En la beauté de l’instant

Asclépiade

Hémérocalle

Et asclépiade

Donnant sur esplanade

L’araignée reste à l’affût

Le monarque papillonne

Ravi

Le photographe

Vise

Appuie

Sur le rond

De son écran tactile

Grâce capturée

Fragile été

Continental et nordique

Neige et verglas

Gommés par l’esprit

Vivons juillet

Et son air de fausse Californie

Voisin affairé

À cuire grillade

Ravi

Le photographie

Se concentre

En la beauté de l’instant.

Le gâteau…

Pavot

Pavot pivote

Sous le souffle

De l’été

Gavotte

Il en perdra bientôt

Sa tête

Son habit de fête

Orange brûlé

Presque rouge

En début de floraison

Comme les heures

Se réduisent

À poussières

Feuillage se dessèchera

Puis tout verdira

À nouveau

Vers septembre

Le poète se remémore

Gâteau

Aux graines de pavot

Que mère lui servait

Avec tasse de thé au lait

Réminiscence.

Alvéoles…

Coings2021

Ces cognassiers

Se la jouent

Cerisiers en fleur

Au Japon

Puis abeilles et bourdons

Butinent

Glanent

À leur insu

Pollinisent

Abandon de l’habit floral

Si rouge

Comme on se défait de l’uniforme

Mis en inventaire au musée régional

Puis on passe au vert dense,

Presqu’émeraude

Sous la pluie

Enfin des excroissances,

Des fruits en genèse

Se montrent au grand jour

Mais patience

Point de récolte

Avant les gelées automnales

Comme d’habitude

Poète écorché

Manche abîmée

Main piquée

Par les épines pointues

Toute cette galère

Pour des pots,

Alvéoles de verre translucide

Et gelée bien ambrée.

Faute de fromage

Machine à écrire

Les mots

S’écrivent

Les sentiments

Se décrivent

S’esquivent

Se rentrent dedans

Le doigt

Appuyé

Touche enfoncée

Une lettre

Apparaît

Sur le papier

Est-ce bien la pensée

De l’homme

Ou fantasme

Ou délire

Du poète

Seule la machine s’en doute

Elle se fera confidente

Du scribe de jour

De l’écrivain de soir

Conquête illusoire

Expressive complice

Elle veillera sur moi

Dorénavant

Comme corbeau

Juché sur haute pierre

Mais elle ne pourra que conserver

En son giron de fonte

Des mots,

Faute de fromage,

Car je ne suis pas renard de fable.

Le rose aux joues

Roseraie-IsabelleDuguay

Isabelle Duguay

Et sa Roseraie

Envoûtement

Sur bitume et béton

Évasion picturale

Au cœur de la ville

Les parfums sont imaginaires

Supposons ce décor pour vrai

En plein air

Il y aurait des abeilles,

Des papillons aux ailes nacrées

Une faune aviaire

Des enfants jouant au cerceau

Des femmes sous les ombrelles

Des hommes lissant la moustache

Il y aurait un vendeur

De glace à la pistache

Nous serions donc

À peu de choses près

Transposés

Me diriez-vous

Dans une toile impressionniste

Ne manquerait plus

Qu’un déjeuner sur l’herbe

Pour vous voir

Le rose aux joues.

Sisyphe

Le nouveau remplace

L’ancien

Dégage

Toujours ce goût

Pour le neuf

La souris est partie

Le pigeon n’y pond

Plus

Ses œufs

En corniche

Dans le matin,

J’entends une sténo

Taper

La lettre dictée

Par le patron

Sur la ville

Au dernier étage

Impression de domination

Sur les affaires

Mais tout se désagrège

La patron et la sténo

En cendres

Survivant dans la tête

Du poète

Je respire derechef

Le café noir amer

Du lundi matin

Les boiseries, le cuivre,

Les marches de marbre

Aux rebuts

La ville s’affaire

À sa reprise économique

Les badauds

N’ont que faire

Des immeubles d’avant

Les marteaux piqueurs

Couvriront la rythmique

Des sténos

Et les tours à condos

Remplaceront

Briques et pierres de taille

On se sent

Si souvent

Sisyphe.

Cadavres écrits

Cad-écrits2

En cet été 2021, j’ai eu le privilège et la joie de participer à Cadavres écrits, ce collectif de nouvelles paru dans la collection Black Files chez JDH Éditions. Yoann Laurent-Rouault, directeur de la collection et illustrateur, a lancé l’idée du projet sur un fil WhatsApp destiné aux gens de la maison. En une journée, il avait trouvé les membres de cet opus.

Nous sommes dix écrivains qui avons imaginé ces histoires à vous faire frémir de peur. Mais il y a tout de même une saine émulation entre nous, voire une franche camaraderie. Ma nouvelle s’intitule En toute impunité. Qui se sortira vivant de cette folle aventure ? À vous de découvrir.

Cet opus peut se commander via la FNAC, Cultura, etc.

Les folies bergères

On a droit

À la robe écarlate

Du lys asiatique

Ce serait du plus bel effet

Sous un flamboyant

À Huê,

Vestiges de l’ancienne cité impériale

Toulouse Lautrec aurait imaginé

Des folies bergères il oserait

En repeindre

Encore

Et vous assistez,

Non loin de là

Aux premières loges,

Au déploiement des fougères

Gracieuses,

Toutes laurentiennes

Soient-elles

Degas les aurait appréciées.

Une autre fin

PoupeesJap

Pour la petite liseuse

De Nagasaki

Au kimono coccinelle

Et les amis aux vêtements fleuris…

Tout reste

À ne pas répéter

À réparer

Les anciens se souviennent encore

Les plus jeunes

Au musée

Défilement d’écoliers devant les photos d’archives

Visages sépia

Scènes partiellement oxydées

Encore hier

Fukushima

Un tsunami

Ce monde se fissure

Eaux contaminées…

Défi du poète

À l’écrivain.e

Que ces figurines

Vous inspirent

Un tout autre parcours

Une autre fin.

