Pot d’argile et pousse de cèdre

Pousse de cèdre

Trouvée

Ramassée

Dans une plate-bande fleurie

Transplantée

Dans un pot d’argile

Par le gel

Éclaté

Fracassé

Fragments à confier

Au potager

Pot d’argile

Sa course terrestre

Finira

Au pied du cassis

Rescapée

Pousse de cèdre

Sera dorlotée

Chouchoutée

En ma demeure

Avant de connaître

Dans deux ans

De l’hiver

Les rigueurs.

 

© Photos, texte, Denis Morin, 2020

Entre deux saisons…

Cèdre-glaçon

Cèdre-glaçon

N’a qu’une seule envie

La fonte

Le recul

Du froid

Et les chauds rayons

Cèdre-glaçon

N’a aucun intérêt

Pour des chansons

Des ballades

Du poète

Balancement du recyclage

Dans les grands bacs

Tout près

Papier, verre, plastique

Gymnastique

Doigts figés

Main de glace

Puis léger silence

Entre deux Saisons de Vivaldi.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Les jardins dorment…

Conifère-Ile Bigras

Par une fenêtre

On devine les êtres

Dehors

On dessine grossièrement

On photographie sommairement

Un arbre agité

Par les intempéries

Ne perds pas patience

Tu as le cœur à l’envers

Mais les jardins dorment

Sous la neige

Le froid

Gerçures

La rafale

Morsure

Joues rougies

En espérant les pommiers fleuris.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

 

 

Sotto voce

Tulipe1

Les fleurs dorment toujours

Sous la neige

Tu l’as toujours su

Et moi, j’ai toujours nié

Que les bourgeons d’avril

Les fleurs de mai

Sont engourdis

Au creux des arbres

Au creux de ton cœur

Ça, tu l’as toujours su

 

Les fleurs dorment toujours

Sous la neige

Au piano, fais-moi un arpège

J’aurai l’évidence

Je me tairai

J’avouerai

Que tu as raison

Une fois de plus

De ressentir la musique

Et la vie sous une apparente mort

 

Les fleurs dorment toujours

Sous la neige

Tu me parles de la poudrerie

Qui soulève les flocons

Je t’écouterai

Je retiendrai tes paroles

Quand tu me déclares

Sotto voce

Che i fiori dormono sempre

Sotto la neve.

 

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

 

 

 

 

 

Le coyote

Arbre et pont

Défilement

Déchirement de l’onde

L’arbre projette-t-il

Une ombre

Griserie ferroviaire

Grisaille

En contrebas de l’image

Des ouvriers tiennent cisaille

Ou un marteau-piqueur

Qui gomme la musique

Pic-bois en chômage

Souhaitons que les colverts

Échapperont un instant

À la dent

Du renard fauve

Tiens, les ouvriers

Portent des bottes

De la même livrée

Que le coyote

Aperçu

De l’autre côté de la rive.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

La vigne

Vigne

Elle sert de perchoir

Aux oiseaux

Elle donne espoir

Par temps beau

Malgré son écorce

En oripeaux

Les raisins mûrs

Sont tombés

Sous le bec des étourneaux

Qui s’en sont régalés

Elle sert de labyrinthe

Aux mulots

Elle sert de passerelle

Aux écureuils

En quête d’arachides

Et les geais bleus sont avides

Veillant sur la vigne.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

 

Buée et fumée

Buée

La buée

S’échappait

Des pores

Des immeubles

Comme l’écume roulant

Sur les flancs d’un poisson

 

La fumée

Était libérée

Par les buildings

En une matinée si froide

Que le givre

Prenait dans la moustache

À l’orée des narines

 

La buée

Recouvrait

Mes verres

La fumée

S’exhalait

De mon souffle.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

 

Minute

Doigts de la fée

Minute, dis-je !

