Imaginaire sans frontières

CoucherdesoleilDMontagnes

Ta pensée

Ne se confine pas

En un lieu

En une destination

Gare

À toi si tu restes

Immobile

Tu pourrais prendre

Racine

T’incruster

Dans une routine

Obsessionnelle

Voire maladive

Ta pensée

Ne se confine pas

En un lieu

Retiens bien cela

Car la vie

Ne te le répétera pas

Cent fois.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

 

 

 

Le buffle

Le buffle

La bête docile

Pas du tout agile

Avance dans la vase avec ses lourds sabots

Rizière

À perte de vue

Le maître frappe la croupe

Pour tant de boulot

Le buffle docile

Est pris pour un imbécile servile

Il mène son destin

À peine plus séduisant

Qu’une tortue

Il se veut utile

Et n’a guère le temps

De se démembrer

Puis de s’assembler

En un casse-tête.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

Minute

Doigts de la fée

Minute, dis-je !

Minute, fige

Comme l’oiseau sur une corde à linge

Par un matin hivernal

 

Minute, pas le temps

Nul besoin de compter

De me décrire

Les grains de sable

 

Serais-tu trop aimable

Pour retourner le sablier

Sur son pied

Serais-tu trop affable

 

Laissons les contes

De côté, les ogres et les fées

D’ailleurs, ces dernières

S’esquivent sur la neige.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2020

 

 

Entre le pourquoi et le comment…

Encre

 

Dans sa tête c’est la tourmente

Le vent qui gonfle les voiles

La maison qui se transporte

Les poètes que l’on déporte

Ces nouvelles notions qu’il faut retenir

Au travail, nouvelle routine

Derrière soi, le spleen

Ces nouveaux visages qui s’apprivoisent

Les mots voyagent tout comme lui

Entre la marche, le train, le métro

Dans sa tête, ce sont les feuillus

Pris au dépourvu

Par l’hiver trop brusque,

Par la cadence soudaine

De la vie moderne

Tout défile, le futur tracé du REM et les paysages

Guère le temps de déguster un sauternes

Ce rythme intense se digère

S’ingère en écrivant des poèmes

Au fil des stations

Entre le dedans et le dehors

Entre le pourquoi et le comment.

 

© Encre tourmentée, texte, Denis Morin, 2020

 

 

 

 

Me fondre dans le bleu…

Je veux

Me fondre

Dans le bleu

Sur table

Pour mettre

Cartes sur tables

Je veux

Toucher

Ce bleu

Dans les arbres

Me brûler

Les doigts

Me tacher

Les doigts

Métamorphoser

L’ordinaire

En extra

Saupoudrer

Du zeste de beauté

Sur les restes

Du quotidien entamé

Que l’encre

Soit mon sang

Que les courbes et lignes

Des lettres

Émergent

Que les pulsions destructrices

Soient

Pulsions créatrices

Je veux

Me fondre

Dans le bleu…

 

© Photos, texte, Denis Morin, 2019

 

La main sur le cœur

Auberosée

La main sur le cœur

C’est ainsi que l’on prête serment

Que l’on jure fidélité

Et que l’on paie chèrement

Souvent de sa vie pour la patrie

 

La main sur le cœur

C’est ainsi que l’on déclare

Son amour le plus fou

Que l’on déraisonne

Que l’on se passionne

 

La main sur le cœur

C’est ainsi que je conserverai

Nos plus intimes secrets

Nos jeux dans la forêt

Ce feu qui ne cherche qu’à s’éveiller.

