Mandala et vigne

Coin de ciel

Mandala végétal

Asymétrique

Qui s’étale

Dans un carré de ciel

Sous la tonnelle

Regard étonné du chien

Poète croquant cliché

Instant passager

Nébulosité variable

Vigne avec des envies d’envol

Itinéraires possibles

Les vrilles s’accrocheront

À toute anfractuosité

À tout relief

Piège à refermer

Coin de lumière

À recouvrir

À dégager

À tailler par jardinier entêté

À conquérir

Par vigne tout aussi obstinée.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Le temps d’une ballade

Boisé-Roger-Lemoine

Au milieu des ombres végétales

Se regagne le souffle

Sous le canopée

Pause de l’été brûlant

Ici, rais lumineux

Esquisse de chemin

Chlorophylle suspendue

Seuls quelques banlieusards

S’y aventurent

À vélo ou à pied

Aucun risque

De s’y perdre

Le temps d’une ballade.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Coccinelle et ombrelle

Cocinelle

Petite coccinelle

Cherche la fraîcheur

Et transforme

Feuillage d’églantier

En ombrelle

Que de mystères

À conserver sous les élytres,

Sorte de livrée

À pois

Pouvant inspirer

L’audacieux couturier

Les pucerons

N’ont qu’à fuir

Cet élégant prédateur

Qui ravit

Enfants et jardiniers.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

 

Au sortir d’une corolle

Bourdon

Ça me bourdonne

Dans l’oreille

Acouphène qui s’éveille

Ou prémonition

C’est pareil

Vibrato

La réponse surgira

Dans quelques secondes

À la porte

Ou au sortir

D’une corolle

C’est pareil

Car c’est la vie qui s’éveille

Ça me bourdonne

Dans l’oreille

Ce peut être toi

Que je tire

Du sommeil

Ce peut être toi

Qui s’annonce

Au sortir

D’une corolle.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

 

Assiéger

Arbre-chaise

La chaise

Finit à l’envers

Sur le tronc

Sur une souche

D’un érable

D’un frêne

Centenaire

Calcul impossible

Des anneaux

Mais on voit bien

Aussi vieux était-il

Que l’immeuble derrière

La chaise

Indique

Fin de récréation

Fin de parloir

Une vie finie, aux rebuts

Économe d’espace

La souche

Et la chaise-siège

Auraient pu finir

Ailleurs

Mobilier possible

Dans une bibliothèque

Vintage déclassé

Courez les soldes

Si tous ces vieux objets

Pouvaient nous assiéger…

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

 

L’arbre se mire

Brumes

En état d’apesanteur

L’eau s’élève

Tout comme le silence

Poudre rose

Dans l’air du matin

Le train

File

Au-dessus de toute polémique

Fermez vos journaux

Instant de grâce

L’arbre se mire

Se refait une beauté

Miroir noir

Photographie

Je la montre

À qui veut bien

Les réseaux sociaux

Font tchou-tchou.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

 

 

Comme tortue…

Boule&bol

Bol à café

Bol à soupe

Bol à pâtes

Renversé

Pour former

La carapace d’une tortue

Sur laquelle le monde

Évolue

En couches multiples

Le poète imagine

Ce que d’autres ne voient pas

Cosmogonie

De cuisine

Vestiges de Chine,

De l’Inde

D’un savoir amérindien

Le poète s’incline

Face aux méridiens

Aux fuseaux horaires

Il bat retraite

Ou va son chemin

Si lentement

Qu’on ne prête guère attention

Aux tortues

En voie de disparition.

 

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

La feuille ajourée

Coeur ajouré

La feuille ajourée

Avait connu le printemps

La morsure de la chenille

Le passereau et ses coups de bec

Les tiraillements des enfants

 

La feuille ajourée

Avait senti la brise

Et ta bise

Ses nervures

Abritaient la sève

 

La feuille ajourée

Telle une dentelle de Bruges

Flétrie, mais jolie

Tout de même

De quoi m’inspirer ce poème.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

Nature morte

Les étourneaux

Et autres migrateurs

Les avaient oubliés,

Les fleurs de mai

Les fruits de l’été

 

Le gel avait capturé

Les sucs, les parfums

Nature morte

À qui sait regarder

La beauté offerte

Même en hiver

 

Le propriétaire

Les oiseaux locataires

Étaient passés tout près

Sans porter attention

À une denrée gelée

Toujours aussi sucrée.

