Le parcours de l’artiste

L’artiste vit son parcours

Il inspire l’affection,

La haine ou l’indifférence

Il est ce qu’il est

Il crée, parfois il fait la récréation

Pour le peuple

Ou il éveille les consciences

 

Après son trépas

Le notaire et les ayants droit entrent dans la danse

Question de blé et de fiscalité

Formalités, vous dirais-je

 

L’artiste vit ses beaux jours

Il écrit, crée, crie, décrit

Peint,  danse, filme, pianote, chante,

Tournoie sur lui-même

Et dans son mouvement giratoire,

Veut toucher l’autre

 

Il est capté par le désespoir

La planète tel un navire qui coule

Il doit penser à émouvoir

Si l’ombre d’un journaliste lui tend un micro

Puis à se vendre

Sur les réseaux sociaux,

Promotion oblige

 

L’artiste s’époumone

À chercher la lumière du projecteur

Sur soi

Souvent, ça ne vient pas

Les lampes sont éteintes

Les regards sont détournés

Et l’artiste s’en retourne

À son silence,

À sa tanière

 

Circulez, circulez, les citoyens

Y a rien à voir

 

L’artiste sait qu’il vivra

À titre posthume

Émotion dans la voix

Non, je n’ai pas le rhume

Par ses œuvres

Par l’amour ou son contraire

Qu’on lui vouait

 

S’il est né sous une bonne étoile

Son nom sera dans le Robert

On aura des pistes de recherche

Aux archives nationales

Ou dans une vieille malle familiale.

 

Quant à moi,

Je lirai ma poésie

J’animerai des ateliers

Et j’écrirai des billets tel celui-ci

Comme autant de bouteilles…

Un homme à la mer !

 

© texte, Denis Morin, 2018

 

 

 

Je vais… tu vas…

Je vais

À pas de loup

Tu vas

Parfois à pas de biche

Tantôt à pas de buffle

 

Je cours

Après le temps qui passe

Tandis

Que tu te prélasses

J’accours

 

Tu soupires

Les heures fuient

En retard

En décalage horaire

Pourtant, j’avais tout planifié

Sauf les imprévus

 

Tu rages

Tes doigts tambourinent…

Je suis en nage

Je vais…

Au pas cadencé

Au fond, tu vas…

Bien amusé(e)

De me voir courir.

 

© texte, Denis Morin, 2018

 

Cœur de bitume

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Cœur de bitume

Masqueras-tu les fissures,

Les blessures

Laissées par le gel

Et l’usure ?

 

Cœur-enclume

Écrira-t-on sur ton dos

Des mots doux

Au lieu de marteler des mots amers

Comme venin ?

 

Cœur de bitume

Engloutiras-tu le sablier

Qui incite à la fuite ?

Les passants vont et viennent

Certains séchant leurs larmes.

 

© photo et texte, Denis Morin, 2018

De la reprise de l’écriture

Je passai quelques années sans rien écrire, outre les documents administratifs liés au travail.  Je n’y croyais plus, ne trouvant plus l’envie d’aligner les mots en file indienne sur le papier.

Amer, je devenais au fil des jours, sans trop m’en rendre compte.  L’ennui et la jalousie face au succès des autres m’habitaient…

Puis, un jour, j’ai connu dans le train un coach de vie qui me parla de la nécessité de replonger en écriture pour mieux m’épanouir.  Un matin, au plus fort de mes angoisses existentielles, il me parla des coïncidences et des signes.  Je l’écoutai par politesse tout en souriant… Mais la vie fait bien les choses, puisque trois gares plus tard, une dame entra dans le wagon, s’assit devant moi, sortit un ordinateur portatif.  Étant très curieux de nature, je m’informai de la nature de l’écrit en préparation.  Elle me répondit que c’était un roman, qu’elle écrivait matin et soir durant ses trajets ferroviaires, car à la maison  »ses hommes », en l’occurrence son mari et ses deux fils, nécessitaient sa présence quasi constante.  Mon ami, le coach de vie, me fit un clin d’œil devant ce signe si évident.

Ainsi, le lendemain matin, je reprenais l’écriture et je me remettais à sourire à la vie pour mon plus grand plaisir et peut-être le vôtre aussi…

Depuis ce temps, je persiste et je signe.

