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Du panache

Il a du panache

Ce chêne

Debout

Au jardin arrière

Éclatant

Sous le verglas

Paré d’argent

Et de cristal

Belle livrée

En attendant

Un soleil moins timide

Une météo moins humide

Il a du panache

Ce chêne

La nuit dernière

Des lièvres mangeaient

À son pied

La nuit dernière

Je rêvais à tes bras

Pendant que soufflait

Un vent violent

Et que s’animaient

Des ombres virevoltantes

Dans l’air

À vous arracher un toit

Tu déambulais justement

Dans mon esprit

Insaisissable

Reconnaissable

Parmi la foule

La main je te tendais

L’indifférent, tu jouais

Moi, toujours inquiet

Je n’y peux rien

C’est fou

Comme ton regard

Me transperce

Me terrasse

Car tu as aussi du panache.

© Photo, texte, Denis Morin, 2021

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Perspective

Tout avait commencé

À l’heure avancée

Veille d’un lendemain

De verglas

Avait-on annoncé

Marche lente

Dans une banlieue dortoir

Délaissés les grands boulevards

De la grande ville

Et les bruits lointains

Juste le temps de rentrer

Par autocar

Sagement

À la maison

Lire, s’endormir,

Demain entre vaisselle et lessive

Écrire

Voir cette journée s’enfuir

Comme si elle n’avait pas existé

Ces lucioles électriques,

Relents d’enfance

Inévitables madeleines de Proust,

À la hâte, cadeaux déballés

Visages ravis

Ou désappointés

Tout est question de perspective.

© Photo, texte, Denis Morin, 2021

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La plongée

Il répète

Machinalement

Les gestes d’avant

Les noces

Après

Une page blanche

Amnésie totale

Les visages,

L’épouse et les enfants

Lui semblent familiers

Des prénoms fourmillent

Au bout de la langue

Mais le mutisme le prend

Parfois, ces êtres

Ce voisinage signifie le danger

Alors, il se démène

Bascule les chaises

Déchire la chemise

Ou l’alaise

Mord la main qui veut l’apaiser

Si cette dérive se poursuit

Faudra le placer

Dans un établissement

Sangles et tranquillisants,

Le tout fourni

En position fœtale

Il fredonnera dodo l’enfant do…

Fin du scénario

Il repartira de là

Tôt ou tard,

Les pieds devant

Le médecin avait

Établi sur un feuillet raturé

Un pronostic,

Document égaré

Depuis longtemps,

Celui de la plongée dans l’oubli.

© Photo, texte, Denis Morin, 2021

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L’arbre-phare

En saison ordinaire

Comme si les saisons peuvent

Être banales

Elles ne le sont que très rarement

Cet érable à sucre serait commun

À peine le remarquerait-t-on

Décoré de ces étoiles bleues

Il se métamorphose

En arbre-phare

Sa structure porte clarté

De loin comme de près

Il a fière allure

Il apporte magie aux petits

Et du baume sur le cœur

Aux plus grands

Retombés en enfance

Le temps d’une promenade,

Le temps d’une sérénade

Hier, nous avions dix-huit ans

Maintenant, cinquante

Ou trois fois vingt ans

Nos rides s’estompent

Sous la joie puérile

Procurée par cet arbre-phare.

© Photo, texte, Denis Morin, 2021

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Peau de porcelaine

Peau de porcelaine

Tu y as déposé tes lèvres

Légèrement gercées

Qui goûtent le sel

Rarement le miel

‘’Non, je sais

Tu les veux absolument

Au miroir,

Tes œufs

Sans le soleil crevé’’

Doux taiseux

Deux gouttes de café

Ruissellement en surface

Elles ont séché

Comme deux larmes

‘’Un homme, ça ne pleure pas’’

On nous l’a dit

Parmi tant de clichés,

De banalités

Mais tu as pleuré ton chat,

Celui apprivoisé

De la plus obscure ruelle

Porte refermée

Après un p’tit déj trop vite avalé

Le chien renifle ton odeur

À présent

Partout

Où tu es passé

De l’entrée à la cuisine

En te nommant

Il se met à gémir

Appel

Comme on veut revoir

Surgir

L’ami

L’amant

L’amour.

© Photo, texte, Denis Morin, 2021

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Hors saison

Elles ont cru

Au jardin

Les roses

Je les pensais mortes

Fanées

Gelées

Sous un couvert de neige

À ma pensée

L’été s’était désagrégé

Puis à ma vue

Elles se sont dessinées

Contre gris métallique

Et jaune sécurité

À même un sac en toile cirée

La passagère

Y avait sa vie

Clef en main

Un présent à crédit

Pourtant, j’ai toujours cru

Que les roses

Ne devaient pas

Être hors saison.

© Photo, texte, Denis Morin, 2021

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Wilson, père et fils

Monsieur Wilson

Fit carrière

Dans la taille de pierre

Il l’extrayait

Rugueuse à souhait

Puis la polissait

Pour exercer sa patience

Monsieur Wilson

Eut un fils

Unique

Déshonoré

Car ne voulant pas

Se transformer en gisant,

En industriel monument

Fiston préférait le pinceau

Et le ballet

Le descendant

Glissait les soies sur toile,

Glissaient ses pas

Sur le sol usé

Il chorégraphiait sa vie,

Père suivait

Le carnet de commandes

À chacun son devoir

Par ironie du sort

Monsieur Wilson mourut

Le fils exposant

Ses toiles à Londres et à Dublin

Son corps élancé

Sur les planches d’une scène parisienne

À son retour à Montréal

Le fils pour narguer

La mémoire du père

Appliqua une bavure bleutée

Crachat ou baiser

C’est selon

Sous le nom Wilson,

Père et fils

Étrangement réunis.

© Photo, texte, Denis Morin, 2021

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Leonard C.

Leonard C.

Face au musée

Surplombe la ville

Les femmes de sa vie

Sa mère

Les bonnes

Les amantes

Ne l’attendent plus

Il n’est plus en tournée

Il n’est plus le don juan passager

Il dort sous la pierre

Des monuments à sa mémoire

On pourrait élever

À Tel Aviv

Sur les plages avec vue

En mer Égée

Et ce portrait immense ravive

La nostalgie

Sa voix grave

Son chapeau incliné

Écoutons ses chansons

En reprise

Prolongement de sa voix

Leonard C.

Face au musée

Surplombe maintenant la ville.

© Photo, texte, Denis Morin, 2021. Murale de El Mac et Gene Pendon et 13 artistes-assistants de l’équipe MU, 2017 ; photo initiale, Lorca Cohen, fille du chanteur.

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Clémentine

Ligne en apparence

Anodine

Clémentine

De sa main tremblante

Versement

De ce rose-évasion

De ce rose-Piaf

Sa ligne de rêve

Son sillon de vie

Tout ce dont elle voulait

Résidait

En ce sillon clair

Sur granit noir

Presqu’une prière

Une incantation

Voire un cri

Étouffement

Elle n’en pouvait

De l’hiver

De l’enfer

Des rues

Déchéance

Elle s’est saignée

Bouteille de vodka

En guise de témoin

D’agonie

Un éclat au poignet

Son corps on a transporté,

Non réclamé

Fosse commune

Un employé du métro

Récure

Mais la trace perdure

Du rose-Piaf

De Clémentine

Quelque part

Au coin des rues

Sanguinet et Sainte-Catherine

Une lointaine cousine

Fredonne…

Padam, padam…

© Photo, texte, Denis Morin, 2021