, je te raconterai les étoiles, le soleil, l’histoire de notre famille, les grâces des cieux et les malédictions ». Mon visage s’enfouit contre son ventre couvert d’une robe colorée comme les fruits cueillis au petit matin par ma mère, mes tantes, ma sœur Fasiha. Il semble bien que je sois bien le seul de la famille qui doive prendre autant de précautions pour se garantir un lendemain.
Malgré mon isolement, j’ai appris à lire, à compter, à dire des mots en anglais, en français, car ma sœur aînée me disait que cela me serait utile tôt ou tard. J’aime beaucoup quand elle me lit Les fables de La Fontaine. Je ris beaucoup quand le renard rusé réussit à faire tomber le fromage du bec du corbeau si fier ou bien que la tortue si lente se paie la tête du lièvre vaniteux au fil d’arrivée.
Dans ma tête, je dévale des collines poursuivant des cerceaux en plastique obtenus à la ville par ma mère pour ma sœur en échange de manioc, je garde les chèvres et les moutons, je grimpe aux arbres pour voir le lointain, la brousse, les monts, la forêt à la ligne de l’horizon. Par la suite, mes rêveries se dissipent… À quoi bon m’attarder à ces activités qui me sont interdites ?
Pour écouler le temps, une fois mes tâches effectuées, je prends une branche d’acacia et je dessine sur le sol en terre battue un singe mangeant une banane, une girafe s’étirant le cou à la recherche de pousses tendres, un vautour planant dans le ciel en quête des restes d’une gazelle. Je m’exprime ainsi sous le regard amusé et complice de ma grand-mère et de ma sœur. Ma mère, passant à côté de moi, m’agace en brouillant de son pied mon dernier dessin comme une envolée de grues au petit matin près d’une rive. « Malik, mon fils, comme tu peux être rêveur ! Le travail ne se fait pas tout seul. Si tu t’ennuies, je peux te donner d’autres responsabilités », me dit ma mère avec une légère pointe de reproche dans la voix. « Ma fille, comme tu peux être amère parfois comme certaines noix invendues que l’on donne aux ânes et aux chèvres. Un rêve nous parle davantage qu’un vieux sage assis au pied de l’arbre à palabres » ajoute ma grand-mère bien rassurante. « Avec toi, maman, je n’ai jamais le dernier mot », précise ma mère froissée qui sort étendre du linge au grand air. Pour détendre l’atmosphère, Fasiha se met à fredonner un air du clan. Ma grand-mère, qui me fait un clin d’œil, et ma mère reprennent le chant en canon. J’aide ma sœur à ramasser du bois juste à côté de la hutte, ce qui nous servira à cuire notre maigre dîner.
Cette nuit-là, je voulais rester éveillé, mais je n’y arrivais pas. Mes paupières à peine fermées m’ont ouvert la porte des songes. Je marchais dans la brousse sans but précis. Je trébuchais et je me relevais. Il faisait noir. Seule une lanterne guidait mes pas. « Va ton chemin, ta vie ne sera bientôt plus la même. Je n’aurai pas eu le temps de t’expliquer, mais j’aurai été ta meilleure alliée. Je suis comme toi. Fais confiance en ta destinée. Va, va ! », m’avoue ma grand-mère dont j’entends la voix susurrée dans la nuée qui passe au-dessus de ma tête. Par la suite, tout s’est précipité… Des hommes crient, tandis que d’autres jouent du tam-tam. Le cri d’une vieille femme déchire le silence de la nuit. Je vois à l’entrée de notre hutte le tissu de sa robe en lambeaux. Je sens une odeur de chair brûlée. Les pleurs me montent aux yeux. « Malik, réveille-toi, fais vite ! », me dit ma mère. J’enfile un bermuda et un t-shirt. Elle me remet un baluchon et une lanterne éteinte. « Va, marche, jusque sur le haut plateau. Tu y seras au pays des lions. Va, ta sœur et moi, allons faire diversion. », me suggère ma mère essoufflée, pendant que ma sœur Fasiha met le feu à certaines huttes de l’autre côté du village. Les villageois quittent le bûcher de ma grand-maman suppliciée pour aller puiser l’eau requise afin d’éteindre les feux qui détruisent peu à peu les lieux.