 

© texte, Denis Morin, 2018

Juste l’heure

Je me mire

dans la glace

Le passé me suit

à la trace

L’ombre de mon père

me terrasse

Plus je vieillis

plus je lui ressemble,

il me semble

C’est écrit dans le ciel

Inscription dans les gênes

impression irréelle

Les ancêtres se bousculent

dans ma tête

et je me sens ridicule

Nu, je taille ma barbe

replace mes cheveux

en broussaille mes aveux

Contemple les poils

devenus gris,

devenus blancs

Les rides, mes lignes de vie

Me donnent juste l’heure

et le temps qu’il fait

Je m’habille

Je me mire,

au travers mon visage

je salue mon père,

Puis monte dans un taxi.

 

© Texte, Denis Morin, 2018

Tes pas

Tes pas sur la neige

étrange manège

drôle de sortilège

pourrais-tu revenir ?

 

C’est un blues qui n’en finit pas

et j’étais si bien dans tes bras

 

Tes pas sur la grève

tous ces oiseaux qui crèvent

d’un manque de rêves

on ne peut les voir revenir

 

C’est un blues qui n’en finit pas

et j’étais si bien dans tes bras

 

Tes pas dans la forêt

je te suis à la trace

ton regard vert fougère

me hante, m’exaspère

 

C’est un blues qui n’en finit pas

et j’étais si bien dans tes bras (bis)

 

© Texte : Denis Morin, 2013

Je dessine

Je dessine

À l’encre de Chine

Des murailles qu’il me faudra traverser

 

Tout cela pour me rendre jusqu’à toi

Pourquoi douter de moi

Je suis digne de foi, je suis digne de toi

 

Je cuisine

un potage, des mirages

c’est ton parfum que je veux retrouver….

 

Je devine

En sons et en images

Mes doigts gambadent sur une portée

 

Tout cela pour me rendre jusqu’à toi

Pourquoi douter de moi

Je suis digne de foi, je suis digne de toi

 

Je m’échine

À espérer tes lèvres glycine

Comme un reflet sur mon clavier

 

Tout cela pour me rendre jusqu’à toi

Pourquoi douter de moi

Je suis digne de foi, je suis digne de toi

 

 

© Texte : Denis Morin, 2013

Sur une rive familière

Sur une rive familière

tu bois ton expresso

je te masse le dos

tu me parles d’aujourd’hui

je pense à demain

 

Il y a longtemps que je t’aime,

Jamais je ne t’oublierai

 

Sur une rive familière

tu esquisses des mots

mes yeux en photo

tu es mon aujourd’hui

je suis ton demain

 

Il y a longtemps que je t’aime,

Jamais je ne t’oublierai

 

Sur une rive familière

tu as laissé ma main

j’ai glissé vers demain

et le muguet éclot

je vis notre aujourd’hui

 

Il y a longtemps que je t’aime,

Jamais je ne t’oublierai.

 

 

© Texte : Denis Morin, 2013

La Seine

La Seine joue bien au ruisseau

et roule ses hanches basanées,

une douce bossa nova

pour consoler les exilés

 

Sur le pont Mirabeau

là, je me souviendrai…

Ah !  ta peau épicée…

 

De ma fenêtre, j’aperçois

l’acier des toits et la cohue

mes yeux se perdent dans le vide

comme une sorte de spleen

 

Puis, je file à l’anglaise

avec un journal sous le bras

mieux vaut se rendre au café

et de là, rêver à la Seine

 

Au pont Mirabeau

là, je me souviendrai…

de tes lèvres sucrées.

 

© Texte : Denis Morin, 2013

 

 

 

 

 

© Texte : Denis Morin, 26 décembre 2013, Deux-Montagnes, Qc, Canada

Je t’écris

Je t’écris pour te livrer

Ce qui m’est arrivé

Mes souvenirs comme nos pas emmêlés

Dans la neige blanche de janvier

 

Tu ne sais plus me regarder

Mon ami, mon frère

Mon ennemi, mon frère

 

J’étais l’aîné, le plus grand

Et toi le p’tit dernier

Mais au fond, tu étais le plus doué

Pour affronter la vie et ses démêlés

 

Entre nous deux, j’ai toujours su

Qui serait le gagnant

Je t’accorde raison une fois de plus

Sois fier de tes entêtements

 

Tu ne sais plus me regarder

Mon ami, mon frère

Mon ennemi, mon frère

 

Je t’écris pour te livrer

Ce qui vient d’arriver

Bientôt je verrai nos ancêtres

Tu parleras en bien de moi peut-être

 

Tu sauras bien me pardonner

Mon ami, mon frère

Mon ennemi, mon frère.

 

© Texte : Denis Morin, 2 octobre 2013, Deux-Montagnes

L’ours et la ruche

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Mon premier livre écrit a été un roman policier intitulé L’ours et la ruche écrit en 2009 mais publié en 2014.

