
Depuis 2020, deux romans et trois nouvelles parues dans trois collectifs ont vu le jour sur les presses. Je fais autant que dans le lumineux que dans le plus sombre. Je suis un clair-obscur.

Depuis 2020, deux romans et trois nouvelles parues dans trois collectifs ont vu le jour sur les presses. Je fais autant que dans le lumineux que dans le plus sombre. Je suis un clair-obscur.

Hémérocalle
Et asclépiade
Donnant sur esplanade
L’araignée reste à l’affût
Le monarque papillonne
Ravi
Le photographe
Vise
Appuie
Sur le rond
De son écran tactile
Grâce capturée
Fragile été
Continental et nordique
Neige et verglas
Gommés par l’esprit
Vivons juillet
Et son air de fausse Californie
Voisin affairé
À cuire grillade
Ravi
Le photographie
Se concentre
En la beauté de l’instant.

Pavot pivote
Sous le souffle
De l’été
Gavotte
Il en perdra bientôt
Sa tête
Son habit de fête
Orange brûlé
Presque rouge
En début de floraison
Comme les heures
Se réduisent
À poussières
Feuillage se dessèchera
Puis tout verdira
À nouveau
Vers septembre
Le poète se remémore
Gâteau
Aux graines de pavot
Que mère lui servait
Avec tasse de thé au lait
Réminiscence.

Ces cognassiers
Se la jouent
Cerisiers en fleur
Au Japon
Puis abeilles et bourdons
Butinent
Glanent
À leur insu
Pollinisent
Abandon de l’habit floral
Si rouge
Comme on se défait de l’uniforme
Mis en inventaire au musée régional
Puis on passe au vert dense,
Presqu’émeraude
Sous la pluie
Enfin des excroissances,
Des fruits en genèse
Se montrent au grand jour
Mais patience
Point de récolte
Avant les gelées automnales
Comme d’habitude
Poète écorché
Manche abîmée
Main piquée
Par les épines pointues
Toute cette galère
Pour des pots,
Alvéoles de verre translucide
Et gelée bien ambrée.

Les mots
S’écrivent
Les sentiments
Se décrivent
S’esquivent
Se rentrent dedans
Le doigt
Appuyé
Touche enfoncée
Une lettre
Apparaît
Sur le papier
Est-ce bien la pensée
De l’homme
Ou fantasme
Ou délire
Du poète
Seule la machine s’en doute
Elle se fera confidente
Du scribe de jour
De l’écrivain de soir
Conquête illusoire
Expressive complice
Elle veillera sur moi
Dorénavant
Comme corbeau
Juché sur haute pierre
Mais elle ne pourra que conserver
En son giron de fonte
Des mots,
Faute de fromage,
Car je ne suis pas renard de fable.

Isabelle Duguay
Et sa Roseraie
Envoûtement
Sur bitume et béton
Évasion picturale
Au cœur de la ville
Les parfums sont imaginaires
Supposons ce décor pour vrai
En plein air
Il y aurait des abeilles,
Des papillons aux ailes nacrées
Une faune aviaire
Des enfants jouant au cerceau
Des femmes sous les ombrelles
Des hommes lissant la moustache
Il y aurait un vendeur
De glace à la pistache
Nous serions donc
À peu de choses près
Transposés
Me diriez-vous
Dans une toile impressionniste
Ne manquerait plus
Qu’un déjeuner sur l’herbe
Pour vous voir
Le rose aux joues.
Le nouveau remplace
L’ancien
Dégage
Toujours ce goût
Pour le neuf
La souris est partie
Le pigeon n’y pond
Plus
Ses œufs
En corniche
Dans le matin,
J’entends une sténo
Taper
La lettre dictée
Par le patron
Sur la ville
Au dernier étage
Impression de domination
Sur les affaires
Mais tout se désagrège
La patron et la sténo
En cendres
Survivant dans la tête
Du poète
Je respire derechef
Le café noir amer
Du lundi matin
Les boiseries, le cuivre,
Les marches de marbre
Aux rebuts
La ville s’affaire
À sa reprise économique
Les badauds
N’ont que faire
Des immeubles d’avant
Les marteaux piqueurs
Couvriront la rythmique
Des sténos
Et les tours à condos
Remplaceront
Briques et pierres de taille
On se sent
Si souvent
Sisyphe.

En cet été 2021, j’ai eu le privilège et la joie de participer à Cadavres écrits, ce collectif de nouvelles paru dans la collection Black Files chez JDH Éditions. Yoann Laurent-Rouault, directeur de la collection et illustrateur, a lancé l’idée du projet sur un fil WhatsApp destiné aux gens de la maison. En une journée, il avait trouvé les membres de cet opus.
Nous sommes dix écrivains qui avons imaginé ces histoires à vous faire frémir de peur. Mais il y a tout de même une saine émulation entre nous, voire une franche camaraderie. Ma nouvelle s’intitule En toute impunité. Qui se sortira vivant de cette folle aventure ? À vous de découvrir.
Cet opus peut se commander via la FNAC, Cultura, etc.
On a droit
À la robe écarlate
Du lys asiatique
Ce serait du plus bel effet
Sous un flamboyant
À Huê,
Vestiges de l’ancienne cité impériale
Toulouse Lautrec aurait imaginé
Des folies bergères il oserait
En repeindre
Encore
Et vous assistez,
Non loin de là
Aux premières loges,
Au déploiement des fougères
Gracieuses,
Toutes laurentiennes
Soient-elles
Degas les aurait appréciées.