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

 

 

La tête à l’envers

ParcNicolas-Viel

L’arbre est dans ses feuilles

Comme le chante Zachary

L’arbre est dans un cri

Celui de l’oiseau

Qui cherche où se percher

En attendant la lente croissance

D’une forêt en devenir

L’arbre est dans ton dessin,

Celui de ton enfance

Pourtant pas si lointaine

Où tu glissais en pleine insouciance

Parfois la tête à l’envers…

 

 

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

Amazonie

Pendant que l’Amazonie flambait,

Nous partagions un pichet de bière

Sur la rue Saint-Denis ou sur Mont-Royal…

Pendant qu’il faisait un temps idéal

On ne devait pas se soucier de septembre

Et des obligations sociétales…

Pendant que se tenait la Mostra de Venise

Sur l’Atlantique, une jeune Suédoise traversait

Pour convaincre d’une urgence mondiale…

Pendant que l’Amazonie flambait

À Londres, du Brexit on parlait

Bientôt, il n’y aura plus de carnaval.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

 

 

 

Les semelles

Le chat botté

Bat la campagne

Avec ses bottes de mille lieues

Son iris capture déjà

L’horizon bleuté

Et le soleil flamboyant de l’été

Et les brebis célestes

Qui broutent des prés d’azur

 

Des souris grises

Lui passent entre les pattes

À l’heure où il se grise

À coup sûr

Du parfum du trèfle

Et de l’herbe tendre

Collant à ses semelles.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

Constamment

Je doute constamment

Malgré mon air frondeur

Mes yeux levés au ciel

Comme en état d’apesanteur

 

Je me questionne constamment

Sur le succès des uns

Sur la déveine des autres

Je me fais spectateur du destin

 

Je dessine constamment

Des points de suspension

À l’image d’idées inachevées,

Œuvres en gestation.

 

Je doute constamment

Et vous ?

 

© Texte, Denis Morin, 2019

Le petit prince, le renard et la rose

Le petit prince dit

Cette rose je la veux

En mon jardin

Pour moi seul

 

Le renard lui répond

Cette rose je te la volerai

Pour en faire la joie

De mon museau

Elle sera à moi seul

 

La rose clôt la dispute

Non, mais c’est quoi ces manières !

Laissez-moi être votre amie

Laissez-moi offrir

Aux passants, aux quatre vents,

À la lune,

Au soleil,

À la lumière

Mon parfum et ma beauté !

 

© Texte, Denis Morin, 2019

Ce poème est, vous vous en serez douté, un clin d’oeil à St-Ex.

De la cloche à la biche

La cloche de grès

Ne porte pas de regrets,

Sons qui s’envolent

 

Gâteau de fête,

Il contient des arômes

Et des mots si doux

 

Sculpture de bois

L’artisan y a gravé

Impressions passées

 

Au jardin de mai

Le lilas j’ai respiré

Envol de l’oiseau

 

Soulier verni

Pas de danse oubliée

Mais lumière luit

 

Pistes sur neige

Lumière dans le sous-bois

Une biche attend

 

 

© Textes, Denis Morin, 2019

Toujours

Toujours

Se vit dans l’audace

Dans la quête de l’impossible

De l’inaccessible

 

Toujours

Une promesse

Une résolution

À tenir

Surtout devant témoins

Ou en son for intérieur

Pour s’éviter les regrets

Et le sarcasme

 

Toujours

Comme une ambition

Une rime de chanson

Entendue, reconnue

Fredonnée d’hier à aujourd’hui

 

Toujours

Évoque amour

Avec ou sans cérémonie

Porter en son cœur

Le souvenir des êtres

Présents et disparus

 

Toujours

Un mot-velours

Qui défile dans la vie

Comme une habitude

Une certitude

D’être là

À quelques pas

Ou à mille lieues

Tout de même si près.

 

© Texte, Denis Morin, 2019

Le matin

Le matin. En passant.

Rame de métro. Où sont les oiseaux ?  Ils dansent en notes sur MP3 et sur des cellulaires.

Je n’ose regarder les passagers.  Prison de verre et de plastique.  Wagon, tunnel.  Message inaudible à la clientèle.  Certains dorment, baillent, lisent, se lèvent, tiennent à peine debout.

Sortie quatre stations plus loin.  Bousculade d’étudiants.  Dictionnaire à peine acheté, dictionnaire à peine échappé sur les rails.  Interruption de service.  Je n’y suis pour rien ou si peu. « Non, rien de rien… » qu’elle chantait la Piaf.  Elle dort au Père Lachaise.

Prenez donc une bûche et venez me jaser un brin le matin.

 

© Texte, Denis Morin, 2018