Si surnaturel

Papillon blanc

Le blanc

Émotions toujours intactes

Vêtements des grandes occasions

Pureté

Même si ça semble cliché,

Capture de la lumière

Par l’objectif

Retrait du poète

Un pas en arrière

L’insecte se gavait de nectar

La corolle offerte

Au passage ailé

Le parfum tout de même

Disponible

À distance

Plus haut, une toile d’araignée

Contournée

Habilement

Arabesques du papillon

Retour à sa fleur

D’un blanc

Si surnaturel.

Par-delà les fougères

Fougeres

Par-delà les fougères

Le poète appelle

Les vivants et les morts

Le remords

C’était pour hier

Maintenant, l’absence

Et ce besoin viscéral

De vivre

Pour combler le vide

Par-delà les fougères

Un murmure

Comme une prière

Relents de l’enfance

De l’errance

Qui suis-je

Que puis-je

Accomplir

Il pleut

Il vente

Le ciel s’assombrit

Par-delà les fougères.

Même Le Caravage

Pivoinesblanches

Ayant quitté

Son habit de tristesse

Le poète a revêtu

En ce dimanche

La robe blanche

Des pivoines japonaises

Écloses

En son jardin

Rien ne les indispose

Épanouies

Contre les grands cèdres

Elles prennent leur aise

Pour mon plus grand bonheur

Banalité me dites-vous

Qu’aimer les fleurs

Et me perdre

Dans la réminiscence

Des parfums, des tissus

Du modelé baroque

Des pétales

On dirait une peinture

Même Le Caravage

Aurait égaré ses pinceaux

Dans ce floral plumage.

L’arbrisseau

Buisson trottoir

Un souffle

L’été

Dépôt d’une graine

Germination dans une fissure

L’eau s’est insérée

Croissance de racines

Longues, oblongues

Croissance d’un arbrisseau

Le proprio

Crut bon

De le confier au soleil

Qu’il vive

Qu’il meurt

Cette exubérance végétale

Personne n’a brisé ses branches

Inhabituel spectacle

Au sortir du métro

Le diésel des autocars

N’a pas altéré sa grâce.

Dialogue de sourds

PavotSaugeMed

Dialogue de sourds

Entre l’éclatant pavot

Avec son robe

Rouge vif

Et la sauge médicinale

Prête à être croquée,

Séchée,

Infusée

Au pavot

Les oh ! admiratifs

Sont de mise

Pour ne point l’offenser

À la sauge médicinale,

On s’étonne de sa grâce

Naturelle

Sans artifices aucun,

À la limite, si banale

Ce n’est pas de la lavande,

Me direz-vous

Le chat de la voisine

S’avance

Course au travers du jardin

Poursuite de la marmotte

Bain de soleil

En terrasse

Du chien

Étonnement du canin

Par tant d’agitation

Entre le rouge pavot et la sauge médicinale.

Ivresse des corolles

PivJapPivRose

Ivresse des corolles

Les fourmis

S’égarent

Dans les plis

Et replis

Les bourdons

Les abeilles

Les papillons

Attraperont un numéro

Comme au marché

Pour se délecter

Des effluves parfumées

Seul l’orage

Provoquera

La chute de ces beautés

Pour l’instant,

Je ne peux que contempler,

Plongée dans le ravissement.

Florale genèse

Pensee-cognassier

C’est le rouge

Et le bleu

Qui sautent

À tes yeux

En devenir

Le fruit du cognassier

C’est le rouge

Et le bleu

Qui pourraient s’inscrire

Et s’écrire

Sur le papier

Sur une toile

L’instrument varie

Mais l’œuvre

Réside là

En sa florale genèse

Un bourdon fait le guet

Si j’approche

De trop près

Il me rappelle à l’ordre

Ces fleurs sont pour lui

Ces fleurs sont pour toi

La rêverie s’accomplit

Et je n’en suis que le messager.

Un nouvel amour de cabaret

Pivoine-eff

Rose pivoine

Froufrou de papier

On imagine

Une crinoline

Un souffle

Une légèreté

Un je-ne-sais-quoi

De la starlette

Un pigment rosé

Appliqué sur les joues

Avant l’entrée en scène

Rose pivoine

(Dé)pliage

L’éventail

Toujours utile

Par canicule

Des spectateurs rougissent

En première rangée

Elle, aveuglée

Par une lumière

Rose pivoine

Chante

Un nouvel amour

De cabaret.

Remodelage

Les toupies

Têtes de foreuse

Creusant

Des caries

Dans la terre

Si près des cônes orange

Circulez

Y a rien à voir

Profère un agent d’(in)sécurité

Si ce n’est

Que modules en construction

Pylônes et structures

Remodelage du territoire

Pour gare revampée

Dans mon imagin-air-e

Têtes de foreuse

Sont jouets d’enfants

Le poète en mal

De ses quatre ans

Y voit des toupies.

La liberté des couleurs

Fillette-papillon

Marre du tout

Des limites

Des gestes-barrières

Le dessinateur solitaire

Prit parole

Par les couleurs

Les pinceaux

Les brosses

Un aérosol

Il traça

Dessina

Une fillette

Et son cortège en papillonnage,

Spectacle nettement

Plus distrayant

Plus pertinent

Que conférences de presse

Pour politiques

Dépassés par les événements

Vive la liberté des couleurs !

Le yoga de la chlorophylle

Homme-arbre

Observation

Pousse du marronnier

Éveil au soleil

Yoga de la chlorophylle

Ma pupille

Se dilate

Se prélasse le chien

Sur la terrasse

Sous cep de vigne

S’avance la crapaud

Déjeuner sur l’herbe

Ver à la gueule

Chute d’un mouchoir de coton

Et hop ! la saisie batracienne

Il ira nager

Au jardin

Dans le bassin

Parmi les siens

Entre les quenouilles

Je rentrerai bredouille,

Car considérant trop puéril

De capter une formation de volatiles

Les outardes sont déjà passées

Au-dessus de ma tête

En un V parfait et tonitruant

La laideur amphibienne

Aura eu raison

D’une envolée.