Pourquoi ce titre ?  Tout simplement parce qu’une abbaye fonctionne sur le modèle d’une ruche et que l’ours cherche à s’emparer du miel, etc.  Dans ce cas-ci, l’ours est l’assassin.

En fait, je voulais mettre en scène une enquête de dix jours se déroulant dans une abbaye cistercienne avec Béatrice Lemieux, une historienne française aux origines québécoises, qui aura à jouer au détective, aidée de l’inspecteur Bruno Lagacé qui se fera passer pour un moine et le père Élie, presqu’aveugle mais qui l’aidera à décoder les indices trouvés comme autant de clefs pour ouvrir des portes.

Comme cet ouvrage est mon premier bébé, je l’aime bien en dépit de légers défauts. Il se pourrait que Béatrice Lemieux revienne plus tard dans d’autres enquêtes.

 

 

 

© texte et photo, Denis Morin, 2018

Claire d’Assise, hymne au Créateur

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Il est bien étrange comment une histoire d’amitié avec un personnage historique survient dans notre vie.  Sainte Claire d’Assise est fêtée le 12 août.  Or, ma sœur cadette est née en la Sainte-Claire et l’une de mes sœurs aînées possède Claire parmi ses prénoms.  Quant à moi, c’est en lisant sur le Pauvre d’Assise que j’ai vu apparaître Chiara Offreduccio di Favarone (1194-1253).

Dans un premier temps, j’écrivis en 1993 une pièce de théâtre (non publiée) intitulée La dame aux cailloux, tout simplement parce que Claire avait l’habitude de réciter des patenôtres avec des cailloux.  Cette pièce fut jouée une trentaine de fois de Rivière-du-Loup à Ottawa.

Vingt ans plus tard, Claire me revenait à la mémoire.  J’ai alors annoncé aux Clarisses de Valleyfield, en banlieue de Montréal, mon intention de reprendre la marche en poésie en Ombrie.  Elles m’ont soutenu à leur façon par leurs prières.  À mon tour, je me suis mis à genoux intérieurement pour écrire Claire d’Assise, hymne au Créateur.

Fait à noter qu’elle fut la première femme à fonder une communauté religieuse dans l’histoire de la chrétienté.

Les titres des poèmes de ce recueil vont comme suit :

Si temps je perds

Les cailloux

En plein midi

Ostensoir

François

Privilège de pauvreté

Pierre d’assise

Ma sœur la lune

Les cinq Plaies

Une truite du Topino

Ma sœur l’eau

Si cela chante à Dieu

La fuite des mercenaires

La bénédiction du pain

Le cep et la paille

Le plus beau des mariages

Il chiostro (le cloître)

Nativité

Bientôt, je m’en irai

À vous, mes sœurs.

Pour clore ce temps de parloir, Claire me permet de vous livrer un extrait de Ma sœur, l’eau :

« Ma sœur l’eau,

Baptise ou frisonne sous le vent

Devient parfois neige, glace ou vapeur

Transforme le jeûne en banquet

Car elle reflète la lumière du Ciel. »

 

© texte et photo, Denis Morin, 2018

 

Édith Stein, triptyque

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En poésie biographique (fusion deux genres littéraire, la biographie et la poésie), ce sont les personnages (sur lesquels on aura à écrire) qui nous invitent plus ou moins subtilement, nous guettent, nous saluent dans les rayons d’une bibliothèque ou par le biais d’articles spécialisés.

Par exemple, j’ouvre une revue d’histoire où l’on traite de religieux nés dans le judaïsme convertis au catholicisme qui terminèrent leur destinée terrestre dans les chambres à gaz d’Auschwitz-Birkenau.  Parmi eux, le nom d’Édith Stein (1891-1942) attire mon attention.  Pourtant, Stein est chez les Juifs ashkénazes est aussi commun que le patronyme Tremblay chez les Québécois ou Dupont pour la population française.  Ma curiosité me fait découvrir une femme singulière et plurielle : philosophe, enseignante, conférencière, polyglotte, traductrice, féministe, puis carmélite.

L’impact le plus important qu’elle eut ne fut pas celui de l’intellectuelle féministe dont on publia les traités sur l’éducation et autres ouvrages savants après sa mort, mais ce fut plutôt par son attitude.  Elle encourageait ses élèves, forma des Dominicaines, intercéda aux jours sombres du nazisme et devint un ange de compassion auprès des voyageurs, victimes de la Shoah.

À travers ce recueil Édith Stein, triptyque, je dépeins sa vie, le milieu philosophique du temps (elle était disciple d’Edmund Husserl, concepteur de la phénoménologie), les Carmels de Cologne, en Allemagne, et d’Echt, en Hollande.