Ce jaune
Te va à ravir
Et que dire
De ce rouge,
Il s’étale
Fard à joue
Rouge à lèvre
Pas d’indifférence
Dans l’intensité
Le fébrile été
La lumière capturée
En pigments
Poudroie
Sa beauté
J’entends les oh ! et les ah !
Que d’incandescence !<

Pour la petite liseuse
De Nagasaki
Au kimono coccinelle
Et les amis aux vêtements fleuris…
Tout reste
À ne pas répéter
À réparer
Les anciens se souviennent encore
Les plus jeunes
Au musée
Défilement d’écoliers devant les photos d’archives
Visages sépia
Scènes partiellement oxydées
Encore hier
Fukushima
Un tsunami
Ce monde se fissure
Eaux contaminées…
Défi du poète
À l’écrivain.e
Que ces figurines
Vous inspirent
Un tout autre parcours
Une autre fin.

Le blanc
Émotions toujours intactes
Vêtements des grandes occasions
Pureté
Même si ça semble cliché,
Capture de la lumière
Par l’objectif
Retrait du poète
Un pas en arrière
L’insecte se gavait de nectar
La corolle offerte
Au passage ailé
Le parfum tout de même
Disponible
À distance
Plus haut, une toile d’araignée
Contournée
Habilement
Arabesques du papillon
Retour à sa fleur
D’un blanc
Si surnaturel.

Par-delà les fougères
Le poète appelle
Les vivants et les morts
Le remords
C’était pour hier
Maintenant, l’absence
Et ce besoin viscéral
De vivre
Pour combler le vide
Par-delà les fougères
Un murmure
Comme une prière
Relents de l’enfance
De l’errance
Qui suis-je
Que puis-je
Accomplir
Il pleut
Il vente
Le ciel s’assombrit
Par-delà les fougères.

Ayant quitté
Son habit de tristesse
Le poète a revêtu
En ce dimanche
La robe blanche
Des pivoines japonaises
Écloses
En son jardin
Rien ne les indispose
Épanouies
Contre les grands cèdres
Elles prennent leur aise
Pour mon plus grand bonheur
Banalité me dites-vous
Qu’aimer les fleurs
Et me perdre
Dans la réminiscence
Des parfums, des tissus
Du modelé baroque
Des pétales
On dirait une peinture
Même Le Caravage
Aurait égaré ses pinceaux
Dans ce floral plumage.

Un souffle
L’été
Dépôt d’une graine
Germination dans une fissure
L’eau s’est insérée
Croissance de racines
Longues, oblongues
Croissance d’un arbrisseau
Le proprio
Crut bon
De le confier au soleil
Qu’il vive
Qu’il meurt
Cette exubérance végétale
Personne n’a brisé ses branches
Inhabituel spectacle
Au sortir du métro
Le diésel des autocars
N’a pas altéré sa grâce.


Dialogue de sourds
Entre l’éclatant pavot
Avec son robe
Rouge vif
Et la sauge médicinale
Prête à être croquée,
Séchée,
Infusée
Au pavot
Les oh ! admiratifs
Sont de mise
Pour ne point l’offenser
À la sauge médicinale,
On s’étonne de sa grâce
Naturelle
Sans artifices aucun,
À la limite, si banale
Ce n’est pas de la lavande,
Me direz-vous
Le chat de la voisine
S’avance
Course au travers du jardin
Poursuite de la marmotte
Bain de soleil
En terrasse
Du chien
Étonnement du canin
Par tant d’agitation
Entre le rouge pavot et la sauge médicinale.


Ivresse des corolles
Les fourmis
S’égarent
Dans les plis
Et replis
Les bourdons
Les abeilles
Les papillons
Attraperont un numéro
Comme au marché
Pour se délecter
Des effluves parfumées
Seul l’orage
Provoquera
La chute de ces beautés
Pour l’instant,
Je ne peux que contempler,
Plongée dans le ravissement.

C’est le rouge
Et le bleu
Qui sautent
À tes yeux
En devenir
Le fruit du cognassier
C’est le rouge
Et le bleu
Qui pourraient s’inscrire
Et s’écrire
Sur le papier
Sur une toile
L’instrument varie
Mais l’œuvre
Réside là
En sa florale genèse
Un bourdon fait le guet
Si j’approche
De trop près
Il me rappelle à l’ordre
Ces fleurs sont pour lui
Ces fleurs sont pour toi
La rêverie s’accomplit
Et je n’en suis que le messager.

Fleur-soleil
Abeilles repues
Corolle n’est plus
Sphère
Atmosphère
De neige en juin
Graines disséminées
Par les vents
Tu m’en diras tant
Les feuilles de pissenlit finiront
En salade
Et toi, tu partiras
En balade
Avec ton chien
Et sa puce
À l’oreille.

Rose pivoine
Froufrou de papier
On imagine
Une crinoline
Un souffle
Une légèreté
Un je-ne-sais-quoi
De la starlette
Un pigment rosé
Appliqué sur les joues
Avant l’entrée en scène
Rose pivoine
(Dé)pliage
L’éventail
Toujours utile
Par canicule
Des spectateurs rougissent
En première rangée
Elle, aveuglée
Par une lumière
Rose pivoine
Chante
Un nouvel amour
De cabaret.

Têtes de foreuse
Creusant
Des caries
Dans la terre
Si près des cônes orange
Circulez
Y a rien à voir
Profère un agent d’(in)sécurité
Si ce n’est
Que modules en construction
Pylônes et structures
Remodelage du territoire
Pour gare revampée
Dans mon imagin-air-e
Têtes de foreuse
Sont jouets d’enfants
Le poète en mal
De ses quatre ans
Y voit des toupies.

Marre du tout
Des limites
Des gestes-barrières
Le dessinateur solitaire
Prit parole
Par les couleurs
Les pinceaux
Les brosses
Un aérosol
Il traça
Dessina
Une fillette
Et son cortège en papillonnage,
Spectacle nettement
Plus distrayant
Plus pertinent
Que conférences de presse
Pour politiques
Dépassés par les événements
Vive la liberté des couleurs !