Seul le temps…

Murbleu

À toute vitesse

Je me bute

Contre un mur

Même s’il est bleu

Méditerranée,

Bleu mer Égée

Un mur est un mur

Point barre

Tu t’obstines

Et je ne me comporte

Guère mieux

Qui a tort

Qui a raison

Seul le temps le prouvera…

© Photo, texte, Denis Morin, 2021

Zoom

Tulipes

Le poète

Joue du zoom

S’éclate

Avec si peu de choses

Il déplie

Il déploie

Les fibres

Le papier

Les couleurs

Le poète

Joue

En mode verdure

En mode pétales

Rose en devenir

Tulipe flamboyante

En coulisses

Et au jardin

Le pissenlit et son inflorescence.

© Texte, Denis Morin, 2021

Sous les brins d’herbe

Verrebrisé

Dérive

Bouteille lancée à la mer

Ressac

Étrangement

Le fleuve l’a ramenée

En arrière

Au point de départ

Fracas de verre

Au pied d’un chêne

Urbain

Longiligne

Projet évanescent

Billet

Enfoui

Sous les brins d’herbe

À présent

Je m’étiole…

© Photo, texte, Denis Morin, 2021

Unicité

Bleu3

Chaque cellule

Duplique

Sa voisine

Infinité de points clairs

Dans le bleu sombre

Apparente harmonie

Modernité

Nature saccagée

Pour production industrielle

Ma pensée se divise

D’une part,

Alvéoles de ruche

Architecture artificielle

D’autre part,

Chambres d’hôtel

En modules superposés

Chaque cellule

Duplique

Sa voisine,

Moi, je cherche

Mon unicité

Et toi, la tienne.

Pensée

Pensée

Interstices dans le bitume

La vie s’y incruste

Sans que je ne l’aie demandé

Aucunement de mon ressort

Je ne peux tout contrôler

La vie y a lâché prise

La pensée

S’y est semée

Par un courant d’air

Des graines accrochées

Aux plumes

Ce bleu-mauve

M’ébahit

Du baume

À mes yeux

La nature

Sait bien recycler

Bien que mieux

Que nous ne le saurions jamais.

De l’index

Accordeon

Est-ce un livre

Que l’on effeuille

Un accordéon

Un air de bal musette

Un padam, padam

Chanté

À Montmartre

Par une chanteuse à la gouaille

Inoubliable sa voix

Qui tend le béret

Aux passants

Est-ce toi, ivre

Qui voit trouble

Est-ce lui

Qui ne sait trop

Si ce chapitre le (des)sert

À titre d’auteur

Est-ce elle

Qui ne sait trop

Si ces feuillets la perdent

Dans les intentions du scribouilleur

Est-ce vous

Qui parcourez

Les rues sinueuses

D’une ville (in)connue

Les rides

D’un être aimé

De l’index.

Par le geste même

Plume bleue

Une plume bleue

Entre brins d’herbe

Arrêt du promeneur

Réflexion spontanée

Sur cette ancre/encre légère

Coincée dans le végétal

L’imagination forge une histoire,

Celle d’un volatile

Se dépouillant

D’un élément de sa livrée

Aussitôt emporté par un souffle

Ou bien s’agissait-il

D’un fragment de pendentif

Main gracieuse secouant chevelure

Et détachant

Par le geste même

Une plume bleue

Aussitôt envolée.

Suivez la flèche…

Père-fils

Suivez la flèche rose

Celle de la vie

Est-ce le père

Ou le fils

Qui entre le premier

Dans la cadence

Dans la danse

Je marchais derrière eux

Le cellulaire du solitaire les capturerait

Sous peu

Gare centrale,

Intrigué

Par leur gestuelle,

Leur mimétisme familial

Je devinais déjà le père

Son calme

Chez ce petit

Je percevais

Une certaine assurance

Chez l’adulte

Vingt-cinq ans

À peine

Vingt-cinq centimètres

Les séparent

Suivez la flèche rose,

Celle de la vie

Et des pommiers

Et des cerisiers

Fleuris.

Coeur-café

Coeur-café

Dimanche

L’amitié s’invite

L’amour nous quitte

Attente des nouvelles

Café noir

Amertume

Tes pas sur le bitume

Je reste là

Sous les volutes

Liquide brûlant

Qu’as-tu à dire

Pour ta défense ?

Qu’ai-je à soupirer

De ta présence ?

De ton absence ?

Dimanche

L’amitié s’invite

L’amour nous quitte.

Mon roman Et cétéra

Et_cétéra_

Un jour, Neige Dénommé, romancière et traductrice vivant au Québec, reçoit une brève lettre de France avec pour seul contenu une déclaration énigmatique : « Je vous aimerai toujours ». Son époux, Julien, notaire, n’entend guère raison, lui trop cartésien, qui se méfie justement des envolées littéraires de sa femme.
La curiosité de Neige la poussera à répondre à C. P. 530.
Qui se cache derrière ce message ? Et si le passé à la manière d’une marée haute vous ramenait à la figure des morceaux d’hier ? Entre les deux correspondants, des liens inextricables existent. Pourquoi revenir sur autrefois quand le présent semble parfait contre toute vraisemblance ? À quoi rime ce jeu de paume par confidences fragmentées ? Et si ces deux êtres esseulés avaient justement besoin de ces lettres pour s’apaiser et se retrouver par-delà l’océan…
Les liens d’amour ne meurent jamais. Ils se transforment, mais restent présents, qu’on le veuille ou non.

Nouveauté, parution printanière 2021, en prévente exclusive à la boutique en ligne de chez JDH.