À grande surprise, ma mère allume même notre propre hutte. À l’aube, les hommes me croiront mort consumé comme une torche vivante par mon drap et ma natte, puis réduit en cendres. J’en profite pour partir aussitôt en silence. Les herbes hautes de la brousse m’arrivent au milieu du torse et m’égratignent les bras. Au bout de dix minutes de marche sur un sentier, je frotte une allumette sur mon bermuda et j’allume la lanterne. Le rire des hyènes et le rugissement d’un guépard à faible distance me font comprendre que je suis à la fois objet de curiosité et proie potentielle. Je reste calme.
Au petit matin, j’arrive à destination, le haut plateau rocheux. J’y accède par un escalier constitué de pierres grossièrement taillées. J’ai la surprise de contempler la région avec tout droit devant moi mon village rasé par les flammes. En me retournant, je découvre un potager aménagé en des sacs de toile : des laitues, du chou, des arachides y poussent. J’ai la nette impression que ma mère y est pour quelque chose. À une trentaine de mètres, une source jaillit et les cornes d’un jeune gnou pointent en direction de l’entrée d’une caverne qui sera mon logis. Je m’improvise un lit dans un creux rempli de sable. Le sommeil me gagne.
Une langue rugueuse ayant à peine bue à même la source me lave le visage et les mains, la lionne pose sa tête sur mon ventre et soupire. Je ne crains rien. Je suis bien.
L’horaire adopté depuis mon enfance correspond à celui de la lionne. À la nuit tombée, elle chasse et me rapporte ses offrandes. Avec les herbes du potager, je lui panse ses plaies. Hormis la saison des amours, elle fuit les mâles. En fait, elle ne supporte que ma présence. Le jour, nous nous reposons. Un matin, elle n’est pas revenue. J’ai compris que l’existence l’avait amenée vers une autre brousse. Ce même matin, une fièvre me fait tomber dans une lassitude profonde comme une pause interminable où l’on perd ses repères.
« Malik, Malik, réveille-toi. Tu dors tout le temps », me dit Jasmine, mon enseignante montréalaise.
Je lui souris spontanément. « Je te remets Bastet. Elle veillera sur toi. » signale-t-elle en me confiant une lionne en peluche.
Elle m’apprend aussi qu’une ONG fera venir à Montréal ma mère et ma sœur Fasiha qui ont risqué leur vie pour moi, Malik, l’albinos, tout comme l’était ma grand-mère.
© Denis Morin, texte, 2019
Une plume en verre
![IMG_20181230_140911[16932]](https://ecrivainpoesiedenismorin.org/wp-content/uploads/2018/12/IMG_20181230_14091116932-1.jpg?w=640)
L’équilibriste
Sur un fil de fer,
Il déambulait
L’équilibriste
Sans filet
Sa vie il jouait
Au-dessus de lui
Les vents de la vallée
Et le vol des rapaces
En contrebas,
Le lit d’une rivière
Asséchée
Depuis qu’une société minière
Exploitait cette zone
Sur un fil de fer,
Il traversait
Le monde connu, en arrière
Un monde nouveau, devant lui
Et s’il fallait se défaire
D’une chrysalide
Forgée au cours des années
D’habitudes,
D’apparentes certitudes
Et finalement,
S’envoler
Tel le papillon qu’il était
Vraiment.
© Texte, Denis Morin, 2018
La tisserande
Kim Nguyên
Kim Nguyên
Elle est, était, fut
Boat people
Nguyên, patronyme
Hyper commun
Comme Tremblay au Québec
Et Dupont en France
Errance
Elle a vogué sa galère
Entre la Mer de Chine
Vancouver, Montréal, Paris et Berlin
Elle n’est pas d’ici
Elle n’est plus d’ailleurs
Naturalisée ?