Observation
Pousse du marronnier
Éveil au soleil
Yoga de la chlorophylle
Ma pupille
Se dilate
Se prélasse le chien
Sur la terrasse
Sous cep de vigne
S’avance la crapaud
Déjeuner sur l’herbe
Ver à la gueule
Chute d’un mouchoir de coton
Et hop ! la saisie batracienne
Il ira nager
Au jardin
Dans le bassin
Parmi les siens
Entre les quenouilles
Je rentrerai bredouille,
Car considérant trop puéril
De capter une formation de volatiles
Les outardes sont déjà passées
Au-dessus de ma tête
En un V parfait et tonitruant
La laideur amphibienne
Aura eu raison
D’une envolée.

À toute vitesse
Je me bute
Contre un mur
Même s’il est bleu
Méditerranée,
Bleu mer Égée
Un mur est un mur
Point barre
Tu t’obstines
Et je ne me comporte
Guère mieux
Qui a tort
Qui a raison
Seul le temps le prouvera…
© Photo, texte, Denis Morin, 2021


Le poète
Joue du zoom
S’éclate
Avec si peu de choses
Il déplie
Il déploie
Les fibres
Le papier
Les couleurs
Le poète
Joue
En mode verdure
En mode pétales
Rose en devenir
Tulipe flamboyante
En coulisses
Et au jardin
Le pissenlit et son inflorescence.
© Texte, Denis Morin, 2021

Dérive
Bouteille lancée à la mer
Ressac
Étrangement
Le fleuve l’a ramenée
En arrière
Au point de départ
Fracas de verre
Au pied d’un chêne
Urbain
Longiligne
Projet évanescent
Billet
Enfoui
Sous les brins d’herbe
À présent
Je m’étiole…
© Photo, texte, Denis Morin, 2021

Ancien
Nouveau
Ruines
Stationnement aérien
Banque déserte,
Ouverte aux rats
Aux pigeons
Aux orages
Les passants circulent
Les cônes orange restent
Mobilier urbain
D’une ville au visage changeant
Mais le charme suranné
Des pierres
Montre son dos.

Sous la haie
Dans un creux
Une contrebasse
Un violoncelle
Puis un alto
Des violons
Orchestre à cordes
Un discret muguet
Dirige
Version à peine audible
Presque muette
Du Printemps de Vivaldi.

Chaque cellule
Duplique
Sa voisine
Infinité de points clairs
Dans le bleu sombre
Apparente harmonie
Modernité
Nature saccagée
Pour production industrielle
Ma pensée se divise
D’une part,
Alvéoles de ruche
Architecture artificielle
D’autre part,
Chambres d’hôtel
En modules superposés
Chaque cellule
Duplique
Sa voisine,
Moi, je cherche
Mon unicité
Et toi, la tienne.

Interstices dans le bitume
La vie s’y incruste
Sans que je ne l’aie demandé
Aucunement de mon ressort
Je ne peux tout contrôler
La vie y a lâché prise
La pensée
S’y est semée
Par un courant d’air
Des graines accrochées
Aux plumes
Ce bleu-mauve
M’ébahit
Du baume
À mes yeux
La nature
Sait bien recycler
Bien que mieux
Que nous ne le saurions jamais.

Brisures
Mailles à partir
Secousse
Rescousse
Lignes de faille
Presque du barbelé
Tout
Est (in)cohérence
Sous la symétrie
Couvre-feu
Cendrillon ne tourne pas
À angles droits
Le carrosse coince
Et le citrouille…
Implosion.

Est-ce un livre
Que l’on effeuille
Un accordéon
Un air de bal musette
Un padam, padam
Chanté
À Montmartre
Par une chanteuse à la gouaille
Inoubliable sa voix
Qui tend le béret
Aux passants
Est-ce toi, ivre
Qui voit trouble
Est-ce lui
Qui ne sait trop
Si ce chapitre le (des)sert
À titre d’auteur
Est-ce elle
Qui ne sait trop
Si ces feuillets la perdent
Dans les intentions du scribouilleur
Est-ce vous
Qui parcourez
Les rues sinueuses
D’une ville (in)connue
Les rides
D’un être aimé
De l’index.

Une plume bleue
Entre brins d’herbe
Arrêt du promeneur
Réflexion spontanée
Sur cette ancre/encre légère
Coincée dans le végétal
L’imagination forge une histoire,
Celle d’un volatile
Se dépouillant
D’un élément de sa livrée
Aussitôt emporté par un souffle
Ou bien s’agissait-il
D’un fragment de pendentif
Main gracieuse secouant chevelure
Et détachant
Par le geste même
Une plume bleue
Aussitôt envolée.

Suivez la flèche rose
Celle de la vie
Est-ce le père
Ou le fils
Qui entre le premier
Dans la cadence
Dans la danse
Je marchais derrière eux
Le cellulaire du solitaire les capturerait
Sous peu
Gare centrale,
Intrigué
Par leur gestuelle,
Leur mimétisme familial
Je devinais déjà le père
Son calme
Chez ce petit
Je percevais
Une certaine assurance
Chez l’adulte
Vingt-cinq ans
À peine
Vingt-cinq centimètres
Les séparent
Suivez la flèche rose,
Celle de la vie
Et des pommiers
Et des cerisiers
Fleuris.

Plein la gueule
Comme le grain
Sous la meule
Vie sans…
Sel
Sucre
Gras
Saveur
Je me réfugie
Contre ton corps
Tu me berces
Et me consoles
Puis je rigole
Je nous raconte
Le premier rendez-vous
Les ébats fous
Je nous raconte
Et je vais mieux…

Dimanche
L’amitié s’invite
L’amour nous quitte
Attente des nouvelles
Café noir
Amertume
Tes pas sur le bitume
Je reste là
Sous les volutes
Liquide brûlant
Qu’as-tu à dire
Pour ta défense ?
Qu’ai-je à soupirer
De ta présence ?
De ton absence ?
Dimanche
L’amitié s’invite
L’amour nous quitte.