« Plus près de notre époque, des témoins rapportèrent

Avoir vu une fascinante carmélite et sa sœur Rosa

Avec une étoile jaune en guise d’identité ainsi elles allèrent

Malgré la mort à l’orée tant de Lumière divine émanait de ces visages las. »

 

 

© texte et photo, Denis Morin, 2018

 

Je suis un artisan

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Je travaille à la manière des artisans, en faisant preuve de patience, de résilience et de foi en mon talent.  Si je n’y crois pas moi-même, qui me suivra ?  Je mise sur la durée, les heures passées à lire, à me documenter, à réfléchir et à enchaîner les mots les uns aux autres pour donner sens à ma vie.  Je ne serai jamais la saveur du jour, je le sais, mais on parlera de moi demain, de mes recueils de poésie biographique sur Camille Claudel, Auguste Rodin, Barbara, Félix Leclerc et bien d’autres.  Je ne souhaite aucunement être une étoile filante qui tombera aux oubliettes.  J’écris parce que je ne sais rien faire de mieux.  J’écris aussi pour partager.  Par conséquent, le moment de la lecture devient communion entre l’auteur et son lecteur.

©  photo et texte, Denis Morin, 2018

Le bleu du rêveur

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J’ai toujours aimé

Déposer une goutte

Bleu de méthylène

Ou encre

Provenant d’une bouteille

Dans une eau tranquille

Pour le tourment momentané

Causé dans l’ordre des choses

Non, je ne suis pas

Seiche qui s’esquive

Mais juste un rêveur

En train d’attente

Sur le quai d’une gare de train

Des images et des sons

Pour que les mots s’ensuivent…

Il suffit de voir…

On sort du métro ou on descend du bus pour se rendre chez soi.  On se questionne sur la pertinence de l’écriture dans sa propre vie.  On lève la tête vers le ciel.  On sursaute, puis on saisit son cellulaire pour capturer cette plume éphémère dans le ciel.  Un signe et une coïncidence pour soi, un banal nuage pour le voisin.

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© Denis Morin, textes et images de ce blog, 2018

Les salutations de Mariam

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Il arrive parfois qu’un personnage historique sur lequel on écrit nous habite et nous accompagne au-delà du point final.  On a développé une complicité telle que cet être devient un proche qui se manifeste à nous de temps à autre.

Prenons le cas par exemple de Mariam Baouardy, deux semaines après la parution du recueil, je vis en songe une moniale, plus précisément une carmélite à voile blanc (voile de tourière) au teint basané s’élevant dans le ciel.  La scène prit une allure solennelle.  Elle portait couronne d’épines et souffrait des stigmates du Christ.  Elle ouvrit les bras, inclina la tête sur la droite, puis les épines enfoncées se métamorphosèrent en une volée de colombes.  Ce songe, je le fis à deux reprises à quelques nuits d’intervalle, nullement effrayé de cette vision.

Puis, je communiquai par courriel avec une carmélite (personne-ressource) du Carmel de Bethléem (voir le billet antérieur sur Mariam), en prenant soin de bien lui décrire la scène comme si nous étions au théâtre et que Mariam fût sur les planches.  Ma correspondante me rassura en me disant que j’avais bénéficié de la visite de la sainte qui se manifestait ainsi à certaines de ses consœurs cloîtrées.  Par conséquent, je devais me considérer privilégié.

Somme toute, écrire sur elle fut une suite d’instants de grâce.  À sa façon, Mariam m’avait manifesté tout simplement sa gratitude.  Je pense à elle souvent.

Notre-Dame du Verbe ou Architecture d’une âme

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Depuis aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours été fasciné par l’architecture cistercienne pour ses murs de pierres lisses, ses colonnes aux chapiteaux sans ornementation, ses claires-voies qui laissent traverser la lumière du jour dans un bâtiment, au gré des heures.

Par un beau matin, je me suis lancé le défi – utopie me direz-vous – de cerner en une trentaine de poèmes ce courant monastique qui perdure encore de nos jours.

Tout au long de ce recueil écrit en écoutant la musique du compositeur estonien de musique contemporaine Arvo Pärt, je raconte le parcours d’un jeune homme qui entre dans cet ordre tout comme je présente Bernard de Fontaine qui devint Bernard de Clairvaux, abbé de Cîteaux, et Armand Jean le Bouthillier de Rancé, réformateur de cet ordre et fondateur de la branche dite des Trappistes.  En outre, des commentaires en prose introduisent certains poèmes.