Avenue Bernard

Bain celeste

Faut-il vouloir

D’un bain

À ce point

Et se prélasser si haut

Comme cigogne en son nid

Faut-il quérir

Le vertige

Le prestige

Pour se fondre à l’azur

Faut-il s’isoler

Rêvasser

Reporter à plus tard

L’inéluctable

Faut-il

Télégraphier

Texter

S’établir

Un code

Une zone

L’éloignement plus que réglementaire

Faut-il

Se transmettre

Remettre au hasard

La teneur du message

Télépathie

On revoit dans un an

En terrasse

Avenue Bernard…

Un mot risible

Vitre embuee

L’anonymat me fige

De glace

Dans l’azur,

La grâce

Je navigue en zone grise

Mélancolie ou regret

Je ne saurais dire

Écrire

Pour qui ? Pourquoi ?

M’assaille le doute

Que je redoute

Tant

Que je vivrai

J’écrirai

Mot risible

Un tant soit peu

Lu de mon vivant

Ou à titre posthume

On prise les artistes

Une fois le rideau tombé

Humeur sombre passagère

La révérence, désuétude…

Pollen

Demi-poire

Fruit

Sous ma dent

Pomme

Adam

Optons pour la poire

Bien juteuse

Bien capiteuse

Sous l’incisive

Banalité matinale

Fruit

Son eau sucrée

Humecte les lèvres

Dégouline

Dans ma grise barbe

Merci au fruit

Avant une fleur

Gratitude à l’abeille,

Au papillon

Ayant joué de l’androcée et du pistil,

Ton amour,

Pollen porté par ton souffle.

Cliquetis discret

Plumes et barbelés

Plume,

Meilleure arme

Contre la barbelé

Mots en fuite,

Libres,

Contestataires

Oie

Encrier

Plume-fontaine

Siècle des Lumières

Suivi d’époques pamphlétaires

Au rancard l’encrier

Revampons l’appareillage de l’écritoire

Stylo bille ou clavier

Au cliquetis discret

Et au vocabulaire

Non moins libertaire.

John William Waterhouse (1849-1917)

TheSoulofTheRose-JWW

The Soul of The Rose, 1908

Tout récemment, une lectrice de mon roman Rose Meredith paru chez JDH Éditions m’a prévenu du fait qu’un ami fleuriste devait se départir de reproductions du peintre John William Waterhouse (1849-1917), artiste anglais du courant préraphaélite. Par hasard, la veille il lui avait envoyé les photos des toiles.

Ces tableaux sont maintenant dans mon scriptorium où je télétravaille le jour et où j’écris le soir. La première œuvre illustre la couverture de mon roman. J’étais tombé sur ce tableau lors d’une recherche sur la Grande-Bretagne, en tout début d’écriture.

Somme toute, les artistes communiquent entre eux de bien des manières en présentiel et au-delà des siècles.

Hylas et les nymphes

Hylas et les nymphes, 1895

Tournent les roues…

HiverMtl

Apparente immobilité

Apéro en différé

En terrasse cet été

Pourtant, l’esprit veille,

Bouillonne sous monceaux de neige

Oui, nous irons nous balader,

Déplier la nappe à carreaux,

Rouge et blanc sur le vert de l’herbe

Motricité

Mouvements au ralenti

Le froid nous freine

Mais les silhouettes s’animent

Dans mon imagination

Tournent les roues

Les pistes sont dégagées

Toute possibilité

Existe pour l’être créatif.

Habibi

Habibi

Ta mère est d’Anatolie

Et d’Istanbul

Son passé a traversé le Bosphore

Vers la Méditerranée

Elle a rejoint des parents

Au Liban

Ton père

Provenait du Causase

Montagnard aux yeux noirs

Comme toi

La mer Caspienne et les sommets

J’imagine

Des moutons, des chèvres

Descente vers les pâturages

Tu pensais que j’étais d’Écosse

Ou d’Orient

Nous nous sommes reconnus

À quelque part,

Sur une rive du fleuve Saint-Laurent

Habibi…

Conversations éphémères

Les anges

Conversations éphémères

Au coin de deux artères

Le temps d’un battement d’ailes

Passage des feux

Du rouge au vert

Tout espoir semble permis

Mais contre toute apparence

À des mètres de distance

Tout est maintenant interdit

Le moindre sourire

Le plus sonore éclat de rire

En gouttelettes répandues

La plus exquise étreinte

S’émouvoir…

Baiser virtuel

Par émoticônes

Ville si peu volubile

Vidée des banlieusards,

Des touristes,

Des badauds

Remettez vite vos manteaux

Nous arrivons au terminus

À un coin de rue de là

Des futurs passagers

En attente à l’abribus

Remuent les lèvres

Sous des masques,

Triste vaudeville

Conversations éphémères…

Les fesses aux Antilles

Frimas

Abstraction

Ou presque

Gel envahissant

Ma fenêtre de février

Arbre faisant le guet

Au jardin

En arrière-plan

Je n’entends guère raison

Dans cette magie cristalline

Je gagne

L’innocence enfantine

La clarté irradie

Cristaux argentés

Seuls les Russes et les Scandinaves

Expérimentent aussi la morsure du froid

Et les Québécois

S’imaginent

Les fesses aux Antilles.

Ligne de cœur, ligne de vie

Vuedubus

Assis dans un bus

Sur le bord du rêve

Bretelle d’accès d’autoroute

Ou presque

Tu fais ce songe enivrant,

Sentir la chaleur

Jeux des paumes

Où nul ne perdrait

Sa bulle

À moins que n’éclate

Cette distanciation

Si souhaitée

Par l’État

Mais si détestée

Par le prolétariat

Les commerçants

Et les bourgeois

Juste vos doigts

Pour chatouiller

Ta ligne de cœur

Ta ligne de vie…

À votre vue

Moutons de papier

Chemise à jabot

Perruque poudreuse

Du temps des Lumières

Rangées au musée

En un vaste vestiaire

Documents gommés

Os brûlés par la chaux de l’oubli

Syndrome de la page blanche

Décortiqué

Écume sur l’onde

Le blanc sur l’eau grise

Retailles de papier

À présent frisées

Sous la lame

Toison du mouton

Avant la pelote

Avant le manteau

Et l’abattoir

Suis-je votre émissaire

Suis-je votre exutoire

Quelle image se dérobe

Se défile

À votre vue…

Les graines de tournesol

Tonnelle sous la neige

Oser rêver

Exporter

Toute cette neige

Ainsi en abreuver

Parcelles désertiques

Les pieds nous glissent

Les fleurs se terrent

Sous couvert cristallin

Si blanc

La vigne promet déjà

Raisin nouveau

Comptons les jours qui allongent

À coups de minutes

Curieuse façon de tuer le temps

Concentré de soleil

Jeté au soleil,

Les graines de tournesol

Pour nourrir les oiseaux.