Un jour, Neige Dénommé, romancière et traductrice vivant au Québec, reçoit une brève lettre de France avec pour seul contenu une déclaration énigmatique : « Je vous aimerai toujours ». Son époux, Julien, notaire, n’entend guère raison, lui trop cartésien, qui se méfie justement des envolées littéraires de sa femme.
La curiosité de Neige la poussera à répondre à C. P. 530.
Qui se cache derrière ce message ? Et si le passé à la manière d’une marée haute vous ramenait à la figure des morceaux d’hier ? Entre les deux correspondants, des liens inextricables existent. Pourquoi revenir sur autrefois quand le présent semble parfait contre toute vraisemblance ? À quoi rime ce jeu de paume par confidences fragmentées ? Et si ces deux êtres esseulés avaient justement besoin de ces lettres pour s’apaiser et se retrouver par-delà l’océan…
Les liens d’amour ne meurent jamais. Ils se transforment, mais restent présents, qu’on le veuille ou non.
Nouveauté, parution printanière 2021, en prévente exclusive à la boutique en ligne de chez JDH.

Faut-il vouloir
D’un bain
À ce point
Et se prélasser si haut
Comme cigogne en son nid
Faut-il quérir
Le vertige
Le prestige
Pour se fondre à l’azur
Faut-il s’isoler
Rêvasser
Reporter à plus tard
L’inéluctable
Faut-il
Télégraphier
Texter
S’établir
Un code
Une zone
L’éloignement plus que réglementaire
Faut-il
Se transmettre
Remettre au hasard
La teneur du message
Télépathie
On revoit dans un an
En terrasse
Avenue Bernard…


L’anonymat me fige
De glace
Dans l’azur,
La grâce
Je navigue en zone grise
Mélancolie ou regret
Je ne saurais dire
Écrire
Pour qui ? Pourquoi ?
M’assaille le doute
Que je redoute
Tant
Que je vivrai
J’écrirai
Mot risible
Un tant soit peu
Lu de mon vivant
Ou à titre posthume
On prise les artistes
Une fois le rideau tombé
Humeur sombre passagère
La révérence, désuétude…

Fruit
Sous ma dent
Pomme
Adam
Optons pour la poire
Bien juteuse
Bien capiteuse
Sous l’incisive
Banalité matinale
Fruit
Son eau sucrée
Humecte les lèvres
Dégouline
Dans ma grise barbe
Merci au fruit
Avant une fleur
Gratitude à l’abeille,
Au papillon
Ayant joué de l’androcée et du pistil,
Ton amour,
Pollen porté par ton souffle.

Neige à peine
Disparue
Qu’éblouissements
Et pamoison
Dans les yeux
Dans le bleu
Des bulles
Des capsules
Au nez
Envie soudaine
Du lilas
Et de la lavande
À ton cou…
Je me repais
De ta beauté.

Cœur-capsule
Chose ridicule
À même la chaussée
Mouillée
Comme ta joue
Après notre orage
La vie te déménage
Se remuent tes bras
Dans les airs
Les avions
Au-dessus de ta tête
L’amertume
Te survole
Et te plaque au sol
Comme ce cœur-capsule.

Plume,
Meilleure arme
Contre la barbelé
Mots en fuite,
Libres,
Contestataires
Oie
Encrier
Plume-fontaine
Siècle des Lumières
Suivi d’époques pamphlétaires
Au rancard l’encrier
Revampons l’appareillage de l’écritoire
Stylo bille ou clavier
Au cliquetis discret
Et au vocabulaire
Non moins libertaire.

Les tiges s’inclinent
Le mauve se décline
Vers le rosé
J’espère justement
Une coupe ou deux
Du nectar convoité
En cordiale compagnie
L’été venu
Pour l’instant,
Délivrons-nous
Du couvert d’hiver
De ce duvet blanc
Sous lequel dorment
Au Québec
Crocus, jonquilles
Et tulipes…

The Soul of The Rose, 1908
Tout récemment, une lectrice de mon roman Rose Meredith paru chez JDH Éditions m’a prévenu du fait qu’un ami fleuriste devait se départir de reproductions du peintre John William Waterhouse (1849-1917), artiste anglais du courant préraphaélite. Par hasard, la veille il lui avait envoyé les photos des toiles.
Ces tableaux sont maintenant dans mon scriptorium où je télétravaille le jour et où j’écris le soir. La première œuvre illustre la couverture de mon roman. J’étais tombé sur ce tableau lors d’une recherche sur la Grande-Bretagne, en tout début d’écriture.
Somme toute, les artistes communiquent entre eux de bien des manières en présentiel et au-delà des siècles.

Hylas et les nymphes, 1895

Sur un socle inox et plastique
Escarpins-espadrilles
Égarés entre métro et autocar
Bizarre…
Air estival
Plein bal
Freiné
Par cet hiver insouciant
Chaussures en tissu
Le noir et le blanc
Absorption de l’eau
Du sel
Trop tôt pour le bas résille
Et la peau parfumée
Sangria de juillet.

Apparente immobilité
Apéro en différé
En terrasse cet été
Pourtant, l’esprit veille,
Bouillonne sous monceaux de neige
Oui, nous irons nous balader,
Déplier la nappe à carreaux,
Rouge et blanc sur le vert de l’herbe
Motricité
Mouvements au ralenti
Le froid nous freine
Mais les silhouettes s’animent
Dans mon imagination
Tournent les roues
Les pistes sont dégagées
Toute possibilité
Existe pour l’être créatif.

