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Voici que…

Tête de chat

Voici que…

L’orage s’annonce

La panne électrique 

Se prolonge

Il faut sortir les bougies

Lire si cela est possible

À la lumière vacillante

Rire un peu 

Pour dédramatiser

Allumer le feu

Dans l’âtre

On se sentira bien mieux

À l’aube

Tout sera oublié

Le chat s’étirera

Après ses rêves de chasse

Et de souris vaincues

Le bel amour préparera le café

Du matin

Les draps auront

Encore le parfum

De la nuit

Dehors, un cumulo-nimbus

Broutera lentement

Son pré d’azur.

© Dessin, texte, Denis Morin, 2022

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Que voyez-vous ?

Sable du désert

Rose des sables

Cercle de verre

Tout se contient

En son centre

Sucre d’érable

Cire d’abeille

Côte sablonneuse

Érosion

Pain de savon

De Marseille

Copaux ramollis

À l’eau

Pourquoi faut-il

Une étiquette

Une définition

Circonscrire

Est-ce si important

Tout est plausible

Tout est possible

Que voyez-vous ?

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

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Emily D.

Boutons blancs

Nacre et ivoire

Industrialisés

Prélèvement

Sur chemise aux manches élimées

Ma mère les ramassait

On ne sait jamais

Ça pouvait toujours servir

Remplacement requis

Je fais de même

Dans un grand pot de confiture

Vide

Je l’ai rempli

De ces particules trouées

Ajours

Pour fil

Boutons blancs

Ornement ancien

Étrange perlage

Serrures pour vêtement

Préserver le corps

Du froid

De la lumière

De l’œil voyeur des autres

Boutons blancs

Fleurs des champs

Confinées en herbier

Les ciels et les horizons

Contenus

Dans le cloître d’une chambre

Comme les poèmes

D’Emily Dickinson.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

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Et cétéra – genèse

La genèse de ce roman fut un rêve étrange dans lequel une écrivaine québécoise ouvrait un courrier en provenance de France pour y lire sur un papier au couleur et au parfum de lavande : « Je vous aimerai toujours. » Au réveil, j’ai noté l’idée sur papier.

Ensuite, je lui ai associé un notaire de mari, ennuyant comme la pluie, aux racines polonaises. Les prémices m’intriguaient. Un très bref canevas fut établi par la recherche de prénoms et de noms de famille. Le puzzle prenait forme.

En quelques jours, je me suis retrouvé avec des personnages du Québec, de France, de Pologne et d’Écosse. Cela m’a permis de me promener aussi dans le temps entre la Deuxième Guerre mondiale et 2021.

Contrairement à bien des artistes paralysés par le confinement, mon esprit était libre de créer à sa guise. Dans ce roman épistolaire écrit au printemps 2020, j’ai pu traiter aussi des dons musicaux et visuels qui se transmettent d’une génération à une autre. La génétique, c’est bien plus qu’une histoire de couleur de cheveux ou d’iris, il me semble. Nous sommes le fruit des générations précédentes et nous réinterprétons le monde dans notre siècle comme l’ont fait nos devanciers en leur temps.

Toute cette histoire s’est développée en écoutant la musique de Jean-Michel Blais, pianiste et compositeur de trames sonores pour le cinéaste Xavier Dolan. Si vous aimez la musique ou si vous souhaitez redécouvrir le roman épistolaire, un genre littéraire relégué aux oubliettes, je vous invite à lire Et cétéra qui reçoit jusqu’à présent des avis très favorables.

Extrait :

Elle prend la tête de Julien et l’appuie contre son ventre d’épouse et de mère. Elle lui murmure…

— L’amour, ça ne meurt jamais. C’est un bulbe qui tombe en dormance, mais qui se réveille et livre une fleur, grâce à un peu de chaleur.

Julien reprend son souffle à ce moment précis, embrasse la photo, pose le cadre sur son bureau avant de chuchoter sa gratitude.

— Merci d’être la femme de ma vie. Je ne te mérite pas.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

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Les lucioles

Au haut de la fenêtre

Rectangle sous néon

Un billet

Plié,

Un propos replié

Sur lui-même

Une confidence

Figée

Dans le temps et l’espace

Don anonyme

Aux passagers

Au loin,

Des lampadaires

Qui se la jouent lucioles

N’allez pas croire

Que ces mouches sylvestres

Avec abdomen lumineux

Ne circulent qu’en forêt

Le poète les décèle

Sur son itinéraire

Suffit de porter le regard

Au loin

Et d’imaginer

Le possible

Dans l’inaccessible.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

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Les mots qui libèrent

Il y a six mois environ Denis-Martin Chabot, écrivain et directeur général de Fierté littéraire, lançait un concours de nouvelles sur le thème Les mots qui libèrent afin de dénoncer la violence dans les rapports amoureux et intimes des personnes 2LGBTQIA.