Henri

Ulysse

Selon les humeurs,

Henri

Joue la comédie…

Samouraï en quête d’armure,

Don Quichotte desesperado,

Ulysse déboussolé

Entre devoir

Et chant des sirènes

Selon les rumeurs,

Henri

Pose sa joue

Contre les naseaux

De sa monture,

Zoothérapie oblige

Selon l’honneur

Henri esquisse un sourire,

De ce sourire niais et insipide

Préconisé par son coach de vie

La seule larme

Permise

Est celle du cognac

Dans son café

Henri joue sa vie

Sans la vivre vraiment…

Nour/Noor

Diagonale

Dans la grisaille des banlieues

Nour s’ennuie

S’emmerde

Arpente le bitume

Griffonne sur le béton

Quand il peut

N’a pas froid aux yeux

Une ligne de khôl

Lui confère

Charme et mystère

Il s’imagine

Djinn

Perruque blonde

Paillettes

Jupe moulante

Escarpins vertigineux

Il serait alors la belle Noor

Dans la grisaille des banlieues

Nour voit au-delà de la pluie

Se démerde

Attend la fin des brumes

Écrit Nour ou Noor

Selon la nature

Des graffitis

Il/elle est un.e djinn

Le reste importe si peu

Nour/Noor trace une ligne de khôl

Sous ses yeux.

Pomme mûre

Arbre en hiverArbreetvigne

Je suis…

Arbre sous la pluie

Branches et cep de vigne

Sous la lumière de l’hiver

Je suis…

Tristesse et joie

Et toi ?

Chez toi, dans son écrin

Derrière son écran

Je suis…

Clichés pris par un après-midi

Idées préconçues

Images à déconstruire

Je suis…

Audace apparente

Malgré l’incertitude

En dépit des habitudes

Je suis…

Coups de dents du lièvre

Sur écorce

Coups de bec du geai bleu

Sur sol gelé

Je suis…

Fruits confits

Marmelade

État parfois de déconfiture

Je suis…

Le chien qui arrache une corolle

Flétrie

Ma vie

Pomme mûre suspendue au pommier

Je suis…

Un Nouvel An pas comme les autres

Réveillon311220

La Saint-Sylvestre s’était passée à corriger le texte d’un prochain roman et à échanger des messages avec une amie vivant à Toronto et un collègue séjournant en France. Puis, ce Nouvel An a été célébré en solo dans ma chambre sombre aux murs bleu minuit. Seuls me surveillaient le chat noir du cabaret montmartrois en son cadre, mon chien couché contre mon flanc et mon père en médaillon posé sur la commode. Après une coupe de vin et deux coupes de jus de canne berge au rouge intense, je me suis dit que j’amorcerai 2021 en création. Voici des notes pour une nouvelle sur du papier recyclé. Somme toute, en l’aube de cette année nouvelle, je vous souhaite de créer votre vie, à l’image et à la hauteur de vos aspirations. Amusez-vous bien !

Camille Claudel, courrier de la Saint-Sylvestre 2020

Camille-311220

J’avais commandé cette correspondance de la sculptrice et illustratrice Camille Claudel en novembre 2020. Chez Gallimard, rupture de stock. L’ouvrage a été réimprimé en mi-décembre, mais je m’attendais à le recevoir mi-janvier 2021. Voilà qu’il m’arrive pour clore 2020. Pour le nombre de copies, je travaille sur un projet visuel lié à mon recueil de bio poésie,  »Camille Claudel, la valse des gestes ». Quant à toute autre motivation, étant de nature excessive sous mon allure sage, quand j’aime, j’aime intensément. Donc, trois copies, rien de moins.

Je fuis

Reflets

Vie

Sous le clinquant

Tout est allumé

Cirque de nuit

Au musée

Les boules au miroir disco

Salle d’attente virtuelle

Et quête du grand amour

La drag queen se la joue clown

Mais il pleure sous le maquillage

Parterre vide

Vie

Sous l’éclat de la modernité

Perte de repères

Vertige sanitaire

Au siècle dernier, c’était

Grippe espagnole, Sida et génocides

Où sont passées les ombres

En redingote et en robe de bal

Le sdf se berce seul,

Clope au bec

Hier, il était au banc des accusés

Maintenant, soleil chassant

La nuit

Maintenant, neige fondant

Je fuis…

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

En son réchauffement…

Coeur dans la glace

Elle / Il aime

Pourfendre les eaux

En canot

Ou même à la brasse

Un malard guette

De la berge

Rien ne lui échappe

Je scrute

Ce cliché tout gris

Pris en après-midi

Un cœur timide

Se dessine,

Onde dégelée

Y a-t-il l’aube d’une nouvelle idylle

Se taisent les îles

Ce rivage me semble incertain

En son réchauffement…

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Amorcer la nuit

Persienne-lumièresémeraudes

Un poète

Se met en joue,

En ligne de mire,

Portable en main

Son citronnier vert

Le met en garde à vue

Il espère

Derrière les persiennes

Le vert émeraude,

Autre versant,

Attise les regards

Du moins le sien

Sur le point de clore

Les volets

Un cliché de plus

À la dérobée

Pour amorcer la nuit.

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Les bulles

Fulgurance3

Ivresse en solitaire

Vibrance solidaire

L’acteur ou le spectateur

Est juste

En quête de happy end

Derrière les décorations

Les bulles,

Taches lumineuses

Sur paroi vitreuse

Y a-t-il un sens

À cette histoire

Une année s’étiole

Une autre se pointe

Au calendrier

À vos marques…

Prêts, partez !