Ta mère est d’Anatolie
Et d’Istanbul
Son passé a traversé le Bosphore
Vers la Méditerranée
Elle a rejoint des parents
Au Liban
Ton père
Provenait du Causase
Montagnard aux yeux noirs
Comme toi
La mer Caspienne et les sommets
J’imagine
Des moutons, des chèvres
Descente vers les pâturages
Tu pensais que j’étais d’Écosse
Ou d’Orient
Nous nous sommes reconnus
À quelque part,
Sur une rive du fleuve Saint-Laurent
Habibi…

Conversations éphémères
Au coin de deux artères
Le temps d’un battement d’ailes
Passage des feux
Du rouge au vert
Tout espoir semble permis
Mais contre toute apparence
À des mètres de distance
Tout est maintenant interdit
Le moindre sourire
Le plus sonore éclat de rire
En gouttelettes répandues
La plus exquise étreinte
S’émouvoir…
Baiser virtuel
Par émoticônes
Ville si peu volubile
Vidée des banlieusards,
Des touristes,
Des badauds
Remettez vite vos manteaux
Nous arrivons au terminus
À un coin de rue de là
Des futurs passagers
En attente à l’abribus
Remuent les lèvres
Sous des masques,
Triste vaudeville
Conversations éphémères…

Abstraction
Ou presque
Gel envahissant
Ma fenêtre de février
Arbre faisant le guet
Au jardin
En arrière-plan
Je n’entends guère raison
Dans cette magie cristalline
Je gagne
L’innocence enfantine
La clarté irradie
Cristaux argentés
Seuls les Russes et les Scandinaves
Expérimentent aussi la morsure du froid
Et les Québécois
S’imaginent
Les fesses aux Antilles.

Tu es comme cet oiseau
Tu m’admires
Ou tu te mires…
À ta venue
Je marche
Sur un fil de fer,
L’amour en équilibre
Jamais certain de te revoir
Tu parles peu
Tu contiens tout
En un sourire
Après le désir
Tu es comme cet oiseau
Tu me fascines,
Étonnant mirage.

Assis dans un bus
Sur le bord du rêve
Bretelle d’accès d’autoroute
Ou presque
Tu fais ce songe enivrant,
Sentir la chaleur
Jeux des paumes
Où nul ne perdrait
Sa bulle
À moins que n’éclate
Cette distanciation
Si souhaitée
Par l’État
Mais si détestée
Par le prolétariat
Les commerçants
Et les bourgeois
Juste vos doigts
Pour chatouiller
Ta ligne de cœur
Ta ligne de vie…

Chemise à jabot
Perruque poudreuse
Du temps des Lumières
Rangées au musée
En un vaste vestiaire
Documents gommés
Os brûlés par la chaux de l’oubli
Syndrome de la page blanche
Décortiqué
Écume sur l’onde
Le blanc sur l’eau grise
Retailles de papier
À présent frisées
Sous la lame
Toison du mouton
Avant la pelote
Avant le manteau
Et l’abattoir
Suis-je votre émissaire
Suis-je votre exutoire
Quelle image se dérobe
Se défile
À votre vue…

Oser rêver
Exporter
Toute cette neige
Ainsi en abreuver
Parcelles désertiques
Les pieds nous glissent
Les fleurs se terrent
Sous couvert cristallin
Si blanc
La vigne promet déjà
Raisin nouveau
Comptons les jours qui allongent
À coups de minutes
Curieuse façon de tuer le temps
Concentré de soleil
Jeté au soleil,
Les graines de tournesol
Pour nourrir les oiseaux.

Selon les humeurs,
Henri
Joue la comédie…
Samouraï en quête d’armure,
Don Quichotte desesperado,
Ulysse déboussolé
Entre devoir
Et chant des sirènes
Selon les rumeurs,
Henri
Pose sa joue
Contre les naseaux
De sa monture,
Zoothérapie oblige
Selon l’honneur
Henri esquisse un sourire,
De ce sourire niais et insipide
Préconisé par son coach de vie
La seule larme
Permise
Est celle du cognac
Dans son café
Henri joue sa vie
Sans la vivre vraiment…

Dans la grisaille des banlieues
Nour s’ennuie
S’emmerde
Arpente le bitume
Griffonne sur le béton
Quand il peut
N’a pas froid aux yeux
Une ligne de khôl
Lui confère
Charme et mystère
Il s’imagine
Djinn
Perruque blonde
Paillettes
Jupe moulante
Escarpins vertigineux
Il serait alors la belle Noor
Dans la grisaille des banlieues
Nour voit au-delà de la pluie
Se démerde
Attend la fin des brumes
Écrit Nour ou Noor
Selon la nature
Des graffitis
Il/elle est un.e djinn
Le reste importe si peu
Nour/Noor trace une ligne de khôl
Sous ses yeux.


Je suis…
Arbre sous la pluie
Branches et cep de vigne
Sous la lumière de l’hiver
Je suis…
Tristesse et joie
Et toi ?
Chez toi, dans son écrin
Derrière son écran
Je suis…
Clichés pris par un après-midi
Idées préconçues
Images à déconstruire
Je suis…
Audace apparente
Malgré l’incertitude
En dépit des habitudes
Je suis…
Coups de dents du lièvre
Sur écorce
Coups de bec du geai bleu
Sur sol gelé
Je suis…
Fruits confits
Marmelade
État parfois de déconfiture
Je suis…
Le chien qui arrache une corolle
Flétrie
Ma vie
Pomme mûre suspendue au pommier
Je suis…

La Saint-Sylvestre s’était passée à corriger le texte d’un prochain roman et à échanger des messages avec une amie vivant à Toronto et un collègue séjournant en France. Puis, ce Nouvel An a été célébré en solo dans ma chambre sombre aux murs bleu minuit. Seuls me surveillaient le chat noir du cabaret montmartrois en son cadre, mon chien couché contre mon flanc et mon père en médaillon posé sur la commode. Après une coupe de vin et deux coupes de jus de canne berge au rouge intense, je me suis dit que j’amorcerai 2021 en création. Voici des notes pour une nouvelle sur du papier recyclé. Somme toute, en l’aube de cette année nouvelle, je vous souhaite de créer votre vie, à l’image et à la hauteur de vos aspirations. Amusez-vous bien !

