Blogue

Non classé

Ta lumière

Lucioles-déc.

Rembrandt

Besoin intrinsèque

Des ténèbres

Pour l’éclosion de la lumière

Par les regards

Les visages éclairés

À la chandelle

Tout comme les comédiens,

Les musiciens

De l’époque baroque

Dans les ombres

La dentelle des fougères

Mortes de froid

La silhouette des arbres

Dénudés

Cadence accélérée

Ta façon de lutter

Contre le froid

Dans ta tête

Sous bonnet de laine

Transite un air de Marin Marais

Ou une fugue de Bach

Te voilà toujours en cavale

Maintenant,

Réchauffe-toi

Pose-toi là

Sur ce tabouret

En arrière-plan, la nuit

Pour qu’enfin Rembrandt

Plutôt sa descendante

Saisisse ton éclat,

Ta lumière.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

Non classé

Gaspard U.

Tout est allé

Si vite

L’acteur dévalant

Une pente

Sans casque

Se heurte

Clash

Choc

Des skieurs

Lui et un autre

Plus baraqué

Lui si frêle

Inconscient

Étendu sur la neige

Un merle

Sa vie défile

Comme un film

Pour lequel il reçut

Prix et hommage

Parcours sans faille

Une gueule d’ange

Une balafre

Relique de l’enfance

Un corps de rêve

La tendresse dans le regard

Des gestes qui appellent

Cette même tendresse

Ton parcours,

Celui d’un Gérard Philipe

Ou d’un Patrick Dewaere

Allez savoir

Sur la route, ambulance

Pourquoi certaines trajectoires

Sont fulgurances,

Aurores boréales

Avant la tombée du ciel

D’un rideau de scène

D’un clap bazardé

Par un réalisateur impatient

Prestement

« Coupez ! »

Nom : Ulliel

Prénom : Gaspard.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

Non classé

Par les rues

Le livre

Rangé sur un rayon

Un parmi d’autres

Son papier recyclé

Ou jauni

Selon sa date d’impression

Ses lignes

Maintenant pixélisées

Numérisé le récit

Robinson et son île

Miniaturisés

Proust y découvrirait

Yourcenar

Lirait Duras ou Beauvoir

Allez savoir

Jules Verne s’éclaterait

Par tant de signes

Tant de lumières

Fidéliser les usagers

Aux lieux de savoir

Résultat, citoyen.ne.s éclairé.e.s…

Mais qu’en est-il

Du savoir-être

Du savoir-vivre

Sans doute

Partis errer

Par les rues

À la pêche

D’un poisson d’avril.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

Non classé

Fin ou début

Fin ou début

On ne le sait plus

Se montent les échafaudages,

Les structures

On creuse le sol

On monte vers le ciel

Chaque époque

Croit gommer

Les civilisations d’avant

Monde étagé en strates

Multiplication des tours de Babel

L’éphémère a le sens du clinquant

S’y mirent les nuages

Mirages sur parois de verre

Les oiseaux s’y cassent le bec

Projectiles de volatiles

Sur les casques des travailleurs

Et les laveurs de vitre

Écoutent du disco

Diversion du vertige

Et des bourrasques

Faut bien s’attacher

Avec le cordage

Sinon tangage

Début ou fin

C’est dimanche

Et je rentre mes mains

Dans mes manches

Pour ne pas penser

À la tempête annoncée.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

Non classé

Accent circonflexe

Arcade sourcilière

En accent circonflexe

Très perplexe

Attente du bus

La vie nous pousse

Pourtant, passage précédent

Loupé

Comme tant de trains

Comme bien des occasions

Soudain,

Révolver sur la tempe

Estampe

Ce n’était pas prévu

À l’agenda

Son patron ne l’avait pas prévenu

Que départ pouvait si vite survenir

Main sur la gâchette

Bang, bang

La sang plus loin

Glaçage sur neige

Sordide manège

Hors cadre

Un corbeau le bec trempé

Dans le rouge

Humeurs écervelées

Pièces d’identité envolées

Une femme s’approche

Du mort

Plus rien ne bouge

Sinon sa sacoche

Achat compulsif, mais en solde

Elle verse deux gouttes

De parfum

Au cou du défunt

En guise de pleurs

Après tout,

C’est un pur inconnu

On s’émeut pour ses père et mère

Une star de cinéma

Le chauffeur de bus

Détermine

Les lieux

Zone de crime

Mesdames, messieurs,

Annulés les prochains trajets

Pour le reste de la journée

Veuillez nous en excuser

Les trajets alternatifs

Comme autant de chemins de traverse

Sont à prévoir aujourd’hui

Bonne chance,

Reprise du service demain

Merci d’utiliser

Notre transport sécuritaire.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