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Cette nuit-là

Crèche italienne

Il y a 2000 ans

C’était hier pour les anges

Un berger partait

Avec ses fils

Rassembler le troupeau

À la nuit tombée

Nulle trace

De l’agneau égaré

Que le berger portait

Souvent sur ses épaules

Lui épargnant

Trop longue fatigue

De la grotte là-bas

Hululait

Une chouette

Dérangée

En sa routine

Le berger et ses fils

Parlaient

De constater ce qui s’y trouva

Ils virent

Un père, une mère

Des anges virevoltants

Un bébé en langes

Et un agnelet

Qui s’apprêtait à réchauffer

Les pieds du nouveau-né

Le berger, ses fils

Et leur troupeau

S’installèrent

À l’entrée de la grotte,

Comblés de joie

Cette nuit-là.

© Photo, texte, Denis Morin

Les bonniches

Gouttiere et journal

Cet immeuble

Si victorien

Fut-il

En des années glorieuses

Abrite encore

Des secrets d’alcôve

Des faits divers

Des crimes non résolus

Imprimés

Sur journal défraîchi,

Vestige coincé

En la corniche

Elles avaient tout entendu

Mais elles s’étaient tues,

Les bonniches

Derrière ce mur

Et cette frise végétale

Si festive

Pourtant,

La saison n’était plus au bal.

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Les décorations

Boules de Noel (2)

Mon enfance

Mes rêves

Dormaient

En un casier

À la gare

La clef s’était perdue

Au fond d’un tiroir

Au creux d’une valise

Je voulais Paris, Venise

Amsterdam

Et leurs eaux sous les ponts

Mon enfance

Mes rêves

Se glissent à présent

Sur un écran éclairé

En guise de papier

D’un autre siècle

Toutefois, certaines décorations

Ravivent

Mon enfance

Et mes rêves.

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Bonheur en différé

Demie-roue (2)

Demi-lune

Demi-sphère

Lumières

Et chrome

Au-dessus des passants

Indifférents

Qui mendient

Sans le savoir

Un sourire

Une raison d’espérer

En des jours meilleurs

Demi-lune

Demi-sphère

Veilleuse

Pour citoyens

En mal d’effervescence

De réjouissance

On prédit une souche mutante…

Le bonheur sera en différé.

© Texte, photo, Denis Morin, 2020

De toute évidence

Fulgurance1

Tu te consumes

Tu brûles ton existence

Comme chandelle

Par les deux bouts

Tu confonds

Fuseaux horaires

Et chiffres de l’horloge

Tu tapes du pied

Quelle impatience

À la caisse du commerce

Un flot d’injures

Tu déverses

Si tu n’es pas le premier

À la ligne d’arrivée

Mais es-tu vraiment heureux

Je suis curieux

D’en savoir plus

Sur ton compte

Que peux-tu dire

Pour ta défense

J’espère ta délivrance

Des apparences trompeuses

De toute évidence.

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Esperluette

Girafes-grues

La girafe et la grue

Dansent

Divertissent

Sans le savoir

Sans le vouloir

Les passants

Avec autres spectateurs

Un lampadaire taciturne

De jour comme de nuit

Et des pigeons affamés

Picorant maigre pitance

Bec au sol

Perchés aux corniches

Les faucons

Scrutent le ciel

Presque d’un gris souris

Si on use

De l’œil créatif

En jouant sur un angle

En modifiant sa perspective

La girafe et la grue

Graciles

En dépit

Des mécaniques manières

Forment

Une esperluette…

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

À l’orée de ta vie

Trafic

Il pleuvait

Mais la route brillait

De mille feux

Novembre se prenait

Pour décembre

Dans l’autocar

Des regards hagards

Chacun détournait les yeux

Pas l’ombre d’un doute

Distanciation obligatoire

Il faisait trop sombre

Pour lire

S’alanguir

On ne le pouvait pas

Devant tout ce rouge,

Cette rumeur qui bouge

À l’orée de la ville

Il pleuvait

Mais la route brillait

À l’orée de ta vie.

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

L’autocar de banlieue

Erreur 404 (2)

J’aurais donné

Des parcelles de mon âme

Sacrifié des années

Imploré la faux

À Dieu

Senti presque la pointe des flammes

Avant le Paradis

Quant au Cornu,

On ne joue pas au Malin

Avec lui

J’aurais éprouvé

Bien du remords

J’aurais avoué

Sous la torture

Mes torts,

Les vrais et les faux,

Plus qu’il n’en faut

Qui dit vrai

Qui sépare en moi

Le blé de l’ivraie

J’aurais même fait

Compostelle

Pour être sous les feux

De la rampe

Pour d’infimes minutes de gloire

Plutôt qu’être assis

Dans un autocar de banlieue.

© Photo, Denis Morin, 2020

La pelure sphérique

Boules de Noel

La magie sera-t-elle

Au rendez-vous

Cela dépend

De moi

De vous

De nous

Les boules sont accrochées

Telles des pommes

Prêtes à être transformées

En cidre de glace

La magie sera-t-elle

Au rendez-vous

Cela dépend

Des circonstances

De nos humeurs

De l’abondance

De la carence

De notre humour

La clarté diurne

Se frappe

Contre la pelure sphérique

Elle reluit

Me redonnant sous ma barbe blanche

Mon sourire d’enfant.

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Chez Willis Pianos

Willis Pianos

Alice était désargentée

À l’aube d’une crise économique

Mais tout de même concertiste

Cathy s’avérait

Femme-orchestre

Chez Willis Pianos

Des instruments à polir

À la comptabilité

Un jour, Alice se pourléchait

Les babines

En vitrine

D’une boulangerie

Cathy passant par là

La devina fauchée,

Contemplant les mains fines

De l’artiste

Avec gouaille, Cathy lança

‘’Ce sont les brioches

Ou le boulanger baraqué

Qui provoquent la salive ?’’