J’avais commandé cette correspondance de la sculptrice et illustratrice Camille Claudel en novembre 2020. Chez Gallimard, rupture de stock. L’ouvrage a été réimprimé en mi-décembre, mais je m’attendais à le recevoir mi-janvier 2021. Voilà qu’il m’arrive pour clore 2020. Pour le nombre de copies, je travaille sur un projet visuel lié à mon recueil de bio poésie, »Camille Claudel, la valse des gestes ». Quant à toute autre motivation, étant de nature excessive sous mon allure sage, quand j’aime, j’aime intensément. Donc, trois copies, rien de moins.

Vie
Sous le clinquant
Tout est allumé
Cirque de nuit
Au musée
Les boules au miroir disco
Salle d’attente virtuelle
Et quête du grand amour
La drag queen se la joue clown
Mais il pleure sous le maquillage
Parterre vide
Vie
Sous l’éclat de la modernité
Perte de repères
Vertige sanitaire
Au siècle dernier, c’était
Grippe espagnole, Sida et génocides
Où sont passées les ombres
En redingote et en robe de bal
Le sdf se berce seul,
Clope au bec
Hier, il était au banc des accusés
Maintenant, soleil chassant
La nuit
Maintenant, neige fondant
Je fuis…
© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Elle / Il aime
Pourfendre les eaux
En canot
Ou même à la brasse
Un malard guette
De la berge
Rien ne lui échappe
Je scrute
Ce cliché tout gris
Pris en après-midi
Un cœur timide
Se dessine,
Onde dégelée
Y a-t-il l’aube d’une nouvelle idylle
Se taisent les îles
Ce rivage me semble incertain
En son réchauffement…
© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Un poète
Se met en joue,
En ligne de mire,
Portable en main
Son citronnier vert
Le met en garde à vue
Il espère
Derrière les persiennes
Le vert émeraude,
Autre versant,
Attise les regards
Du moins le sien
Sur le point de clore
Les volets
Un cliché de plus
À la dérobée
Pour amorcer la nuit.
© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Ivresse en solitaire
Vibrance solidaire
L’acteur ou le spectateur
Est juste
En quête de happy end
Derrière les décorations
Les bulles,
Taches lumineuses
Sur paroi vitreuse
Y a-t-il un sens
À cette histoire
Une année s’étiole
Une autre se pointe
Au calendrier
À vos marques…
Prêts, partez !
© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Il y a 2000 ans
C’était hier pour les anges
Un berger partait
Avec ses fils
Rassembler le troupeau
À la nuit tombée
Nulle trace
De l’agneau égaré
Que le berger portait
Souvent sur ses épaules
Lui épargnant
Trop longue fatigue
De la grotte là-bas
Hululait
Une chouette
Dérangée
En sa routine
Le berger et ses fils
Parlaient
De constater ce qui s’y trouva
Ils virent
Un père, une mère
Des anges virevoltants
Un bébé en langes
Et un agnelet
Qui s’apprêtait à réchauffer
Les pieds du nouveau-né
Le berger, ses fils
Et leur troupeau
S’installèrent
À l’entrée de la grotte,
Comblés de joie
Cette nuit-là.
© Photo, texte, Denis Morin

Cet immeuble
Si victorien
Fut-il
En des années glorieuses
Abrite encore
Des secrets d’alcôve
Des faits divers
Des crimes non résolus
Imprimés
Sur journal défraîchi,
Vestige coincé
En la corniche
Elles avaient tout entendu
Mais elles s’étaient tues,
Les bonniches
Derrière ce mur
Et cette frise végétale
Si festive
Pourtant,
La saison n’était plus au bal.
© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Mon enfance
Mes rêves
Dormaient
En un casier
À la gare
La clef s’était perdue
Au fond d’un tiroir
Au creux d’une valise
Je voulais Paris, Venise
Amsterdam
Et leurs eaux sous les ponts
Mon enfance
Mes rêves
Se glissent à présent
Sur un écran éclairé
En guise de papier
D’un autre siècle
Toutefois, certaines décorations
Ravivent
Mon enfance
Et mes rêves.
© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Demi-lune
Demi-sphère
Lumières
Et chrome
Au-dessus des passants
Indifférents
Qui mendient
Sans le savoir
Un sourire
Une raison d’espérer
En des jours meilleurs
Demi-lune
Demi-sphère
Veilleuse
Pour citoyens
En mal d’effervescence
De réjouissance
On prédit une souche mutante…
Le bonheur sera en différé.
© Texte, photo, Denis Morin, 2020


Tu te consumes
Tu brûles ton existence
Comme chandelle
Par les deux bouts
Tu confonds
Fuseaux horaires
Et chiffres de l’horloge
Tu tapes du pied
Quelle impatience
À la caisse du commerce
Un flot d’injures
Tu déverses
Si tu n’es pas le premier
À la ligne d’arrivée
Mais es-tu vraiment heureux
Je suis curieux
D’en savoir plus
Sur ton compte
Que peux-tu dire
Pour ta défense
J’espère ta délivrance
Des apparences trompeuses
De toute évidence.
© Photo, texte, Denis Morin, 2020

La girafe et la grue
Dansent
Divertissent
Sans le savoir
Sans le vouloir
Les passants
Avec autres spectateurs
Un lampadaire taciturne
De jour comme de nuit
Et des pigeons affamés
Picorant maigre pitance
Bec au sol
Perchés aux corniches
Les faucons
Scrutent le ciel
Presque d’un gris souris
Si on use
De l’œil créatif
En jouant sur un angle
En modifiant sa perspective
La girafe et la grue
Graciles
En dépit
Des mécaniques manières
Forment
Une esperluette…
© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Il pleuvait
Mais la route brillait
De mille feux
Novembre se prenait
Pour décembre
Dans l’autocar
Des regards hagards
Chacun détournait les yeux
Pas l’ombre d’un doute
Distanciation obligatoire
Il faisait trop sombre
Pour lire
S’alanguir
On ne le pouvait pas
Devant tout ce rouge,
Cette rumeur qui bouge
À l’orée de la ville
Il pleuvait
Mais la route brillait
À l’orée de ta vie.
© Photo, texte, Denis Morin, 2020