Paralysée
Par les démarches administratives
Et les conventions internationales
Apatride
Fait divers des médias
Tache d’encre
Algorithme
Donnée statistique
Pièce d’identité
Futur document d’archives
Kim Nguyên
Elle est, était, fut…
© Texte, Denis Morin, 2018
La tigresse et le panier d’osier
Indira
Savait ses jours compter
À présent veuve
La belle-famille la chassa
Ce qui doubla son épreuve
Elle plaça ses jumeaux
Dans un panier d’osier
Les jumeaux glissèrent
Sur les eaux du Gange
Pendant ce temps
Un couple stérile
Priait après les ablutions
Aux abords d’un temple
Pour que les divinités vinssent
À leur secours
Soudain une tigresse
Somnolant sur un îlot de joncs
Se réveilla
Saisit la panier
Lui passant au museau
Elle nagea
Vers la rive
Et remit au couple
Leur vœu exaucé.
© Texte, Denis Morin, 2018
Paris n’est plus une fête
![IMG_20181226_152426[16903]](https://ecrivainpoesiedenismorin.org/wp-content/uploads/2018/12/IMG_20181226_15242616903.jpg?w=640)
L’enfant-soldat
L’enfant-soldat
S’est vu retirer
Famille et terre
Lui, l’aîné
Pour se faire offrir
Bisbille et guerre
Il joue à sauve qui peut
Son enfance, on la blesse
En guise de jeu
Il tire, il tue
En rêve, il revoit
Sa mère, ses frères
Son père l’a-t-il connu
Fut-il reconnu ?
C’est toujours son oncle maternel
Qui veillait sur eux
Il espère semailles
Boustifaille, paix
Sous la chaleur de l’après-midi
Se ferment ses paupières
Entre deux combats…
Mamadou,
Mamadou,
Tu t’es endormi
La classe est finie
Nous sommes à Montréal
Il est 16 heures et demie.
© Texte, Denis Morin, 2018
Le chien et la brebis

Souffleurs de vers
Lorraine me glisse à l’oreille
« Les poètes sont des souffleurs de vers »
Elle demeure toujours à la fine pointe
Je lui concède raison
Sans l’ombre d’un doute
J’ajouterai sans gêne
« Les poètes sont des souffleurs de rêves »
Naviguant entre grèves
Si familières
Et paysages interstellaires
Leur vision du monde
Vaut la joie de l’écoute
Vous qui n’écrivez
Jamais rien
Soyez au rendez-vous
De nos mots les plus doux
De nos mots les plus fous
Ainsi va la poésie.
© Texte, Denis Morin, sauf citation de Lorraine Lapointe, 2018
Sur la pointe des pieds
Elle marchait
Enfant
Sur la pointe des pieds
Toute discrète
Toute secrète
Ne pas éveiller de soupçons
Eviter le moindre bruit
Elle marchait
Toute grande
Dans ses escarpins
Sur la pointe des pieds
Raffinée
Tout aussi secrète
Ainsi, elle menait sa vie
Elle marchait
Boulot
Courses
Affaires de famille
Évitant les bisbilles
Elle se voyait marchant sur les eaux
Du lac de Tibériade.
© Texte, Denis Morin, 2018
Dans un carnet
Il n’était pas au rendez-vous
Fixé depuis deux semaines
Quelle déveine
On esquisse des pieds et des mains
Dans un carnet
On semble fol
On dessine aussi une clef de sol
Inquiet
Deuxième lapin
Posé, je me résigne
Raté le ciné,
L’exposition au musée
Je serais mieux chez moi
Écoutant Barbara
À m’occuper de mes bouquets
À écrire sur les femmes dans l’art
Qu’à espérer
Un appel d’un abonné absent
Qui n’en vaut plus la peine
Désintérêt
« Garçon, l’addition
S’il vous plaît ! »
© Texte, Denis Morin, 2018
Le poète
Il manie
Le stylo et la souris
Pas vraiment la hache
Le couteau
Seuls les mots peuvent
Avoir du mordant,
Un côté incisif
En règle générale
Le poète préfère
Les livres
Les vers et la prose qui le rendent ivre
Par tant de beauté partagée
Par essence
Le poète écrit
Mais il lui arrive
De déclamer
Mais il lui arrive
De se taire
Selon si on souhaite l’entendre
Ou faire fi de sa compagnie
Il est en quête…
Sentiments, choses et mystères
Qui le tourmentent au travail
Qui l’éveillent la nuit
Lui font sortir un calepin,
Amas végétal recyclé, ligné
Anodin
À tout prix, il lui faut
Écrire une image
Tout droit, de biais, en marge
Faute de papier,
Au creux de sa main.