 

© Photos, texte, Denis Morin, 2019

 

 

 

La feuille cuivrée

FeuilleCuivrée

Feuille cuivrée

Donnée

Par le chêne

Haut de sa dizaine d’années

Remède contre la morosité

Chant des fées

Si on sait bien écouter

Le souffle entre les branches

Surtout un dimanche

Elle est tombée

Au sol

Et c’est sur l’herbe jaunie,

Flétrie

Qu’elle me fût remise

Comme présent

Comme gage d’un printemps

Promis d’avance

Rien d’autre à ajouter

Si ce n’est que l’arbre

Conserve sous l’écorce

La sève

Des nouveaux bourgeons

D’une nouvelle feuillaison.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

 

Le bruissement des feuilles

Monarque

Avant la migration,

Les premiers gels

Le papillon monarque

Se délectait du nectar

De corolles colorées

Tout y passait

Le mauve, le bleu,

Le rouge, le jaune

Le bruissement des feuilles

Ramenait l’insecte

Qui se délectait

Avant son départ

Vers le sud

À la logistique

De l’envol

Partirait-il seul

Ou avec ses congénères

En un nuage cuivré

Défiant les vents

Les averses soudaines

Qui plombent les ailes…

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

Le rouge

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J’ai vu dans ce rouge

L’Angleterre

La tête d’Anne Boleyn

Coupée au col,

Puis la chevelure d’Elisabeth, sa fille, enflammée

 

J’ai vu dans ce feuillage panaché

Un élan

Freiné par une meute de loups affamés

Sur le pourtour d’un hiver

Aux confins de la forêt

 

J’ai vu dans ce rouge

L’habit d’un soldat anglo-écossais

Je l’avais baptisé James

Il avait dessiné son visage sur une vitre embuée

Il hantait en douce ma maison

 

J’ai vu dans ce rouge

Les splendeurs de Byzance

Rome en feu sous Néron

Les sols du Nord en fonte

Et Greta telle une Jeanne d’Arc

 

J’ai vu dans ce rouge

Ta peur en sortant du Bataclan

Ta ferveur face à Notre-Dame en fumée

Ta volonté de vivre en paix

Malgré les rumeurs de guerre.

 

© Photos, texte, Denis Morin, 2019

 

 

Du thé-extase

Églantier

De chez moi,

Pétales d’églantier,

D’églantine comme on dit

En France

Sont sur le point de s’assécher

Tout est encore odorant

La couleur s’intensifie

Puis je mélangerai

Avec mon thé Earl Grey

Déjà aromatisé à la rose

Ainsi je verrai la vie en rose

Par conséquent,

J’oublierai les tracas

Momentanément

Qui me rendent morose

J’en bois justement

Une tasse

Et c’est l’extase.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

Notre petitesse dans l’univers

Baleine

Baleine échouée

Taureau de corrida

Saigné à blanc

Personne au banc

Des accusés

Épave

Rien de trop grave

Retournez à Netflix

Forêt en miniature

Fragment de nature

Le lichen s’agrippe

Encore

À l’écorce, sa monture

Actualités en déconfiture

On prédit une guerre

Le cours de l’or

À la hausse

Les hydrocarbures

Auquel on devra renoncer

Dauphin retourné

À la mer

Celui-là aura échappé

Au massacre

Des militants sur une place

Rappel de notre petitesse

Dans l’univers.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

 

Prière de ne pas déranger

Chêne automne

Ce siècle sera-t-il

Essentiel

Ou futile

À la bonne course des étoiles

Et de l’humanité

Sommes-nous

Parvenus

Au bronze, à l’argent

À l’or

Or, devrions-nous être

Indifférents

À cette course à l’argent

Au blé

Qui flambe

Entre le pouce et l’index

Pour que l’on cesse

D’exploiter/D’abuser

De nous entretuer

Ce siècle sera-t-il

Essentiel

Ou futile

Pour l’instant,

Je lève les voiles

Prière de ne pas déranger…

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

La tête à l’envers

ParcNicolas-Viel

L’arbre est dans ses feuilles

Comme le chante Zachary

L’arbre est dans un cri

Celui de l’oiseau

Qui cherche où se percher

En attendant la lente croissance

D’une forêt en devenir

L’arbre est dans ton dessin,

Celui de ton enfance

Pourtant pas si lointaine

Où tu glissais en pleine insouciance

Parfois la tête à l’envers…

 