J’aurais donné
Des parcelles de mon âme
Sacrifié des années
Imploré la faux
À Dieu
Senti presque la pointe des flammes
Avant le Paradis
Quant au Cornu,
On ne joue pas au Malin
Avec lui
J’aurais éprouvé
Bien du remords
J’aurais avoué
Sous la torture
Mes torts,
Les vrais et les faux,
Plus qu’il n’en faut
Qui dit vrai
Qui sépare en moi
Le blé de l’ivraie
J’aurais même fait
Compostelle
Pour être sous les feux
De la rampe
Pour d’infimes minutes de gloire
Plutôt qu’être assis
Dans un autocar de banlieue.
© Photo, Denis Morin, 2020

La magie sera-t-elle
Au rendez-vous
Cela dépend
De moi
De vous
De nous
Les boules sont accrochées
Telles des pommes
Prêtes à être transformées
En cidre de glace
La magie sera-t-elle
Au rendez-vous
Cela dépend
Des circonstances
De nos humeurs
De l’abondance
De la carence
De notre humour
La clarté diurne
Se frappe
Contre la pelure sphérique
Elle reluit
Me redonnant sous ma barbe blanche
Mon sourire d’enfant.
© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Alice était désargentée
À l’aube d’une crise économique
Mais tout de même concertiste
Cathy s’avérait
Femme-orchestre
Chez Willis Pianos
Des instruments à polir
À la comptabilité
Un jour, Alice se pourléchait
Les babines
En vitrine
D’une boulangerie
Cathy passant par là
La devina fauchée,
Contemplant les mains fines
De l’artiste
Avec gouaille, Cathy lança
‘’Ce sont les brioches
Ou le boulanger baraqué
Qui provoquent la salive ?’’
Cathy acheta quelques pâtisseries,
Fit les présentations
‘’Alice, je vous présente Martin’’
Et Martin l’air de rien balança
Séduit
‘’Ma foi, elle a des mains de pianiste !’’
Cathy eut une folle idée
À son patron, elle parla
Et prêta robe de bal et voilette
À cette nouvelle amie,
Maintenant pianiste-démonstratrice
Chez Willis Pianos
Cathy fut ravie
D’avoir joué sa partition
De fée
Et de marieuse
Depuis, on peut entendre
La nuit
Des mélodies pianistiques,
En provenance des mains d’Alice,
Des discussions animées
Par Martin l’époux de la pianiste,
Des rires en cascades
Émanant de Cathy, la femme-orchestre.
© Photo, texte, Denis Morin, 2020


Chambre de poète
Poussières à déloger
Persiennes fermées
Plantes endormies
Chien assoupi
Il reste tant
À lire
À vivre
À écrire
Dans ce lieu
En apparence
Si terne
Comme le poète
D’ailleurs
Aux heures
Où il sombre
En mélancolie
Toutefois,
Un livre ouvert
S’avère
Le meilleur des remèdes
Pour chasser l’ennui.
© Photo, texte, Denis Morin, 2020


Bus 404
Non pas l’erreur
Du même chiffre
Autocar pour banlieusards
Mr Bean
Remplacé
Par vue imprenable
Sur trafic
Trajet chic
Service ferroviaire à la dérive
On vous endort
Sur sièges capitonnés
Vous, passagers confinés
Travailleurs navrés
Gardez vos distances
Seul le chauffeur
Arbore
Un sourire nacré.
© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Tu te consumes
Tu te condamnes
Éphémère réalité
Mortelle
Charnelle
En transit
Ce n’est
Que dans l’envolée
De ton âme
Que repos
Sera fixé
Je m’enflamme
Je consomme
Je m’engloutis
Me réduis
En cendres
Et me dévaste
Vanité
Parmi les vanités
De nos existences terrestres
Ce n’est
Que dans l’envolée
De mon âme
Que nous trouverons
Félicité.
© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Ton corps n’est plus
Mais tu sonnes les heures,
Poing contre le secrétaire
Pulsations à ma tempe
Tu t’annonces
Tu maugrées
Et me protèges
À ta façon
Contre ma déraison passagère
Ton corps réduit
En cendres
Toutefois, les gestes restent
Ta présence se manifeste
Autrement
Au fond, tu l’aimais
Et le regardes
Encore
Le chêne
Que nous avions planté
Pour donner de l’ombre
Pour mesurer nos ans de croissance
Ensemble.
© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Le temps
S’abreuve
Des joies furtives
Des larmes
Des drames
L’Histoire
Se nourrit
Des guerres
Du fer sanguinaire
Des jeux de pouvoir
Allons voir ailleurs
Si le temps est bon
Et l’Histoire est y meilleure,
Et les leçons de celle-ci
Mieux retenues
Naguère
Nous déjeunions sur l’herbe
Sur nappe fleurie,
Posant pour un peintre inconnu
Avant sa pause
À l’absinthe.
© Photo, texte, Denis Morin, 2020





Jeune marronnier
Délivré de sa verdeur printanière
Tourne à l’ocre et au marron
Cuivre remplace chlorophylle
Joli tout de même,
Même si rayons solaires
Céderont ciel
Aux cristaux de neige étoilés
Jeune marronnier
Tombera en dormance
Temps d’une saison
Endormissement à mon tour
Renaissance en différé.
© Photo, texte, Denis Morin, 2020