Cathy acheta quelques pâtisseries,

Fit les présentations

‘’Alice, je vous présente Martin’’

Et Martin l’air de rien balança

Séduit

‘’Ma foi, elle a des mains de pianiste !’’

Cathy eut une folle idée

À son patron, elle parla

Et prêta robe de bal et voilette

À cette nouvelle amie,

Maintenant pianiste-démonstratrice

Chez Willis Pianos

Cathy fut ravie

D’avoir joué sa partition

De fée

Et de marieuse

Depuis, on peut entendre

La nuit

Des mélodies pianistiques,

En provenance des mains d’Alice,

Des discussions animées

Par Martin l’époux de la pianiste,

Des rires en cascades

Émanant de Cathy, la femme-orchestre.

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Chambre de poète

Chambre de poète-vue

Chambre de poète

Poussières à déloger

Persiennes fermées

Plantes endormies

Chien assoupi

Il reste tant

À lire

À vivre

À écrire

Dans ce lieu

En apparence

Si terne

Comme le poète

D’ailleurs

Aux heures

Où il sombre

En mélancolie

Toutefois,

Un livre ouvert

S’avère

Le meilleur des remèdes

Pour chasser l’ennui.

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Le sourire du chauffeur

Bus 404

Non pas l’erreur

Du même chiffre

Autocar pour banlieusards

Mr Bean

Remplacé

Par vue imprenable

Sur trafic

Trajet chic

Service ferroviaire à la dérive

On vous endort

Sur sièges capitonnés

Vous, passagers confinés

Travailleurs navrés

Gardez vos distances

Seul le chauffeur

Arbore

Un sourire nacré.

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Félicité

Papier d'Arménie

Tu te consumes

Tu te condamnes

Éphémère réalité

Mortelle

Charnelle

En transit

Ce n’est

Que dans l’envolée

De ton âme

Que repos

Sera fixé

Je m’enflamme

Je consomme

Je m’engloutis

Me réduis

En cendres

Et me dévaste

Vanité

Parmi les vanités

De nos existences terrestres

Ce n’est

Que dans l’envolée

De mon âme

Que nous trouverons

Félicité.

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Ensemble

Chêneetvignes

Ton corps n’est plus

Mais tu sonnes les heures,

Poing contre le secrétaire

Pulsations à ma tempe

Tu t’annonces

Tu maugrées

Et me protèges

À ta façon

Contre ma déraison passagère

Ton corps réduit

En cendres

Toutefois, les gestes restent

Ta présence se manifeste

Autrement

Au fond, tu l’aimais

Et le regardes

Encore

Le chêne

Que nous avions planté

Pour donner de l’ombre

Pour mesurer nos ans de croissance

Ensemble.

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

La pause à l’absinthe

Coeurdebois

Le temps

S’abreuve

Des joies furtives

Des larmes

Des drames

L’Histoire

Se nourrit

Des guerres

Du fer sanguinaire

Des jeux de pouvoir

Allons voir ailleurs

Si le temps est bon

Et l’Histoire est y meilleure,

Et les leçons de celle-ci

Mieux retenues

Naguère

Nous déjeunions sur l’herbe

Sur nappe fleurie,

Posant pour un peintre inconnu

Avant sa pause

À l’absinthe.

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Renaissance en différé

Tourbillon2020

Jeune marronnier

Délivré de sa verdeur printanière

Tourne à l’ocre et au marron

Cuivre remplace chlorophylle

Joli tout de même,

Même si rayons solaires

Céderont ciel

Aux cristaux de neige étoilés

Jeune marronnier

Tombera en dormance

Temps d’une saison

Endormissement à mon tour

Renaissance en différé.

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Aux portes de l’hiver

Ecchinacée-Oct.2020

T’ai-je dit

Un jour

Que le cœur se dessèche

Que la feuille

Se réduit en poudre

Aux portes de l’hiver

T’ai-je dit

Une nuit

Que l’amour s’enfuit

Au petit matin

Ne laissant

Derrière lui

Que des miettes

Que corolle solitaire,

Faible illusion stellaire

En mon jardin.

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Chargé de soleil

Fenetreembuee (2)

Pluie, larmes, bruine

Sur octobre

Je vais vers toi

Quelque part dans la ville

Qui mendie l’amour

Et des deniers

Pour saouler ton ennui

Pluie, larmes, bruines

Sur l’été enfui

Sur les rêves mis

Sous cloche de verre

Tu m’arriveras dans un mois

Pour un pas de deux,

Tout chargé de soleil.

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

À contre-jour

RestoMansfieldVous ne les voyez plus

Mais ils sont encore là

Les amoureux d’hier

Les amis d’autrefois

Maintenant,

Ils se terrent en leur demeure

Pourtant j’entends les rires,

Les éclats de joie,

Le tintement du verre,

À l’heure où le garçon

Apporte l’entrée

Et le vin blanc frais

À cette table pour deux

Madame a le nez fin,

Décortiquant arômes et fumets

Et monsieur fin palais,

Analysant les nuances de l’aigre-doux

On ne pense surtout pas

À la sortie,

À la note

Comme musique d’ambiance

On alterne entre les chansons de Barbara

Et le techno

Puis ils iront danser

Joue contre joue

Sur un air d’Aznavour

À contre-jour.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

 

Des rêves d’estuaire

Atateken

Vous êtes

Mes frères et mes sœurs

Du nord au sud

De l’ouest à l’est

Pas de pensée de domination

En mon esprit

Apaise la poésie

Les humeurs d’ours

Les hurlements du loup

La plainte des huards

Soulève les oies

Dans leur exil saisonnier

Vous êtes

Mes frères et mes sœurs

Du nord au sud

De l’ouest à l’est

L’ancien conquérant anglais

Tomba de son socle

J’en perdis mon monocle

Ma vision s’élargit

Au continent

À la Terre

Pas question de se taire

Au jeu des essais

Et des erreurs

Au jeu des serpents et des échelles

Retombons pour mieux

Nous relever

Nous envoler

Vous êtes

Mes frères et mes sœurs

Nos voix divergent

Nos voies convergent

Portons nos canots

Jusqu’à la prochaine rivière

Pour rejoindre le fleuve

Qui s’élargit

Passé Québec

Avec des rêves d’estuaire.