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

J’en ai marre

Lunatique

Lune à tiques

Tu as des tics

Vous agissez

En fonction de vos tocs

On cogne à la porte

Ça le désarme,

Le déstabilise

On le ridiculise,

Pense-t-il

Les feux sont-ils

Éteints au Brésil

Dis-moi

Parle-moi

De choses insipides

Comme la tenue d’une comédienne

À un gala

Comme les séances de maquillage

En ligne

On se place en deux files,

Les petits en avant

Les plus grands en arrière

En fait, devant qui

Doit-on s’incliner

Plier l’échine

Des cétacés se font égorger

Chaque année

Aux îles Féroé

J’en ai

Juste marre des imbéciles.

 

 

© Texte, Denis Morin, 2019

Amazonie

Pendant que l’Amazonie flambait,

Nous partagions un pichet de bière

Sur la rue Saint-Denis ou sur Mont-Royal…

Pendant qu’il faisait un temps idéal

On ne devait pas se soucier de septembre

Et des obligations sociétales…

Pendant que se tenait la Mostra de Venise

Sur l’Atlantique, une jeune Suédoise traversait

Pour convaincre d’une urgence mondiale…

Pendant que l’Amazonie flambait

À Londres, du Brexit on parlait

Bientôt, il n’y aura plus de carnaval.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

 

 

 

La main gantée

Doigts-arbre

En contemplant cet arbre,

J’y ai vu une main

Et des doigts larges

Comme des troncs d’arbre,

Singulière métaphore

 

Là, une paume ouverte

Soutenant

Avec un effort titanesque

Le temps qui passe

Et qui fissure

Tôt ou tard

Les fibres de notre être

 

L’écorce

Rugueuse

Se glisse

Sur le bois

À la manière

D’un gant

Muni d’écailles

Pas de torture

Pour concevoir

Une telle pièce

De vêtement.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

 

Verte chenille et cassis

Chenille-cassis

C’est la mi-août

Cueillette de baies

Au jardin,

Le cassis est mûr

On rêve à la confiture

Ou aux tartes

Par anticipation

On s’en délecte

Nul doute

Que cela tournera

En souvenirs

L’été se résume en saveurs…

Fraise, framboise,

Bleuet, cassis

Après la cueillette

Le poète

Pense aux papillons

Quand apparaît une verte chenille

Il la photographie

Parmi les baies

Avant de la déposer

Sur feuille de vigne

Elle sera passée ainsi du potager

À la tonnelle.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

 

 

Nature morte

Branche

Nature morte

Branche à la sève vive

Arrachée à un tronc

La nature morte

Consiste normalement

En un plateau de fruits

Et / ou d’un animal chassé,

Le tout saisi

Par l’œil du peintre

Mais dans ce cas-ci

La nature morte

Réside

En la main du con

Qui a détruit

Ce fragment de vie

Sur le point de se dessécher.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

Renaissance

FicusBenjamina

Ce ficus benjamina

N’était que chicot desséché

Sur le point de passer à la corbeille

Le poète l’a tailladé

Jusqu’au vert tendre

De son tronc,

Il a retiré

Tout le bois mort

Il ne restait que cinq centimètres hors terre

Il l’a bichonné,

Mis en évidence

Sur un coin de céramique désert

Dans la salle d’eau

La lumière,

L’humidité,

L’engrais

Le poète a cru en son arbre

Et l’arbre a crû

Et ne cesse de croître encore…

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

 

Entre deux brins d’herbe

Geai bleu

Entre deux brins d’herbe

Elle reposait superbe

La plume

Du geai bleu

Magnifique corvidé

Si l’on pouvait évider

Ce bleu et ce noir

D’un quelconque fruit

Les extraire

D’un quelconque regard

Mystère

J’imagine une livrée

Aux reflets moirés

Ou encore une couverture

D’un recueil poétique

Je reste bouche bée

Entre deux brins d’herbe

Elle reposait superbe

La plume

Du geai bleu…

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019