T’ai-je dit
Un jour
Que le cœur se dessèche
Que la feuille
Se réduit en poudre
Aux portes de l’hiver
T’ai-je dit
Une nuit
Que l’amour s’enfuit
Au petit matin
Ne laissant
Derrière lui
Que des miettes
Que corolle solitaire,
Faible illusion stellaire
En mon jardin.
© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Pluie, larmes, bruine
Sur octobre
Je vais vers toi
Quelque part dans la ville
Qui mendie l’amour
Et des deniers
Pour saouler ton ennui
Pluie, larmes, bruines
Sur l’été enfui
Sur les rêves mis
Sous cloche de verre
Tu m’arriveras dans un mois
Pour un pas de deux,
Tout chargé de soleil.
© Photo, texte, Denis Morin, 2020
Vous ne les voyez plus
Mais ils sont encore là
Les amoureux d’hier
Les amis d’autrefois
Maintenant,
Ils se terrent en leur demeure
Pourtant j’entends les rires,
Les éclats de joie,
Le tintement du verre,
À l’heure où le garçon
Apporte l’entrée
Et le vin blanc frais
À cette table pour deux
Madame a le nez fin,
Décortiquant arômes et fumets
Et monsieur fin palais,
Analysant les nuances de l’aigre-doux
On ne pense surtout pas
À la sortie,
À la note
Comme musique d’ambiance
On alterne entre les chansons de Barbara
Et le techno
Puis ils iront danser
Joue contre joue
Sur un air d’Aznavour
À contre-jour.
© Photo, texte, Denis Morin, 2020


Vous êtes
Mes frères et mes sœurs
Du nord au sud
De l’ouest à l’est
Pas de pensée de domination
En mon esprit
Apaise la poésie
Les humeurs d’ours
Les hurlements du loup
La plainte des huards
Soulève les oies
Dans leur exil saisonnier
Vous êtes
Mes frères et mes sœurs
Du nord au sud
De l’ouest à l’est
L’ancien conquérant anglais
Tomba de son socle
J’en perdis mon monocle
Ma vision s’élargit
Au continent
À la Terre
Pas question de se taire
Au jeu des essais
Et des erreurs
Au jeu des serpents et des échelles
Retombons pour mieux
Nous relever
Nous envoler
Vous êtes
Mes frères et mes sœurs
Nos voix divergent
Nos voies convergent
Portons nos canots
Jusqu’à la prochaine rivière
Pour rejoindre le fleuve
Qui s’élargit
Passé Québec
Avec des rêves d’estuaire.
© Photo, texte, Denis Morin, 2020





Devant ta glace
Je reprends
Place
Celle qui me revient
De droit
Mirage
Puis avec ou sans toi
Chaque jour change
Comme un ciel
Azur en mouvance
Parfums de Byzance
Glissement
À partir des coupoles
À présent,
Rien n’est acquis
Tout se vit
Les autres font ce qu’ils veulent
Moi, ce que je peux
Toi, tu m’oublies
Et me regagnes
Tu franchis
Le Bosphore
Telle une brume matinale
Il m’arrive de me taire
Pour entendre
Des oiseaux argentés
Le cri
Le sifflement
D’un train au loin,
Le capitaine d’un bateau
Qui divague
Et qui, momentanément,
Te séduit
Tu me raconteras
La traversée.
© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Il me semble
Que tout se fige
Comme fossile
Dans l’ambre
Ou feuille
Dans la visquosité
Du bitume
Amertume
Rappel des jours anciens
Où l’on jouait
Allègrement
À la marelle
À saute-mouton
En toute insouciance
Du lendemain
Du smog
Des guerres
D’une quelconque pandémie
Des êtres chers
À étreindre virtuellement
Des déclarations incendiaires.
© Texte, photo, Denis Morin, 2020

À première vue
Je ne dépasse
Pas les bornes
Je ne franchis
Pas les lignes,
Les bordures
Tel un enfant sage
Surpris par la pluie
Qui tombe à grosses gouttes
Sur un dessin
Au fusain
Confié
Par le cousin
Déjà affairé
Aux dossiers des grands
J’entre avec le dessin,
Mes esquisses
Et mes crayons
Puis passe un train de nuit
Je n’ai pas sommeil
J’observe
Elle ne franchira
Pas de sitôt
La barrière
Elle va son chemin
De l’autre côté
Des lumières et des phares
La passagère.
© Photo, texte, Denis Morin, 2020

.
D’abord je rêve un territoire qui nous ressemble
Sans m’en rendre compte je vole vers d’autres cieux
Je ne suis ni celui qu’on invente ni un personnage de l’Histoire des vaincus
Je suis ivre de rencontres
Ville Lumière je te bois.
Dans la rue vivre l’euphorie de la liberté
Incarnée désormais dans mes toiles
Prisonnière.
Je revendique sinon de vivre chez soi
de me représenter par moi-même
De nous présenter tels que nous sommes
Les pigments
Les liants
De notre bonne fortune
De la mort prématurée
Dû aux purges de l’histoire
J’embrasse les passagers de ma vie
.
Mykhailo Boychuk, (1882-1937)
Une fenêtre se glisse
Écran translucide
Devant le paysage
À l’heure
Où l’œil
Scrute une surface lisse
Au loin,
Îlots sur rivière
Hier,
Des explorateurs
Et des guides indiens
Parcouraient
En leurs itinéraires métis
L’onde
En canot
Le poète explore
Par son imaginaire
Le cou incliné
Comme une tour de Pise
En ces temps d’absence de bises
Ce bleu
Ces eaux
Ce vert obscur
Cette ouate vaporeuse,
Mystères
Que les paupières du poète
Ne peuvent saisir
En leur subtilité.
© Photo, texte, Denis Morin, 2020

De retour du bal
Ça faisait un bail
Qu’elles n’avaient pas dansé
Tournoyé
Ces fleurs en leurs robes
D’un jaune si lumineux,
Si clair
Qu’elles croyaient l’été
Éternel
Comme aux Antilles
Ou aux abords de la Méditerranée
Illusion toute canadienne
Toute québécoise
Toute acadienne
Elles se sont flétries
Parce qu’Eol
N’avait pas prisé
Leurs rires fusant vers le ciel
Leur accent de Nouvelle-France
Égaré
Outre-Atlantique
Durant ce bal
Elles s’étaient imaginées
Sur la plage
En Martinique
Mes corolles d’hibiscus.
© Photo, texte, Denis Morin, 2020