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Amours byzantines

Hydrangées-NDBonSecours-Mtl

Devant ta glace

Je reprends

Place

Celle qui me revient

De droit

Mirage

Puis avec ou sans toi

Chaque jour change

Comme un ciel

Azur en mouvance

Parfums de Byzance

Glissement

À partir des coupoles

À présent,

Rien n’est acquis

Tout se vit

Les autres font ce qu’ils veulent

Moi, ce que je peux

Toi, tu m’oublies

Et me regagnes

Tu franchis

Le Bosphore

Telle une brume matinale

Il m’arrive de me taire

Pour entendre

Des oiseaux argentés

Le cri

Le sifflement

D’un train au loin,

Le capitaine d’un bateau

Qui divague

Et qui, momentanément,

Te séduit

Tu me raconteras

La traversée.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Déclarations incendiaires

Fossile

Il me semble

Que tout se fige

Comme fossile

Dans l’ambre

Ou feuille

Dans la visquosité

Du bitume

Amertume

Rappel des jours anciens

Où l’on jouait

Allègrement

À la marelle

À saute-mouton

En toute insouciance

Du lendemain

Du smog

Des guerres

D’une quelconque pandémie

Des êtres chers

À étreindre virtuellement

Des déclarations incendiaires.

© Texte, photo, Denis Morin, 2020

La passagère

Passagere

À première vue

Je ne dépasse

Pas les bornes

Je ne franchis

Pas les lignes,

Les bordures

Tel un enfant sage

Surpris par la pluie

Qui tombe à grosses gouttes

Sur un dessin

Au fusain

Confié

Par le cousin

Déjà affairé

Aux dossiers des grands

J’entre avec le dessin,

Mes esquisses

Et mes crayons

Puis passe un train de nuit

Je n’ai pas sommeil

J’observe

Elle ne franchira

Pas de sitôt

La barrière

Elle va son chemin

De l’autre côté

Des lumières et des phares

La passagère.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

 

Le peintre et la couleur (Hélèna Courteau)

Avatar de elpediteurÉcrire, lire, penser

.

D’abord je rêve un territoire qui nous ressemble
Sans m’en rendre compte je vole vers d’autres cieux

Je ne suis ni celui qu’on invente ni un personnage de l’Histoire des vaincus
Je suis ivre de rencontres
Ville Lumière je te bois.

Dans la rue vivre l’euphorie de la liberté
Incarnée désormais dans mes toiles
Prisonnière.

Je revendique sinon de vivre chez soi
de me représenter par moi-même
De nous présenter tels que nous sommes

Les pigments
Les liants
De notre bonne fortune

De la mort prématurée
Dû aux purges de l’histoire
J’embrasse les passagers de ma vie

.

Mykhailo Boychuk, (1882-1937)

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Les itinéraires métis

Fenetre-cielUne fenêtre se glisse

Écran translucide

Devant le paysage

À l’heure

Où l’œil

Scrute une surface lisse

Au loin,

Îlots sur rivière

Hier,

Des explorateurs

Et des guides indiens

Parcouraient

En leurs itinéraires métis

L’onde

En canot

Le poète explore

Par son imaginaire

Le cou incliné

Comme une tour de Pise

En ces temps d’absence de bises

Ce bleu

Ces eaux

Ce vert obscur

Cette ouate vaporeuse,

Mystères

Que les paupières du poète

Ne peuvent saisir

En leur subtilité.

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Hibiscus

Hibiscus 20200830

De retour du bal

Ça faisait un bail

Qu’elles n’avaient pas dansé

Tournoyé

Ces fleurs en leurs robes

D’un jaune si lumineux,

Si clair

Qu’elles croyaient l’été

Éternel

Comme aux Antilles

Ou aux abords de la Méditerranée

Illusion toute canadienne

Toute québécoise

Toute acadienne

Elles se sont flétries

Parce qu’Eol

N’avait pas prisé

Leurs rires fusant vers le ciel

Leur accent de Nouvelle-France

Égaré

Outre-Atlantique

Durant ce bal

Elles s’étaient imaginées

Sur la plage

En Martinique

Mes corolles d’hibiscus.

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

William et Nelly

Rue Pierce, centre-ville, Mtl

Petite maisonnette

À portes jumelles

Au cœur de la ville

Façade anglo-écossaise

En pierre couleur sable

Corniches, fronton

D’une même teinte délavée

Par les ans et la pluie

Sans négliger du regard

L’ardoise gris souris

Plutôt à la française

Le toit plat, innovation victorienne

Mur latéral en briques brunes

Nulle place pour jardinet

Le charbon livré autrefois

À l’arrière

Ou bien par le portillon anthracite

Sur le côté

Imaginons un pianiste

Prénommé William

Ayant pour voisine une écrivaine

Baptisée Nelly

Se souriant parfois

Et s’invitant rarement

Pour le thé,

Celui de 5 heures

Ou pour un verre de xérès

En soirée

Était-ce la gêne ou par souci

Des convenances,

Frein à l’expression d’une passion

Que l’on percevait

Certains soirs

Où William jouait Brahms ou Chopin

Où Nelly déclamait sa poésie

Fenêtre ouverte

Par la joie secrète du pianiste

Depuis le piano s’est tu

Les partitions ont jauni

Dans l’armoire d’un cousin amnésique

Les livres ont terminé

Leurs courses

J’ose l’espérer

En un quelconque fonds d’archives

Et non pas consumer

Dans l’âtre du salon

Par un nouveau propriétaire

Épris de déco contemporaine

Ayant envoyé valser

Les charmes vieillots d’hier

Comme seule évasion maintenant,

Un immeuble à paroi de verre

Où se mire le ciel

Pierre tombale moderne

Pour oiseaux désorientés

Par les rumeurs de l’été.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020