Pour votre information, les titres se défilent comme suit : Source / Monos / Lux / Rénover sa vie / Désert / Cloître / Paix / Silence / Cîteaux / Caritas / Le songe d’un enfant / Blanche lueur de Bernard / Clairvaux / Fondation / Du vingt août / Lectio divina / Jean de Patmos / Agneau / Notre-Dame / Percevoir / Lumen Christi / L’attente / Union / Oxygène / Pierre du chœur / Credo / Enluminure / Louange du pauvre / Bonté / Visitation / Jérusalem / Salve Regina.

Voici deux extraits :

« L’Unique nous rassure

Miroir de l’Aube, ce regard sur le lointain

Miroir de l’Autre, ce regard du prochain

S’écoule le corbeau fusain hors de nos murs. »

 

« Pour Bernard, tel le Verbe l’abbaye dépouillée

Comment peut-on inscrire en soi

L’éclat vibrant d’une telle humilité

Si la nature s’enchaîne à la soie ? »

Je vous laisse dans la quiétude du silence.

Stabat Mater

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J’aime la culture en général et les sentiers qu’elle prend comme les beaux-arts, la littérature et la musique.

Un soir, un ami musicien arriva chez moi avec un CD et m’oblige à m’asseoir pour écouter en silence le Stabat Mater de Pergolesi.  Comme seul commentaire de ma part, il n’y eut que mes larmes, tellement cette œuvre me touchait.  Ensuite, cet ami me lança le défi d’écrire une pièce de théâtre d’après cette œuvre musicale.

En 1995, je décidai d’imaginer une femme, Myriam, en deuil de son fils bien-aimé, assise sur une scène, dans l’attente d’un retour, accompagnée d’une femme tourmentée et d’un homme rêveur.  Transposition moderne de la Vierge Marie, de Marie-Madeleine et de Jean l’Évangéliste.  Chacun se confie, se raconte, tente de comprendre sa propre vie, veut l’appui des autres, se fait l’écho du monde qui souffre…

Les scènes s’intitulent : L’agneau et l’arbre / De sang et d’eau / Les entrailles de la terre / Cendres / Poussière / Les fibres du bois / Berceuse / M’abreuver à la source de tes larmes /  Braises / Le feu renaît / L’aube.

Fait à noter que cette pièce de théâtre fut jouée en 1995-1996 au Québec à quelques reprises dans des églises paroissiales catholiques, dans une prison pour femmes et en une chapelle abbatiale cistercienne.

Modigliani, regard sur l’abîme

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L’idée d’écrire sur ce peintre et sculpteur m’est venue en lisant un article en ligne sur l’acteur français Gérard Philipe.  Je me suis rappelé l’avoir vu dans Montparnasse 19, film de 1958 du réalisateur Jacques Becker.

Amedeo Clemente Modigliani est né dans une famille juive sépharade de Livourne, Italie, en 1884.  Sa mère francophile lui apprit le français.  À la maison, on parlait italien et français.  Plus tard, le jeune artiste se sentant vite étouffé par le conservatisme de l’art que ce soit à Rome, à Florence ou à Venise se tourna vers Paris, se promenant entre Montmartre et Montparnasse. En fait, il ne voulut appartenir à aucune école.  Il expérimenta un temps la sculpture (influencé par l’art khmer et l’art primitif africain) pour revenir à la peinture (avec un emprunt aux formes allongées des masques africains).

En ces temps-là, vivre à Paris signifiait aussi de pouvoir croiser entre l’atelier et le bistrot : Pablo Picasso, Chaïm Soutine, Maurice Utrillo, Suzanne Valadon, Marie Laurencin, Guillaume Apollinaire, Max Jacob, Jean Cocteau.

Il mourut en 1920 de la tuberculose, suivi de quelques heures par sa fiancée, Jeanne Hébuterne, peintre elle aussi.  Celle-ci se défenestra par désespoir.

Pourquoi écrire et publier le présent recueil en 2017 sur cet artiste ?  Je ne sais pas, si ce n’est que je suis ému devant la sensualité des femmes dénudées, ses portraits empreints de spleen, l’histoire d’amour de Modigliani et de Jeanne, surtout face à la vie éphémère du créateur, semblable à une rose au parfum enivrant trop vite fanée.

Piaf, toujours l’amour

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Piaf, c’est la chanson française qui entrait dans la maison par le biais de la radio et des 33-tours. Le petit Québécois que j’étais la découvrait à la fin des années ‘60.

Piaf signifie pour moi Paris, les milieux modestes, le bal musette, le cinéma noir et blanc d’après-guerre.