Non classé

Les relents de l’été

Raisin

Abandon sur tonnelle

Volontairement

Plus haute teneur en sucre

Les oiseaux n’ayant pas déserté

S’en délecteront

Un couvert de givre

Protection du fruit

Contre les coups de dent

Trop tardifs

Les cueilleurs sont partis

Vers d’autres cieux

Mais il y a toujours un frelon, un papillon

Un oiseau-mouche

À dessiner

Sur un cahier

Ils virevoltent

Sur les fibres du papier

Ces relents de l’été

Un col entrouvert

Une peau en sueur

Un parfum visiteur

Je me souviens

Ces perles de nectar

Au coin de la bouche

Je les avais essuyées

Du bout de la langue.

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

Non classé

Sur haute cime

Cime

Sur haute cime

Apparence

Frêle

Anodine

Encre de Chine

Feuille

Hors saison

Elle bat pavillon

Une buse l’effleure

S’en sont allées

Les fleurs

Elle s’imagine

Couronne de laurier

À elle seule

Après toutes ces années

Mort depuis longtemps

Le lièvre gris

Le brouteur de pousse

Autrefois, le chêne

Haut de 25 centimètres

Vol d’un été de croissance

Par des dents acérées

À l’automne,

Les écureuils firent récolte

Des glands

Aux branches garnies

Se sont succédés

Le vert, le rouge, le cuivre

Valant bien

Bronze, argent et or.

© Photo, texte, 2022

Non classé

Parcelle d’immensité

Parcelle d’immensité

L’élan frotte son panache

Dort l’ours

Le loup prépare la nuit

Dans ce bus,

Des voyageurs aux paupières

Ouvertes / fermées

C’est selon

D’autres lisent

On chasse le gris

Du ciel,

Comme on peut

Parcelle d’immensité

La forêt-tapisserie

Retient des mystères

En sa trame de vie

La neige

Abri

Des pierres, des racines, de la mousse

Modernité allant trop vite

Pour lire

Les traces et les pistes

Des hommes et des bêtes

Parcelle d’immensité

Entre deux buttes

Entre deux pages

L’horizon

Point.

© Photo, texte, Denis Morin, 2021

Non classé

L’œuf-coeur

À bien noter

Que l’œuf-cœur

Se couvre

D’un léger brouillard,

Ne se montre guère

Souvent

Au poêlon

Dans l’assiette

Il n’arbore son unicité

Que trop rarement

Entre café à verser

Et rôties trop grillées

Le beurre fondant

Il sera bientôt dévoré

Faut-il le partager

Ou le garder pour soi

Telle est la question

Au pied le clébard

L’œil pleurnichard

Le gémissement quémandeur

Implore

Son coin de pain

Imbibé de sang

Jaune soleil.

© Photo, texte, Denis Morin, 2021

Non classé

À vous de choisir

C’est le bleu

Qui attire

C’est le gris

Qui attendrit

On mise

Sur la couleur

Voulue

Les fissures

Sont

Pour l’eau

Ces cannelures

Creuset d’amertume,

S’y ramassent

Les cailloux

Les poussières

Les regrets

Les larmes amères

Retour au bleu

Qui élève

Le pas lourd

Et soulève

Le plus désespéré

Prière d’afficher le plus beau

Sourire

Votre masque usé, ajouré

Révèle

Une barbe-cactus,

Celle de trois jours,

Et votre rictus

Révèle le passager

Qui devra marcher

Bus bondé

Mais le prochain

Le sera moins

À vous de choisir

L’essoufflement soudain de la marche

Ou la méditation lente de l’attente.

© Photo, texte, Denis Morin, 2021