J’ai participé dans l’optique d’ajouter mon grain de sel avec ma nouvelle Jérémiades. Des textes retenus en provenance du Québec et de la francophonie, il en a résulté le beau collectif Les mots qui libèrent. Je suis ravi d’être de la partie. La superbe couverture est l’œuvre du comédien et artiste visuel Jean-Benoit Archambault.

Le Bureau de lutte contre l’homophobie et la transphobie du ministère de la Justice du Québec soutient ce projet.

La vente de ce recueil aidera aux activités de Fierté littéraire. Il est possible de vous en procurer un exemplaire en contactant Fierté littéraire ou en passant par les Éditions TNT.

Bonne lecture !

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

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La poésie, un art particulier

Fulgurance

La poésie est un art particulier dans la mesure où c’est le plus libre des genres littéraires. On peut rimer ou s’en balancer. On peut à sa guise emprunter divers sentiers, déambuler, courir, s’arrêter, contempler et l’air de rien défier le monde et ses conventions séculaires.

La poésie joue avec le lectorat et l’auditoire. Elle se découvre en solo, en duo, en groupe, tant en privé que sur la place publique. Elle se révèle au cours des festivals, sur les murs et les places publiques. Elle se lit au coin du feu ou en plein midi. Elle n’a ni d’heure, ni de lieu pour s’écrire, se dire, s’entendre et se vivre.

La poésie s’amuse avec les concepts, défie les clichés, éloigne les limites du convenu, défriche une clairière dans l’imaginaire. Elle repousse du revers de la main les certitudes d’hier pour mieux inventer le présent et tracer les pourtours du futur.

La poésie crée des images et des impressions. L’esprit de l’artiste émet ces ondes nomades que l’oreille et l’iris des badauds de passage sur cette terre saisissent, interprètent, décodent, selon un ressenti propre à chacun, chacune. En ce sens, elle est unique par sa compréhension.

La poésie effleure la peau, parfume l’ordinaire d’un brin de folie. La sensualité et les émotions sont au rendez-vous des êtres en osmose et de leurs témoins. On s’y trempe le gros orteil ou on y plonge. Tout devient possible et les éléments tangibles se métamorphosent en fulgurances dignes des lumières fractales d’un kaléidoscope ou du plus somptueux mandala. À vous de choisir.

Pour l’instant, laissez-vous porter.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

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Les humeurs

Copaux de bois

Crayon aiguisé

Après le tranchant

Récits qui me livrent

Bataille

Dans ma tête

S’écrit le plan

Souvent en songe

Fil d’Ariane se déroule

Et se révèlent

Personnages

En requête d’existence

Par où commencer

Par où finir

Élaguer

Développer

Mettre le papier à la corbeille

Ratures

La gomme, tout près

Parfois, une coquille par exprès

Un alinéa

Par ci, par là

Comme un soupir

Suis-je le seul

À comprendre

L’histoire

Le vécu

La trame

Les intentions

Les actes manqués

Tout ce vécu

Abandonné en marges

Larges ou étroites,

Selon les humeurs

De l’auteur.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

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Même la pierre s’effrite

Alphabet

Éclairant le mur de béton

Formes géométriques

Propagande médiatique

Les pour et les contre

S’affrontent

Sur le quai, les citoyens

S’impatientent

Un nouveau train

Ne saurait tarder

L’imminence du chaos

Accès aux mers

Noire, Baltique

À tout prix

Les vies valent si peu

Toute déclaration est à saveur patriotique

Un président s’exprime

À l’ennemi en russe

Un autre se confine

Dans sa maison blanche

Ou dans un bunker dans l’Oural

Un premier ministre se dandine

En visite

À l’Élysée

Nous ne savons plus trop quoi

Penser

Des gamins de onze ans

Progressent vers la Pologne

La République Tchèque

À pied

Semelles trouées

La peur dans les yeux

La faim au ventre

Faites vos jeux

Messieurs les politiciens

Que l’on remette une province

Un port

À l’occupant

Au jeu des empires

On verse toujours le sang

Des autres

On retrace les cartes

On les brasse

S’embrouillent les alliances

Les appuis ne sont plus

Même la pierre s’effrite.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

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Les cadres vides

Les cadres vides

Font piètre exposition

À moins que le peintre

Au teint livide

N’ait subi

La censure

D’un dictateur hautain

Je demanderais

Aux enfants de Moscou et de Kiev

Des dessins à la craie

Sur ce mur de béton

Refuge de métro

Un soleil citron

Un chien, un chat

Des fleurs

Des gamins qui jouent

À se créer des lendemains

De leurs petites mains

Entre ces pourtours d’aluminium

Laissons aux grands

Aux puissants

Le soin de se déchirer

Que les petits remplissent

Le silence

Des cadres vides.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022