J’aimais sa façon de faire tanguer la musique, de mordre dans les mots et rouler les r et de jouer la tragédie avec sa petite robe noire et ses gestes à la Cassandre.

S’attaquer à un mythe de la culture française n’est pas une mince affaire. J’ai lu sur elle et sa soif d’aimer. J’ai écouté, goûté, me suis imprégné de ses chansons.  Par la suite, je me suis dit que la ligne directrice de sa brève vie fut l’amour : celui que l’on quémande, que l’on offre, que l’on désire, toujours si proche, mais pourtant inassouvi.

Les titres de certains poèmes vous donneront le ton du recueil :

Une enfant de la balle ;

Si j’avais de l’oseille ;

Le beau gosse de Marseille ;

La démesure ;

Mi cigale mi fourmi ;

À chaque amour ;

Je me consume.

À la toute fin du recueil, une chronologie guide le lecteur et pose les principaux jalons de sa vie et de sa carrière.  Le recueil est disponible en papier et en numérique, tant en France qu’au Québec.

Bonne découverte !

Projet Genèses

Vous le saviez peut-être que j’aime autant l’histoire que les arts.  L’histoire de l’art me semble le mariage parfait entre mes pôles d’intérêt.  Les peintres et les sculpteurs sont situés dans leur époque, impliqués dans un courant ou à contre-courant des modes et des écoles.

En outre, il me plaît d’écrire la vie des autres.  Ainsi, j’ai écrit sur Camille Claudel, Auguste Rodin, Amedeo Modigliani.  Je m’intéresse aux artistes du passé, mais aussi à mes contemporains.

Je vous invite donc à découvrir le projet audio Genèses où je parlerai de poésie biographique et où vous pourrez découvrir des artistes, tout en me posant vos questions auxquelles je me ferai une joie de répondre.

Pour vous inscrire gratuitement, veuillez vous rendre sur le lien ci-dessous

http://www.adret-webart.fr/geneses.php

Au plaisir d’échanger.  À suivre.

François sous la lumière d’Assise

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Les écrivains nous amènent parfois sur des territoires où on ne penserait pas se rendre…  Aujourd’hui, je vous transporte, en Italie, plus précisément en Ombrie.

J’ai toujours aimé François et Claire d’Assise, sans aucun à cause du film François et le Chemin du soleil (1972) de Franco Zeffirelli.  De plus, François est très probablement le saint le plus aimé par son ouverture aux autres et son respect de la Création.  On aime d’emblée son aspect hippie et écolo.

Ma pièce de théâtre François d’Assise sous la lumière d’Assise fut écrite vers 1995.  Le titre de l’époque était L’homme de cendres, titre que j’ai laissé tomber le trouvant trop austère.  Le texte a dormi vingt-trois ans dans un tiroir avant d’être remanié et doté d’un nouveau titre.

François d’Assise (1182-1226) vécut à l’époque des Croisades, des courants hérétiques et de l’amour courtois.  Les nobles cherchaient à maintenir leurs privilèges et les bourgeois voulaient s’enrichir, au détriment du peuple.

Dans cette pièce de théâtre, un fils de marchand d’étoffes ne sait quoi faire de sa vie.  Le jour, il vend au marché et négocie pour son père et le soir il fête, chante et danse avec ses amis. Or, un séjour en prison va le secouer, puis la vie le dépouillera peu à peu de sa vanité pour devenir l’homme humble et charitable que nous connaissons.  Il sera à la fois prédicateur des valeurs évangéliques et mystique perdu dans ses méditations.

Parmi ses premiers ‘’disciples’’, on note la présence de Claire d’Assise, noble de naissance, qui embrassera la vie contemplative en toute pauvreté, fondatrice d’un ordre sous la mouvance franciscaine.

Allons, marchons avec François sous la lumière d’Assise…

Les jardins de Mariam

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Ce recueil est paru en 2016 chez Edilivre.

La vie est pleine de surprises pour qui sait ouvrir l’œil et tendre l’oreille.  Un jour, un ami religieux me met en contact avec une carmélite française vivant en Israël.  Après deux courriels brefs plutôt formels, elle me demande si je connais Mariam Baouardy (1846-1878). Je lui réponds par l’affirmative.  Mariam fut la fondatrice du Carmel de Bethléem et du Carmel de Nazareth.

Fait à noter que j’ai visité quelques années plus tôt ces deux monastères et le lieu nommé Emmaüs dont Mariam eut la vision, sans me douter que j’écrirais sur elle et ces endroits.