Minute, fige

Comme l’oiseau sur une corde à linge

Par un matin hivernal

 

Minute, pas le temps

Nul besoin de compter

De me décrire

Les grains de sable

 

Serais-tu trop aimable

Pour retourner le sablier

Sur son pied

Serais-tu trop affable

 

Laissons les contes

De côté, les ogres et les fées

D’ailleurs, ces dernières

S’esquivent sur la neige.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

 

 

Autoportrait

Auto-portrait

Autoportrait

Du poète

Quasi anonyme

Se déplaçant

À pied

Ou dans le ventre d’un train

Capteur de rêves ambulant

Il glisse et tombe

Par trois fois en janvier-février

Il note

Il photographie

L’air ambiant

Silencieux de nature

Il se met à parler

Passionnément

Si un sujet l’intéresse

Et pour toute autre question

Veuillez vous adresser

Au bureau des abonnés absents.

 

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

 

 

Un parfum

Vue du train

Bruine

Devenue frimas

Perles

Cristaux-frontières

Entre le paysage qui s’effiloche

Et un passager par un matin

Moche

Du moins, le perçoit-il ainsi

Pourtant, lumière

Au rendez-vous

Entre point A et point B

Entre lieu de départ

Et lieu d’arrivée

Surprise dans une boîte de réception

Surprise tel un oiseau qui se pavane

Un parfum dans l’allée

Qui ramène à l’été.

 

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

L’ordre du jour

Arbreetcielrose

Encore et toujours

Un ciel rosé

Un arbre

Une maison

Le tout éclairé

Au petit matin

J’aime autant l’aurore que le crépuscule

Tout cela peut sembler ridicule

On dirait

Cette maison

Édicule

Entrée

Sur jardin céleste

Branches à gravir

Pour atteindre les nuées

Où la félicité est notée

À l’ordre du jour.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Il se fait tard

rueGagnierDM

Il se fait tard

Plus de train

Juste un bus express

Reliant le métro

À une ville de banlieue nord

L’œil fatigué

Et la main qui tremble…

Lampadaires flous,

Fous

Étoiles filantes

Le passager marche

Lentement

Pieds sur glace noire

Crainte de tomber

Fascination

Pour cette lumière jaune

Rehauts éclatants

Sur fond de nuit.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Une fois de plus

Entrelac

Miroir d’inox

Archipel de glace

Objet non identifié

Sur quai de gare

Hiver poétique

Malgré tout

Les yeux s’ouvrent

Je boirais bien

Un verre d’absinthe

Je sais, je sais

Un verre d’absinthe

Danger avec usage

Je naviguerais

Ici, à gauche

Là, à droite

Déplacez-vous dans ces entrelacs

Sans billet

Sans filet

Vos ongles élaboreraient

Le tracé

Je sais, je sais

Nous avons loupé le train

Une fois de plus.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Bécaud

Rue Bellevue

Matin

Lever

Tôt

Trop tôt

Mais juste l’heure

Pour goûter ce rosé

À l’iris offert

L’un se dirige

Au boulot

L’autre à l’école

Le jour n’a pas tout à fait

Pris son envol

Moment en équilibre

Sur ma rue

Quittant le seuil

De chez moi

Direction la gare

J’ai un air

À l’esprit

Du Bécaud

Avec son train

Pour quelque part…

 

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Feuilles captives

Feuilles givrées

L’eau devenue glace

Les feuilles furent prises

Captives de l’eau gelée

Évocation du temps qui défile

Seuls la chaleur

Et le sel peuvent raviver

La course des feuilles

Qui auraient bien aimé

S’envoler vers d’autres cieux

Comme le firent

Les oies blanches

Et les outardes

En survolant à temps

Les forêts embrasées d’octobre.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

 

Nature morte

Les étourneaux

Et autres migrateurs

Les avaient oubliés,

Les fleurs de mai

Les fruits de l’été

 

Le gel avait capturé

Les sucs, les parfums

Nature morte

À qui sait regarder

La beauté offerte

Même en hiver

 

Le propriétaire

Les oiseaux locataires

Étaient passés tout près

Sans porter attention

À une denrée gelée

Toujours aussi sucrée.