© Texte, Denis Morin, 2018
Sans aucune rancune
Elle me disait
Têtu, obstiné
Trop dans le mental
Trop dans l’ego
Elle me prodiguait
Des conseils sur les arts et la vie
Par je ne sais trop quel hasard
Ces conseils, elle ne se les appliquait
Pas à elle-même
Je la trouvais talentueuse, brillante
Comme une lanterne sous le boisseau
Flemmarde
Intuitive
Un brin vaniteuse
Elle jouait trop peu du clavier
De l’ordinateur et du piano
Les mots et les notes
Toujours remis à demain
Selon elle, je la méprisais
Pour ma part, ce n’était pas le cas
Je voulais secouer son immobilisme
Avant qu’il ne fût trop tard
Elle en eut marre
Que je lui rappelle
Le fait que n’écrire
Juste par temps inspirés
Par le Ciel ou autres bonnes ondées
Sur le moment, on est bien
Ancré dans le présent
Mais cela ne mène à rien
Sinon qu’à des regrets
De passer à côté de ses talents
Le sablier et l’hiver poussent sur les feuilles
Rageurs, nous nous sommes bloqués
Ici et là, tant dans le réel que sur les réseaux virtuels
Bon vent !
Que la Vie soit sa muse
Je m’en retourne
Justement à mon secrétaire
Mon clavier me tient meilleure compagnie
Tout ceci est écrit sans aucune rancune.
Ton piano
Ton souffle parti
Le piano est sorti
De la maison
En présence de tes fils
Tes cendres dorment
Entre tes livres, au salon
Puis d’autres mains
Joueront dès maintenant
Tes partitions,
Chansons de Félix Leclerc,
Partitions de Bach
Après deux ans de deuil
C’est moi qui prépare à présent
Ta soupe saupoudrée de cerfeuil.
À la Françoise Hardy
![IMG_20181202_124314[15696]](https://ecrivainpoesiedenismorin.org/wp-content/uploads/2018/12/img_20181202_12431415696.jpg?w=640)
En silence
![]()
Au bout d’un instant
![]()
Soirée Félix Leclerc, 16 nov. 2018, UNEQ, Montréal
Elle fredonne
![]()
J’ai vu la neige
![]()
Tes lèvres gercées
Mes mots suivent tes humeurs
Vertige à l’intérieur
Quelles sont les meilleurs avenues
Pour parcourir ton monde
Imaginaire
Dont tu ne montres que la pointe
De l’iceberg
Hiver installé
Je lis sur tes lèvres gercées
Ma déconvenue.
© Texte Denis Morin, 2018
Guillaume va…

Quand Lorraine Lapointe lit ma poésie sur Piaf et Barbara !
Denis Morin lit sur Auguste Rodin
La plume s’envole
Tu ouvres la fenêtre
Et le vent soulève
Emporte loin de la grève
La plume qui s’envole
Tu te réjouis de tout ton être
Souris dans le ciel Eol
Qui souffle jusqu’à Saint-Ferréol
Ce fragment d’oiseau
Étourdi et fol
Rappelle ta plume
Par-delà les brumes
Au son du pipeau.
© Texte, Denis Morin, 2018
Le matin
Le matin. En passant.
Rame de métro. Où sont les oiseaux ? Ils dansent en notes sur MP3 et sur des cellulaires.
Je n’ose regarder les passagers. Prison de verre et de plastique. Wagon, tunnel. Message inaudible à la clientèle. Certains dorment, baillent, lisent, se lèvent, tiennent à peine debout.
Sortie quatre stations plus loin. Bousculade d’étudiants. Dictionnaire à peine acheté, dictionnaire à peine échappé sur les rails. Interruption de service. Je n’y suis pour rien ou si peu. « Non, rien de rien… » qu’elle chantait la Piaf. Elle dort au Père Lachaise.
Prenez donc une bûche et venez me jaser un brin le matin.
© Texte, Denis Morin, 2018