La moniale française me lance le défi d’écrire sur Mariam qui est de surcroît une stigmatisée.  Vraiment, un challenge de haute voltige pour un auteur.  « Dans quelle galère vais-je m’embarquer ? », me suis-je dit.  D’un naturel curieux et prisant les défis, je me suis mis à l’heure du personnage, soit une humble converse.  J’ai lu une biographie en italien et sa correspondance en français.

À mon tour, par le biais de l’écriture, j’ai voyagé entre le Proche-Orient, la France, l’Inde, de nouveau la France, puis la Palestine.  Les titres en latin sont là pour donner un charme vieillot aux textes comme on le fait avec le sépia en photographie.

Somme toute, les jardins de Mariam sont autant ceux qu’elle fit aménager et auxquels elle travailla que ses dispositions intérieures.

Une fois le recueil terminé, je vis une nuit en rêve une carmélite au teint basané portant couronne d’épines, les bras en croix s’élevant dans le ciel, la tête inclinée, quand soudainement les épines sont devenues une volée de colombes.  La carmélite française m’a confirmé que Mariam est apparue ainsi à certaines consœurs. Mariam avait guidé ma main lors de l’écriture, puis elle me saluait.  Je pense à elle souvent.

Avez-vous un rituel d’écriture ?

En règle générale, je m’installe à mon secrétaire avec un théière à proximité et j’insère un CD de musique. Cela peut être un CD de Piaf, de Barbara ou Windigo d’Alexandre Désilets. Je ferme momentanément mes sessions sur les réseaux sociaux, question d’être concentré.  Je consulte mon plan d’écriture et je me lance…  J’ai besoin d’une plage-horaire de deux à trois heures pour me sentir satisfait quand j’écris dans mon scriptorium.

Je possède un autre rituel d’écriture, je glisse un carnet dans ma serviette. Ainsi, lors de mes déplacements en train, j’en profite pour y déposer des poèmes ou des segments de prose. J’ai pu écrire ainsi mes recueils de poésie sur Barbara en totalité et en partie mes recueils sur Félix Leclerc et Modigliani.  Le rythme du train qui file vers le Lac Deux-Montagnes me permet de plonger en moi, malgré les passagers qui cherchent à lire par-dessus mon épaule.  Le lendemain soir, je sors à nouveau le carnet marron.

Il m’est arrivé d’observer une romancière qui sort matin et soir son ordinateur pour faire évoluer ses personnages.  Le transport en commun devenant pour elle aussi un café ambulant.

Quel est votre rituel d’écriture ?

Barbara et Félix Leclerc en un même livre audio !

Visuels VOolume format 140x125 - CD BARBARA Félix LECLERC Couverture (1)

Ce CD est le fruit de rencontres artistiques.  Jeune adulte, je découvrais les mélodies et la voix de Barbara, de même que j’avais découvert au préalable l’univers de Félix Leclerc.  J’ai toujours été fasciné par la culture française et par la présence française en Amérique du Nord.

À titre d’écrivain, j’y vais selon mes envies et mes coups de cœur.  Alors, rien d’étonnant si un matin je me suis mis à écouter en boucle des chansons de Barbara et à me documenter sur le troubadour de l’Ile d’Orléans sans raison apparente.

Le défi en poésie biographique de ces deux personnages consistait à recréer le plus fidèlement possible la vie sur scène et la vie hors scène. En me documentant, je me suis faufilé si on peut dire en coulisses, puis j’ai laissé mon intuition me guider d’un vers à l’autre, du premier poème au suivant. J’ai noté un carnet dans le train pour écrire une rime et décrire un paysage, un rideau de théâtre, un piano, une guitare.

Ainsi, le recueil Barbara, ébène et ivoire, paraissait en 2015 chez Edilivre. L’année suivante, je préparais le recueil Félix Leclerc, l’homme et la Poésie paru à la même enseigne. À cette même époque, Adret Web Art me contactait sur Twitter.  Nous nous sommes vite trouvés des affinités créatrices.  Nous développons des projets littéraires. Je leur confie mes mots, mes images et ils les enveloppent de leurs voix harmonieuses et expressives.

Comme la vie se constitue souvent de surprises, la maison VOolume et Adret Web Art ont eu l’idée de ce livre audio original réunissant la France et le Québec pour honorer deux ambassadeurs de la chanson d’expression française. Je leur en suis très reconnaissant.

CD Auguste Rodin, la vie à pleines mains / Camille Claudel, la valse des gestes

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Choisir sur qui écrire relève du désir et d’un brin d’audace, surtout en poésie biographique.  On s’établit une vague liste, mais en fait ce sont les personnages qui marchent vers nous. Ils se glissent subrepticement et finissent par imposer leur présence comme une évidence. En prenant la plume et le clavier de l’ordinateur, on sait qu’on aura à leur déclarer notre admiration, voire notre amour.