 

© Photos, texte, Denis Morin, 2019

 

 

 

Les beautés endormies

FeuillesBassindeau

Les beautés immobiles

Gisent sous un couvert

De glace

Ne s’aventureront plus le héron gris

Et les oiseaux

Prenant bain de sable

Puis bain d’eau

Battements d’ailes

En juillet

Je m’en rappelle

Au bassin gelé

Et cette faune s’envolait

À la vue des chats

Qui circulaient

Au fond du jardin

Les écureuils regagnaient

Les haies

Maintenant la neige

Et le frimas

Prendront soin

Des beautés endormies.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

Silencieuse samba

Fait divers

Ce devait être

Fin d’hiver

Le vingt mars

Au soir

Pourtant, de mon observatoire

Je constate

Le retard du printemps

Neige au sol

Pas de parasol

En vue

Fait divers

Ce devait être

Fin d’hiver

Reportons à plus tard

Coupe de rosé

Ou de sangria

Silencieuse samba

Le vent est froid

Sous la tonnelle…

Tonnelle

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

Sur l’autre rive

Partir,

Me dissiper,

M’anéantir

Me fondre

Comme une rivière en débâcle

Comme une saison si blanche

Si grise

Si terne

Dont on se lasse

Dont on délace

Les bottes

Pour qu’elle puisse justement

Partir

J’accroche

À la patère noire

Mes vêtements d’hiver

Tes vêtements d’hier

Pour aller te rejoindre

Sur l’autre rive

Où la grive

Et le soleil

Donnent au jour

Des éclats vermeils

J’arrive(rai)…

 

© Texte, Denis Morin, 2019

Achille

Vélo métro HB

Achille se pète le genou

Se masse le tendon

Lance son chapeau

Remonte ses bretelles

Déchire son foulard

Tellement il en a assez

De faire du surplace

Dites les badauds

Que feriez-vous à sa place ?

Madame la mairesse

Se la joue cigale

Pendant que les cols bleus

Se la jouent fourmis

Achille referme son manteau

Met ses crampons

Le printemps saura bien revenir

Tout comme son vélo

Pris dans un étau de glace…

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

Sang-mêlé

Je suis de sang-mêlé

Avec des patronymes français

Flottant dans les cordages

Pour seul bagage

L’espoir

L’un d’eux avec un titre reçu

Un autre, noble déchu

Appels du vent

Bientôt des histoires anciennes

Saint-Malo et La Rochelle

Échos du large

Chargé d’air salin…

Non loin de l’Écosse

Une aïeule et son tea pot marron

Se glisse dans la généalogie

En devenir

Dans sa cuisine

Ça sent toujours ses bons biscuits

Recettes transmises entre cousines…

Pour les yeux bridés

Et la peau cuivrée de l’enfance

Y a-t-il mal à être Malécite

Par icitte

Sur le bord d’un long fleuve

Piège à peintre, à touristes

Gouffre continuel à tempêtes

Dans ce pays d’hiver

Se conjuguèrent

Misères paysannes

Misères ouvrières

Je veux plus que vos vies d’usure

Je vais mieux

Grâce à vous,

Salutations respectueuses

Aux valeureux ancêtres

En ce poème réunis.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

Instants de grâce

S’est posée la neige

Sur ses paupières

Puis non loin de sa bouche

Étrange fard à joue

Ces cristaux à géométrie variable

Sur le point de fondre

Aux actualités

Des indices boursiers s’effondrent

Laissons là les vanités

Du monde

Et revenons aux instants de grâce

Elle regarde

Les enfants jouer

Ce soir, elle devra étudier

Des partitions de la savante Bénédictine,

Une certaine Hildegarde.

 

© Texte, Denis Morin, 2019