Comment un Québécois ose-t-il se tourner vers ces monuments de la culture française ? Le Québécois que je suis vous répondra que, par la langue de Molière et de Leclerc, j’inscris la culture française dans celle de la francophonie.  Depuis mon enfance, je suis fasciné par la culture française.  J’entends encore Piaf, Reggiani, Ferrat et même Dalida interpréter Avec le temps de Ferré, par un dimanche après-midi pluvieux au salon de mes parents.

Dans les années 1980, j’avais assisté dans un théâtre montréalais à une très belle adaptation de la biographie Une femme d’Anne Delbée, sous le choc de ce si beau personnage.

En 2013, une amie d’origine brésilienne m’avait dit que son premier livre lu en français était cette biographie.  Je me suis alors rappelé la lecture de cet ouvrage et la pièce vue.

Un matin de 2015, je me suis réveillé en me disant que j’écrirais sur Camille Claudel, sans trop savoir pourquoi ni comment la sculptrice allait en quelque sorte influencer ma propre vie…  Deux jours plus tard, je débutais la lecture de sa correspondance.  Par la suite, j’ai confié mes mains à Camille pour qu’à travers moi elle raconte sa vie.  À ma grande surprise, les premiers textes furent liés à la période d’internement, puis je lui ai demandé d’emprunter doucement les sentiers de l’enfance.

À cette même époque, les échanges sur Twitter avec Jacqueline et Jean-Claude Barral d’Adret Web Art ont mené à une première complicité artistique.  Jacqueline a prêté sa voix vibrante à Camille d’abord sur YouTube avant de créer avec une équipe de chercheurs sur le livre et la lecture un spectacle 3D en immersive à partir d’extraits de mon recueil Camille Claudel, la valse des gestes sur la plateforme EVER de l’université de Strasbourg, en France.

Au fil du temps, j’ai eu peine à laisser aller Camille, comme si je ne voulais pas l’abandonner à son triste sort.  Je me suis longuement questionné avant d’en arriver à la conclusion que je retrouverais Camille dans le regard d’Auguste Rodin.

À Paris, j’ai pu visiter le Musée Rodin, fasciné par le gigantisme de certaines pièces, par l’expression dramatique des Bourgeois de Calais et par la Porte de l’Enfer, tout autant que par la dentelle sculptée qui me semble définir le mieux les œuvres de Camille Claudel, conservées dans une section lui étant consacrée. En 2015, j’ai visité deux fois au Musée des Beaux-Arts de Montréal l’exposition Rodin – Métamorphoses.

Je suis très conscient du fait que les cinéastes et les comédiens ont trouvé chez ces deux amants un matériau créateur hors du commun.  Ainsi, je me joins à eux et j’ajoute mon propre éclairage en essayant de restituer le plus possible la vie d’atelier, les questionnements sur l’art et les tourments causés par l’amour.  Je vous avoue que j’adore Camille et que je respecte Auguste.

Oui, je parle souvent d’eux en les appelant : Camille et Auguste.

Or, nous vivons en des jours où il est de bon ton de louanger Camille et de conspuer Rodin.  À ma façon, j’ai voulu modestement rééquilibrer les faits en livrant la perspective d’Auguste Rodin sur leur histoire.  Je pense sincèrement que Rodin a réussi sa vie d’artiste et qu’il a échoué sa vie intime.  Après l’échec amoureux et le dépit éprouvé à l’égard de Rodin, Camille fut sacrifiée par sa famille sur l’autel des convenances.  Rose Beuret, la compagne, souffrit des infidélités du maître sculpteur.  Auguste Beuret ne fut pas reconnu officiellement à titre de fils légitime.  On suppose que les enfants de Rodin et de Camille furent adoptés par les familles des nourrices auxquelles on confia les poupons.

Par ce CD contenant mes deux recueils, vous entendrez les lectures touchantes et l’environnement sonore conçu par Adret Web Art.  Camille Claudel y prend vie avec toute sa ferveur créatrice et Auguste Rodin se confie tout simplement.  L’auditeur devient le témoin de leurs échanges tumultueux et de leurs destins.

À titre d’information, sachez qu’on peut aussi trouver chez https://voolume.fr le CD Auguste Rodin + livre et le recueil sur Camille Claudel en téléchargement.  La parution du recueil sur Rodin en téléchargement existe également.

Bonne découverte !